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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Les néo-progressistes latino-américains ont encore des années de succès devant eux

 

Journaliste et écrivain, Ignacio Ramonet, dans un entretien donné au quotidien de Buenos Aires Página 12, estime que les gouvernements de gauche latino-américains conduisent actuellement une transformation semblable à celle que pilotèrent les sociaux-démocrates européens dans les années 1950, et que, s’ils ne commettent pas d’erreurs, ils peuvent aspirer à un cycle long de pouvoir. Né à Redondela (Espagne), Ignacio Ramonet a émigré avec sa famille au Maroc puis en France. Il dirige aujourd’hui Le Monde diplomatique en espagnol. Il fut l’un des animateurs du premier Forum social mondial en 2001 et est l’un des journalistes qui parcourt le plus souvent le monde pour l’observer dans ses différentes réalités.

 

Propos recueillis par Martin Granovsky, 6 février 2012

 

A l’issue du Forum thématique de Porto Alegre, on est en droit de se demander s’il a été utile et en quoi il a évolué par rapport du premier Forum social mondial de 2001.

Ignacio Ramonet : Lorsque nous avons créé le premier Forum, il n’y avait, en Amérique latine, aucun gouvernement appartenant au courant que j’appelle aujourd’hui néo-progressiste, à l’exception de celui de Hugo Chávez, lequel d’ailleurs était venu au Forum. L’année suivante, en 2002, Hugo Chávez profita de sa deuxième venue au Forum pour s’y déclarer, pour la première fois publiquement, "socialiste". Lula aussi est venu dès 2001, alors qu’il n’était pas encore président mais seulement candidat.

A présent, du Venezuela à l’Argentine, en passant par l’Équateur, la Bolivie, le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay et maintenant le Pérou, les gouvernements néo-progressistes sont en train de mener à bien des politiques d’inclusion sociale et, en même temps, j’ai le sentiment que le Forum est moins qu’avant un forum des mouvements sociaux.

C’est un Forum au cours duquel nous avons discuté de la crise européenne, du mouvement des "indignés" en général (les étudiants chiliens, Occupy Wall Street, etc.), ainsi que de la question de la mémoire historique. La journée organisée par Flacso (Faculté latino-américaine de sciences sociales) le vendredi 27 janvier, jour de la commémoration de l’Holocauste, en constitua l’une des activités principales, organisée par le Forum social thématique et le Forum mondial de l’éducation. Auparavant, ces sujets n’intéressaient pas le Forum. Les "indignés", c’est un sujet récent, il n’a pas un an, et le débat sur la question de la mémoire ne s’était jamais posé de cette manière. Avant, c’était la critique de l’anti-impérialisme et la dénonciation des guerres américaines en Irak et en Afghanistan qui prédominaient. Nous atteignons donc un autre niveau. Les gouvernements de gauche sud-américains s’en tirent plutôt bien. Ils font ce que les peuples attendent d’eux. Mais attention, nous arrivons à une nouvelle étape et un certain nombre d’aspects doivent être améliorés qualitativement.

 

Que pourrait-on améliorer en Amérique du Sud ?

 

Ne pas croire que cette période bénéfique en Amérique latine sera éternelle. Cela dépend en partie des solutions apportées à la crise aussi bien en Amérique qu’en Europe. Et bien entendu de la poursuite, ou non, de la croissance de l’économie chinoise car cela a un impact certain sur les exportations agricoles et minières des pays latino-américains.

Une question importante, c’est de savoir comment l’Amérique du sud profitera de son avantage actuel grâce aux prix très compétitifs de ses produits du secteur primaire (soja, minerais), pour que les bénéfices qu’elle en tire ne servent pas, une fois encore, à financer des "éléphants blancs".

L’économie fonctionne par cycles. En Europe, nous pouvons aussi parler de "grands travaux inutiles" fruits de gaspillages délirants ou encore d’aéroports démesurés construits dans des villes minuscules. Aujourd’hui, la richesse est passée et nous n’avons pas toujours su en profiter pour faire les bons investissements.

 

Ici, en Amérique du Sud, une chose à faire c’est créer un plus grand marché intérieur. Un marché intérieur protégé. Il faut également accroître les échanges intérieurs dans le cadre de la solidarité latino-américaine. Le marché latino-américain doit s’articuler de sorte qu’il existe une masse critique de consommateurs bénéfique pour tous. Dans le cas contraire, le Brésil se développera mais pas l’Uruguay. Maintenant que, grâce aux politiques d’inclusion sociale, 80 millions de pauvres ont disparu, une classe moyenne a surgi qui consomme. Le Brésil n’a pas hésité à créer une taxe - de 30% ! - sur les importations d’automobiles en provenance de Chine. C’est du protectionnisme et c’est une bonne idée.(…)

 

 

Texte intégral : Mémoire des luttes

 

 

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