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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

 

Les révélations italiennes ont accru considérablement l’exigence d’un combat sérieux contre la « corruption venant du sommet ». Elles jouent le rôle de révélateur d’une profonde volonté citoyenne de rupture, qui n’a rien de commun avec les arrières penseés des règlements de compte interclans qui pourraient inspirer les révélations médiatiques, fussent-elle italiennes.

Le procureur général de la Cour d'Alger a ouvert une information judiiciaire sur « l'implication de personnalités algériennes dans des faits à caractère pénal et plus précisément de corruption lors de l'exercice de leurs fonctions au sein des institutions de l'État ».

Les chroniqueurs restent méfiants : « La corruption ne pousse pas sur le terreau de la vérité, elle ne peut se développer dans un environnement transparent. C'est sa nature », écrit Slimane Laouari qui reprend l’interrogation de la vox populi : « a-t-on déjà vu un ministre en prison? ».Antar Daoud garde la palme du doute exigeant : « En Occident, certains vont être jugés, inculpés ou innocentés. La justice va y faire son travail. Et chez nous, pour nous ? Rien : des affaires de ce genre vont servir à racketter plus encore ce pays par la prédation internationale : plus on est voleur chez soi, plus le tutorat des puissances devient puissant. C'est une chaîne alimentaire. Cette affaire n'aura aucune incidence ici ».

N’empêche, Khellil pourrait être sacrifié, comme Khalifa avant lui. Mais pour que rien ne change, comme c’est la coutume en Algérie. Les « services » de l’Etat vont-ils encore une fois se délester d’un poids mort (un très ancien ministre) pour continuer sereinement de tolérer, voire de protéger, la prédation la plus nocive, c'est-à-dire la plus mestoura. Celle des premiers cercles où la corruption vit dans l’intimité.

Pour combattre la corruption, il faut sortir de la clandestinité les mécanismes par lesquels sont attribués les marchés publics. S. A.

 

 

 

 

 

Communiqué du parquet général près la cour d’Alger :

 

 

 

Suite aux informations révélées par certains quotidiens d’information nationaux et étrangers quant à l’implication de personnalités algériennes dans des faits à caractère pénal, et plus précisément de corruption, et ce, lors de l’exercice de leurs fonctions au sein des institutions de l’Etat, le parquet général près la cour d’Alger informe l’opinion publique que les faits ainsi révélés sont en relation avec l’information judiciaire déjà ouverte auprès du pôle pénal spécialisé de Sidi M’hamed dans le cadre de l’affaire dite Sonatrach 2.

Le parquet de la République près cette même juridiction a, en date d’aujourd’hui, le 10 février 2013, par le biais de réquisitions supplétives, requis le juge d’instruction en charge du dossier de l’élargissement du champ des investigations à ces faits nouveaux rapportés par les différents organes de presse.

Le procureur général, Belkacem Zeghmati

 

 

 

 

 

On ne sait rien, on sait tout

 

 

 

Point de vue, par Laouari Slimane

 

 

 

 

Grâce à la justice et la presse italiennes, l'affaire Saipem, ou ENI, c'est selon, les algériens sont en train de redécouvrir une autre histoire de corruption dont ils ont déjà entendu parler. Le problème est que quand ils en ont eu vent la première fois, c'est la justice algérienne qui devait s'en saisir, et la presse nationale, quelle que soit sa volonté, n'avait rien d’autre à se mettre sous la dent que ce qu'on voulait bien lui dire.

 

Pour le commun des Algériens donc, ça fait longtemps que personne ne croit plus à ce qu'on raconte dans ces «histoires-là». L'Algérien ordinaire «sait».

 

Il sait que «ceux qui volent le plus» ne vont jamais en prison. Il «sait» que ce sont «les petits intermédiaires» qui paient toujours pour les gros poissons. Il «sait» que les «gros poissons» ont toujours un soutien intéressé à un haut niveau de l'Etat ou occupent eux-mêmes d'importants postes de responsabilité. Il «sait» que la justice n'est pas indépendante et qu'elle a aussi ses corrompus.

 

Il «sait» que la police n'enquête pas sérieusement sur les affaires de pots-de-vin et de détournement parce qu'elle a également ses ripoux, qu'elle obéit à plus haut et qu'elle manque de logistique et de savoir-faire. Il «sait» beaucoup de choses et en l'occurrence il croit tout savoir. Le plus cynique parmi eux dit que pour connaître la vérité dans ces histoires de corruption et de vol, il suffit d'imaginer le contraire de ce qu'on vous dit.

 

 

Le problème est qu'il n'existe pas toujours de «contraire» de ce que la justice, la presse et l'autorité politique nous disent. Juste pour l'exemple, dans l'affaire «Khalifa», il était difficile de trouver autant de «contraires» pour connaître la vérité. Et puis ça aurait quand même été trop simple s'il suffisait d'aller en prison pour… être innocent. Mais c'est ainsi. Tenez, dans l'affaire ENI-Saipem, la justice n'a été évoquée que pour sortir la… présomption d'innocence du ministre de l'Energie de l'époque, Chakib Khelil.

 

Un marché de 11 milliards de dollars avec des pots-de-vin estimés à des centaines de millions de la même monnaie où le premier responsable n’est pas concerné… décidément si l'Algérien ordinaire ne sait pas tout sur ces affaires-là, il ne doit vraiment pas en être très loin ! Depuis qu'on… sait que

 

M. Khelil avait bien rencontré dans un hôtel parisien le patron d'ENI, Paolo Scaroni et son directeur pour l'Afrique du Nord, en compagnie d'un dénommé Bedjaoui Farid Nouredine, neveu de l'ancien ministre des affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui.

 

Déjà qu'on savait tout ou presque, voilà qu'en plus c'est la justice et la presse italiennes qui nous le disent !

Dans ces affaires de corruption, on sait tout parce qu'on ne veut pas qu'on sache les détails. La corruption ne pousse pas sur le terreau de la vérité, elle ne peut se développer dans un environnement transparent. C'est sa nature. Sans doute s'agit-il du même combat, quand on ne réduit pas la soif d'information sur la question à un hobby de vieille ménagère.

 

Et cette fois, même si grâce à la justice italienne il en saura certainement un peu plus, il va encore se poser les mêmes questions. Comme celle-ci : a-t-on déjà vu un ministre en prison? Comme il sait aussi les réponses…

 

Laouari Slimane, 11 février 2013. Le Temps d’Algérie

 

 

 

 

C'est Chakib ou le peuple qui rira le dernier !

 

 

Par Kamel Daoud

 

 

A une question sur de possibles poursuites judiciaires contre lui ou sa gestion du pétrole et gaz et fric et appels d'offres algériens, Chakib Khellil, l'ex-ministre de l'Energie a répondu, un jour il y a quelques années, par un immense éclat de rire, au nez de la journaliste qui l'avait interrogé. Un bon rire qui résume tous les autres rires entre le régime et son peuple de service, l'impunité face à la naïveté, le crime face à la gratuité et le vol face à l'insolence. Le rire de Khellil a été suivi par des sourires, puis par un long silence en mode luxe et consulting international, périples VIP, avions et salons feutrés. C'était vrai : on ne peut que rire si l'on vous raconte que vous allez être jugé par une justice nourrie au pétrole alors que vous êtes le ministre de ce pétrole ou son premier gestionnaire délégué. Sauf que la justice n'est pas seulement algérienne. Elle court lentement mais rattrape souvent. C'est ce que dit la foi. Ou le TPI.


Cette fois, c'est en Italie où, selon les journaux du monde, une enquête universelle est ouverte qui implique une société parapétrolière en Italie, partenaire de Sonatrach qui ne dit rien pour le moment. Selon ce qui se révèle, il s'agit d'une enveloppe de 200 millions de dollars versée à un intermédiaire avec un ex-ministre de chez nous. Les noms de Khellil et de l'un de ses neveux émergents sont cités. D'où une curiosité d'indigène impuissant : de quelle nature sera le rire de Khellil si un journaliste occidental luis pose la question aujourd'hui ? Rire jaune ? Sourire malade ? Rire fou de peur ? Rire simple mais sans joie ? Rire affolé ? On verra. Ou on rira. Peut-être. Car si nous en Algérie on n'existe pas, on peut au moins regarder, à défaut de pouvoir juger.


En attendant, Sonatrach, ses dirigeants, ses directeurs et ses cellules de communication modernes, ne disent rien. Silence. L'entreprise est en mode démission depuis le premier épisode et jusqu'à aujourd'hui. Comme pour le reste de l'Etat, personne ne veut y décider, y parler, y assumer ou endosser dans le cadre de la dictature molle que nous vivons depuis trois mandats. D'ailleurs pourquoi y va-t-on réagir ? Le pétrole n'est pas à nous et personne n'a à nous rendre compte des comptes. Et comme pour beaucoup de produits étrangers, l'Algérien va aussi importer la joie de voir la justice (étrangère) triompher (à l'étranger) et un ex-ministre cité avec son neveu favori. On va même peut-être importer de la «Justice» un jour et sous-traiter des procès. Avec l'assurance d'exporter des coupables cependant.


Que va-t-il se passer si on prouve que cette filière de corruption est réelle ? En Occident, certains vont être jugés, inculpés ou innocentés. La justice va y faire son travail. Et chez nous, pour nous ? Rien : des affaires de ce genre vont servir à racketter plus encore ce pays par la prédation internationale : plus on est voleur chez soi, plus le tutorat des puissances devient puissant. C'est une chaîne alimentaire. Cette affaire n'aura aucune incidence ici. Aucune

conséquence politique ou judiciaire. Aucun effet dominos. Rien. Le seul retournement de situation est que cette fois, c'est nous qui allons rire. D'ailleurs, on rit déjà.

 

 

 

Kamal Daoud, 11 février 2013. Le Quotidien d’Oran

 

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