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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Marie Barbier

 

Elle s’appelle Marina, a 38 ans. Nous ne saurons rien de plus de cette Mauricienne qui, terrorisée à l’idée de «représailles», se terre chez elle en attendant la diffusion ce soir sur Canal Plus du reportage «Les sans-papiers de la République» (1) dans lequel elle témoigne, voix modifiée et visage caché.

 

Depuis trois ans, Marina travaille dix heures par semaine comme femme de ménage chez un membre du gouvernement, dont elle refuse de dire le nom. «Ce n’est pas une plaisanterie, j’ai vu un chèque signé de son nom» assure Maryline Poulain, de l’association Autremonde, qui souligne le cynisme exceptionnel de cette situation. « Généralement, les employeurs favorisent les démarches auprès de la préfecture pour ne pas être mis en porte à faux. Là ce n’est pas le cas, il ne la soutient pas dans ses démarches. Nous sommes face à un homme au pouvoir qui ne respecte pas la loi et préfère le travail au noir.»

 

Pour Stéphane Haumant, le rédacteur en chef de l’émission Spécial investigation sur Canal Plus, le cas de Marina est «une parfaite illustration du double discours du gouvernement : il affiche une dureté permanente mais dans le même temps a recours à cette main d’œuvre corvéable à merci.» Une hypocrisie d’autant plus grande que le gouvernement Fillon a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité, fixant des quotas d’expulsions et multipliant les lois répressives. La dernière en date, votée l’été dernier, promet de sanctionner les employeurs ayant sciemment recours à des employés en situation irrégulière...

 

Outre le travail dissimulé, ce membre du gouvernement n’hésiterait pas non plus à escroquer l’Ursaff, payant son employée en partie en chèque emploi service universel (Cesu) mais sans la déclarer ensuite. Il ne paierait donc pas les cotisations patronales. Pour fraude et travail dissimulé, cet homme encourt jusqu’à cinq ans de prison et 15 000 euros d’amende.

 

Depuis douze ans qu’elle vit en France, Marina a tenté d’obtenir un titre de séjour, sans succès. Début mars, elle a obtenu un récépissé de trois mois avec interdiction de travailler mais continue pourtant de repasser les chemises de son patron. Jusqu’à quand ? Dans le reportage, Allan Rothschild, le réalisateur, interpelle Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, qui dit ne pas avoir connaissance de cette histoire, mais promet des sanctions si un tel cas était porté à sa connaissance. «Maintenant nous allons voir si Guéant fait son travail, conclue le réalisateur. Il pourrait régler cette situation en quelques jours.»

(1) « Les sans papiers de la République » à 22h35 sur Canal Plus

 

Marie Barbier le lundi 2 avril 2012.  Laissez-passer.info

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