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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Un général algérien, placé pendant plusieurs années au sommet de la pyramide de l’Etat algérien, est auditionné par un petit juge suisse. L’événement n’est pas banal, difficile à avaler pour l’Algérien de base. Abed Charef lui a consacré hier un billet d’humeur dans la Nation.info.

Hasard des bouclages, le lendemain, Khaled Nezzar s’exprime dans les colonnes du quotidien Le Soir d’Algérie.

 

 

Le juge et le général

 

Je me suis senti humilié en lisant ces procès-verbaux de l’audition de l’ancien général-major Khaled Nezzar par un procureur suisse. Cet homme qui avait été ministre de la défense de l’Algérie, qui avait fait et défait les pouvoirs, qui avait été membre du Haut Comité d’Etat, et qui avait occupé une place centrale dans la prise de décision en Algérie durant la période la plus critique de son histoire depuis l’indépendance, cet homme a été contraint de décliner son identité devant un fonctionnaire suisse, et subi un interrogatoire en règle sur ses faits et gestes durant les années 1990.

Pourquoi s’est-il rendu en Suisse alors qu’il se savait sous la menace de poursuites ? Ses mésaventures antérieures en France n’aurait-elles servi à rien? La déliquescence institutionnelle est-elle si avancée qu’un homme qui a été aussi important dans le pays n’est plus géré par aucune institution, et ne bénéficie de l’appui d’aucun juriste ?

M. Nezzar a indiqué qu’il se rendait en Suisse pour voir un psychothérapeute qui l’aiderait à cesser de fumer. La réponse est incongrue, mais quels que soient les vrais motifs, les conséquences de ce voyage sont énormes. Le général-major Khaled Nezzar s’est retrouvé dans une fâcheuse posture, qui a intrigué beaucoup d’Algériens, et qui inquiété nombre de ses anciens pairs. Quel ancien général algérien peut encore voyager  librement à l’étranger ? Qui sera la prochaine victime d’interrogatoire ? Y a-t-il moyen d’échapper à ses poursuites ? Ces questions hantent visiblement les nuits de beaucoup d’anciens hauts responsables.

Sur un autre plan, M. Khaled Nezzar a-t-il donné les bonnes réponses au procureur suisse, qui a mené un interrogatoire plus politique que policier? A-t-il été poussé au bout de ses retranchements? Risquait-il vraiment d’être arrêté, jugé et, éventuellement, détenu ? Et sur le fond, a-t-il réellement commis les crimes dont il est accusé ? La plainte déposée contre lui en Suisse, et qui, semble-t-il, vise désormais les autres membres du HCE, en tant que présidence collégiale, cette plainte était-elle fondée ?

Ou bien, à l’inverse, Khaled Nezzar est-il un héros national comme le soutiennent ses proches et amis, ceux qui l’ont accompagné dans ce parcours chaotique, et comme il le soutient lui-même dans ses réponses qu’il estime cinglantes à l’adresse du procureur suisse ? A-t-il sauvé l’Algérie de l’intégrisme, a-t-il évité au pays de sombrer dans une dictature sanglante ?

Toutes ces questions  reviennent de manière cyclique depuis bientôt deux décennies. Et opposent invariablement deux camps, dont les lignes ont peu bougé depuis, malgré quelques « défections » dans les rangs des anciens partisans de M. Nezzar, qui reconnaissent que l’objectif de ceux qui ont interrompu les élections était de garder le pouvoir plutôt que de sauver la démocratie.

Mais il ne s’agit pas, ici, de trancher dans des questions qui ont pourtant été très importantes dans la vie du pays. Il s’agit simplement de noter que Khaled Nezzar, un des principaux dirigeants du pays, a décliné son identité devant un fonctionnaire de la justice suisse, et s’est soumis à un long interrogatoire. Que ce fonctionnaire suisse a signalé à M. Nezzar que le passeport diplomatique qu’il détenait ne lui fournissait aucune immunité, ne lui serait d’aucune utilité, à part celle lui éviter de se mettre dans de longues files d’attente pendant son voyage.

Ce n’est pourtant pas de là que vient mon humiliation. Ni du fait que M. Nezzar a promis de se mettre à la disposition de la justice suisse, en cas de nouvelle convocation, ce qui lui a permis d’être autorisé à quitter la Suisse. Mon humiliation vient du fait que M. Nezzar, qui a accepté docilement de répondre au procureur suisse, qui a poliment et patiemment répondu à toutes ses questions, y compris celles qui paraissaient les plus déplacées, M. Nezzar, donc, si déférent devant la justice suisse, ne sera pourtant jamais entendu par le procureur de Aïn-Defla pour des actes qu’il aurait commis contre des citoyens algériens. Qu’aucun procureur algérien n’acceptera jamais de recevoir une plainte contre M. Nezzar. Qu’en Algérie, M. Nezzar est  au-dessus de la loi. Et que, au bout du compte, la justice n’existe pas, en Algérie, car elle est incapable de s’en prendre aux puissants.

Ce qui provoque, chez nombre d’Algériens, des réactions dont M. Nezzar ne se rend même pas compte de la gravité : seule la justice mise en place par les occidentaux pour juger les dirigeants du Tiers-Monde apparait désormais, pour une partie de l’opinion, comme recours face à l’impunité des dirigeants.

Abed Charef. 15 Novembre 2011. La Nation.info

 

 

Pour Hani Mostaghanemi du Soir d’Algérie, Nezzar est  « un hussard au grand cœur venu à la politique par défaut ». Notons, dans la foulée de l’argumentation anti-intégriste, une prise de position éminement politique du hussard sur l’intervention de l’OTAN contre un pays voisin : « Récemment, Mme Merkel, le président Sarkozy ainsi qu’Hillary Clinton se sont indignés des menaces de l’ancien guide libyen adressées à sa population. La décision du Conseil de sécurité qui a autorisé l’intervention militaire contre Kadhafi a été prise pour empêcher le massacre des civils ». Espérons, pour lui, que la justice occidentale et démocratique suisse saura tenir compte de cet alignement.

 

 

Khaled Nezzar : « Je suis au coeur d’une conspiration »

 

Jamais officier algérien à la retraite n’a autant parlé que Khaled Nezzar. Il a si souvent payé de sa personne et pris tant de risques, qu’il ne compte plus les bleus qui marquent son épiderme. C’est un personnage qui passionne et dérange en même temps, qu’on aime ou qu’on déteste sans nuance et qu’on insulte parfois. Au-delà des réactions tranchées que déclenche le simple énoncé de son nom, il reste pour toute une génération, un grand décideur qui a eu le courage de passer à l’acte quand il le fallait.

Un décideur qui a été immense par les services qu’il a rendus à l’institution militaire et à la patrie. Son désintérêt pour le pouvoir donne à ses paroles un incontestable accent de sincérité. Parvenu à ces sommets où généralement «les sauveurs du peuple» s’incrustent et sévissent, il a été conséquent avec ses engagements en se retirant de la politique. Il est vrai que la proclamation du 14 Janvier 1992 instituant un Haut Comité d’Etat l’y obligeait par son article 4, «cette mission ne saurait excéder la fin du mandat présidentiel issu des élections de décembre 1988». Mais combien de généraux, de par notre pauvre monde, ont quitté volontairement le pouvoir, une fois qu’ils l’ont conquis ?

Même à la retraite, Nezzar demeure décideur de ses actes et de ses paroles, cassant les tabous les mieux assis de l’institution et fournissant des clefs d’accès à ses codes cryptés. Dans un environnement impitoyable qui interprète chaque variation de ton comme une volte-face et chaque propos nuancé comme un reniement passible d’anathèmes, il assume ses amitiés, ses professions de foi et ses «corrections de tirs» avec des accents simples et des toniques qui portent au loin. Polémique, prolixe, se battant au corps à corps, au moment où certains pensent que ses querelles sont indignes de sa stature et dommageables pour son image de marque (affaire Souaïdia), il révèle soudain derrière ces leurres, ces marionnettes, des tireurs de ficelles qui expliquent et justifient sa colère. C’est cela Nezzar, un hussard au grand cœur venu à la politique par défaut quand, au moment de la grande épreuve, ceux qui s’en prévalaient «légitimement » avaient, tous, déclaré forfait.

 

Le Soir d’Algérie : Général Nezzar, ouvrons cette interview par une question indiscrète : comment allez-vous ?

Général Nezzar : Aussi bien que peut l’être un homme décidé à se battre. Général Nezzar, ce n’est pas la première fois que vous vous trouvez au cœur d’une polémique, est-ce votre stature totémique qui attire sur vous la foudre ? Dites plutôt «au cœur d’une conspiration». Il est vrai que j’ai une certaine visibilité. Cela, dans certains pays, se paye par la hargne des ennemis dès que ces derniers subodorent qu’ils peuvent y aller sans craindre le retour du bâton. Certaines hargnes ont la vie longue.

Ces hargnes ne sont-elles pas nourries par un discours-perfusion ?

Rien n’est plus gratifiant pour ceux auxquels l’ANP a, jadis, barré la route que de voir un de ses anciens chefs sur la sellette. Quelque part, c’est une tentative d’obtenir par ricochet la condamnation par la justice des nations qui comptent de l’action salvatrice de janvier I992.

Quel regard portez-vous sur les ONG en général et sur TRIAL en particulier ?

Je n’ai aucun commentaire à faire sur TRIAL. Pour ce qui est des ONG, celles qui se sont proclamées gardiennes des droits de l’homme, elles sont perçues par nos opinions publiques comme la bonne conscience sélective de l’Occident. Mais nul ne doit se désoler de voir ces gens se battre pour la déconfiture des méchants et la gloire du droit, désormais imposé comme valeur universelle. Tant mieux, si les législations des pays, où ces ONG ont érigé leur mât et hissé leurs couleurs, leur prêtent mainforte. Et tant mieux pour tout le monde si ce n’est plus la canonnière qui mouille à portée de boulets des côtes barbaresques mais les anathèmes des champions du droit d’ingérence «quatre roues motrices».

Globalement, selon vous, leur action est donc positive ?

Bien évidemment ! Notre monde, le nôtre surtout, autour duquel, depuis l’immolé de Sidi Bouaziz, gravite la planète, a tragiquement besoin de solidarité et de justice. Pour les gens emprisonnés, torturés, bombardés, assassinés pour leurs idées, c’est déjà ça de pris. Si la menace de devoir rendre des comptes peut faire reculer un dictateur, on ne peut que s’en réjouir.

Le canevas pour les présidences à vie basées sur un homme «providentiel», s’appuyant sur un clan surarmé et décidé à briser toute contestation par la violence a-t-il réellement fait son temps?

Grâce soit rendue à l’Europe des peuples, dont certaines ONG sont l’émanation. Cette Europe des peuples qui a permis, çà et là, à l’étincelle de ne pas s’éteindre. Peut importe si cette justice supranationale n’agit qu’a posteriori, une fois que l’ancien fondé des intérêts des banquiers étrangers, gravement contesté dans son pays, a férocement sévi.

Vous ne répondez pas à la question. Peu importe ! Changeons de sujet, vous employez le mot «banquier», est-ce une allusion à la patrie de Jean Zigler ?

La Suisse est un grand pays ami qui, dans les moments difficiles, a été aux côtés de l’Algérie combattante. Chacun se rappelle ce que les autorités fédérales suisses ont consenti comme efforts pour faciliter les conditions dans lesquelles se sont déroulées les négociations algéro-françaises qui ont abouti au cessez-le-feu du 19 mars 1962 et avec quelle constance et quelle habileté les diplomates suisses ont œuvré pour rapprocher les extrêmes. Je me souviens d’un article de Pierre Henri Simon, paru dans Le Monde du 15 mars 1962, qui soulignait l’importance et la qualité des prestations des autorités fédérales suisse, lesquelles : «Dans un monde agité et furieux démontrent une vocation d’ordre et de service».

Un monde agité et furieux ? Un rappel de la scène politique algérienne pendant la décennie 1990 ?

Nos partenaires étrangers doivent, parce que nos relations sont anciennes et exemplaires, avoir une approche de nos problèmes documentée et sereine.

En un mot, prudente ?

En un mot comme en dix !

Vous ne vous sentez pas concerné par les accusations dont vous êtes l’objet ?

Ma réponse est on ne peut plus claire. Je suis pour le droit, pour la liberté d’expression, pour la démocratie. Je l’ai prouvé en facilitant, avec mes compagnons du HCE, les sensibilités politiques plurielles, et nous avons fait en sorte que celles qui n’utilisent pas la violence aient droit de cité. J’ai quitté le pouvoir volontairement. Pourquoi aurais-je torturé ou fait torturer ? Dans quel but ?

Faut-il douter de la bonne foi de vos accusateurs ?

Rien n’est plus gratifiant pour les résidus du FIS que de voir sur la sellette l’homme qui a contrarié leurs ambitions. Ils m’incriminent en tant qu’ancien chef de l’armée, me faisant porter la responsabilité de faits auxquels je suis complètement étranger et contre lesquels la justice de mon pays a sévi à chaque fois qu’elle en a eu connaissance.

C’est donc l’armée qui est visée à travers vous et vous ne seriez que le prétexte pour d’autres prétentions ?

Mais ils le disent on ne peut plus clairement : on ne peut pas citer à comparaître toute l’armée. On incrimine donc celui qui la commandait. Le timing de ces attaques, le contexte régional dans lequel elles sont menées, les commanditaires que l’on devine derrière elles, m’autorisent à croire qu’il y a des arrière-pensées bien éloignées du dossier visible des plaignants. En ce qui me concerne, je suis bien décidé à crever l’abcès une bonne fois pour toutes. Il y va de mon honneur et de celui de l’institution à laquelle j’ai consacré toute ma vie.

Nezzar, défenseur, quoi qu’il lui en coûte, de l’ANP ?

Permettez-moi de rappeler à quoi l’ANP a dû faire face par deux citations de l’idéologue du parti que la justice algérienne a dissous, Ali Benhadj : «La démocratie est mécréance» (Le Maghreb n° 173 du 23/10/1989) et «si le peuple vote contre la loi de Dieu (la Charia), cela n’est rien d’autre qu’un blasphème. Dans ce cas, il faut tuer ces mécréants…» (Horizons du 23- 02-1989). On peut en citer d’autres toutes autant édifiantes sur ce que réservaient ces braves gens aux Algériens. Récemment, Mme Merkel, le président Sarkozy ainsi qu’Hillary Clinton se sont indignés des menaces de l’ancien guide libyen adressées à sa population. La décision du Conseil de sécurité qui a autorisé l’intervention militaire contre Kadhafi a été prise pour empêcher le massacre des civils. Je revendique pour l’armée de mon pays le droit d’intervenir pour protéger son peuple. Je souligne que je ne fais aucune comparaison malvenue entre l’ANP et les forces de l’OTAN. L’armée algérienne, héritière de l’ALN, est intervenue contre la violence dans le cadre de la loi sans recourir aux méthodes qui ont déshonoré tant d’autres armées dans nos régions. L’ANP, tout en menant ses opérations salvatrices de maintien de l’ordre, a conforté le multipartisme sans exclure aucune obédience, elle a respecté la liberté de la presse, elle a tout fait pour que le dialogue entre les Algériens soit le moyen de régler les différends, elle a surtout initié une politique de la main tendue et du pardon en direction de ceux qui ont pris les armes contre leur propre pays.

Si nous avons bien compris, vous revendiquez pour l’armée un droit d’ingérence dans la sphère politique ?

Pourquoi est-ce que vous détournez ce que je dis. L’ANP, et cela je le revendique et je l’assume, a empêché la kaboulisation de l’Algérie. Que des mémoires à œillères le perçoivent différemment maintenant que le danger est passé est dans la nature des choses. On peut s’en indigner, mais il faut faire avec.

Vous avez écrit de nombreux livres, parmi tous ces ouvrages, il y en a un en particulier que j’ai lu avec intérêt. Il relate avec beaucoup de détails les tenants et les aboutissants de l’opération de janvier 1992.

Vous voulez sans doute parler de l’«arrêt du processus électoral» ? Je suis en train de le mettre en ligne. J’aurais dû le faire avant, ainsi, les Suisses qui sont, comme chacun sait, méticuleux et précis, auraient eu, avant mon interpellation, une approche totalement différente de la personnalité et de l’action des chefs de l’ANP et surtout de l’action qui prévalait en Algérie à la veille et au lendemain de la démission du président Chadli Bendjedid.

Est-ce que vous ne seriez pas en train de déplacer l’objet de la plainte dont la justice suisse est saisie en rappelant le pourquoi et le comment des événements où le FIS et l’ANP ont eu les premiers rôles ?

Non, tout est inextricablement lié. Ce sont les mêmes commanditaires, les mêmes alliés, les mêmes chapelles politiques, les mêmes intérêts liés par la même finalité. Dans quelques jours, vous verrez d’autres marionnettes accourir rameutées par les mêmes officines et les mêmes laissés-pour-compte de l’Histoire pour bénéficier de la publicité qu’offre un prétoire.

Vous contestez à la justice suisse le droit de se poser des questions sur les atteintes aux droits de l’homme en Algérie dont vous êtes accusé ?

La meilleure façon de lui contester ce droit est de ne pas répondre à ses questions, or j’ai dit, et je le répète ici, je suis et je resterai à sa disposition.

Le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed vient d’ouvrir une information judiciaire suite à la plainte de M. Belmouhoub pour enlèvement et séquestration…

Laissez-moi poursuivre à votre place. Vous voulez savoir si je suis pour quelque chose dans cette affaire ?

Pas exactement, mon général. Je voulais dire — parce que l’opinion publique l’a ainsi interprété — qui a intérêt à accabler encore Nezzar au moment même où ce dernier se trouve dans une situation délicate ? Personne de vraiment sensé n’a cru à votre implication personnelle, ou à celle de vos proches, dans cet étrange enlèvement.

J’ai lu dans la presse, et vous le confirmez vous-même, que le procureur de la République est saisi de cette affaire.

Il ira jusqu’au bout. Cela je peux vous l’assurer. Il faut croire que vous n’avez pas que des amis en Algérie. Vous avez dans cette affaire «suisse» nommé Aït Ahmed. Maintenez-vous vos propos?

J’avais du respect pour le parcours historique de M. Aït Ahmed. J’ai exprimé, il y a quelques années, ma surprise lorsqu’il a cru de bon goût de comparer le délinquant Souaïdia aux héros de l’OS. Ses positions politiques sont un peu difficiles à suivre pour ceux qui sont habitués à une certaine constance dans les idées. En feuilletant récemment de vieilles archives, je suis tombé incidemment sur un article de La Nationdu 4 juillet I992, signé par M. A. Boumendil qui dit en substance, à propos du dialogue initié par les autorités de l’époque, que M. Aït Ahmed «aurait rendu hommage au réalisme de l’ANP qui s’est exprimé par la recherche d’une solution au problème de la violence… l’initiative du général-major Khaled Nezzar est pour le moins louable. Car ce genre de rencontres peut mener à une sortie pacifique de l’impasse et faire échec à toutes les tentatives de plonger l’Algérie dans le chaos». Je n’ai pas souvenance d’un quelconque démenti de la part de M. Aït Ahmed. Je n’ai jamais compris son animosité à l’égard de l’ANP, mais c’est son problème.

L’Etat vous soutient-il dans vos difficultés actuelles ?

Ma réponse sera brève. L’Etat algérien est logique avec lui-même. Il s’est assumé clairement dans cette affaire. L’actuelle législature fait suite à celles qui l’ont précédée. Il y a une cohérence et une continuité dans l’action. Pourquoi l’Etat algérien abandonnerait-il un ancien responsable qui a œuvré pour la pérennité de l’Etat et qui a même, peut-être, d’une certaine façon, à un moment, incarné l’Etat ?

Avez-vous le sentiment que le président de la République a fait montre de solidarité avec vous ?

Pleinement !

Hani Mostaghanemi, 16 novembre 2011. Le Soir d’Algérie

 

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ouhraniomar 17/11/2011 10:23


Merci pour le travail que tu fais, camarade.
je voudrais réagir sur l'affaire Nezzar
L'audition du général NEZZAR me laisse perplexe sur plusieurs points :
1- comment se fait-il qu'un PV sensé relever du secret de l'instruction soit publié intégralement dans la presse algérienne ? La justice suisse a-t-elle remis le document aux autorités algériennes
qui l'ont fait fuité; qui et dans quel but ?
2- les questions posées par la juge et les réponses du général n'ont pas de relation directes avec la plainte supposée faire l'objet de l'audition
3- le général n'a été auditionné qu'après deux semaines de séjour en Suisse. Qu'y faisait-il ? Tenter d'arrêter de fumer semble peu crédible
4- il a eu raison de ne pas esquiver les questions politiques même si on accepte difficilement qu'il ait donné des réponses à des questions relevant de la souveraineté nationale et du
fonctionnement des institutions.
5- A l'heure où les occidentaux prétendent porter secours à des peuples en danger (Libye, Syrie,...), Le général aurait pu être plus offensif pour souligner que l'action de l'ANP pour sauver son
peuple menacé par les hordes intégristes relève de ses missions et colle parfaitement avec ses objectifs partagés d'ailleurs par les ONG et autres médias à la solde.
6- Il est triste que des journaux algériens tels EL Watan, Liberté,... (le Figaro local) ne se distinguent plus de la presse de droite européenne.

PS: je joins un texte qui me semble intéressant sur le sujet de la défense de l’État-nation et pour alimenter le débat sur les perspectives.

LA QUESTION DU PROBLEME A DEBATTRE

On raconte qu’un riche planteur de Louisiane dans le Sud des States décide un jour d’emmener un de ses esclaves au marché pour le vendre. Dès le premier client venu, il engage la transaction avec
une première offre de prix à laquelle le client réplique aussitôt par une contre-proposition ; le planteur se tourne alors vers l’esclave et lui demande : qu’est-ce que tu en penses ? Celui –ci lui
rétorque : it is not my problem !! Au 2èmetour de marchandage, c’est l’acheteur qui tient à solliciter l’avis de l’esclave, même réaction de celui-ci : it is not my problem! Le marchandage se
poursuit et finalement, après maintes tractations qui laissent toujours de marbre le vigoureux forçat à la peau d’ébène, les deux négriers parviennent à s’entendre sur un prix mais le planteur (on
va dire démocrate ?) ne peut s’empêcher de demander de nouveau l’avis de son esclave : qu’est ce que tu en penses ? Now it is my problem, lance lourdement l’enfant libre des savanes africaines,
arraché à ses racines et enchaîné par les Blancs.
D’instinct, le damné de la terre avait compris qu’il ne pouvait prendre part à un débat dont l’objet et l’enjeu était sa propre mise à prix. Autant débattre de la qualité de la corde avec laquelle
on s’apprête à vous pendre. Le « problème à débattre » n’est devenu le sien que lorsqu’il fut question de l’objet lui-même de l’échange, à savoir, la confirmation de sa condition d’infrahumain, de
son statut d’esclave qui ne faisait que changer de propriétaire. L’objet de l’échange, quant à lui, avait été défini par les Blancs pour les Blancs, délimitant ainsi le cadre du sujet à discuter.
Sont donc exclues de ce « débat », les problématiques de remise en cause de l’esclavage, à fortiori celles aboutissant à sa condamnation et à son abolition. Dans cet échange Blanco-Blanc, le
négrier peut s’offrir, sans nul risque, on le devine, le luxe d’intégrer l’esclave dans la discussion sur les termes de sa propre traite.
Cette longue digression métaphorique nous apprend combien est ancienne la tradition de la pensée occidentale de donner le La et de dire l’alpha et l’oméga mais surtout comment elle plonge ses
racines dans les rapports de domination et d’oppression les plus inhumains du capitalisme esclavagiste. Longtemps les colonisés étaient« invités » à s’expliquer leur condition en puisant dans les
innombrables grilles explicatives construites avec une sophistication croissante par le colonisateur .Si on ne souscrit pas au raisonnement qui fait de nous des êtres inférieurs, qu’on en comprenne
au moins les raisons !
Les indépendances ont, aussi, été le résultat d’un long processus d’émancipation de cette pensée asservissante ponctué par des ruptures violentes avec la grille du tuteur, ruptures symbolisées, par
exemple, par la formule : l’Algérie n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais la France. Mais ces indépendances conquises, les désormais ex-colonisés ne vont pas, pour autant, s’affranchir d’un
revers de main de la pesante grille du tuteur. « Quand on est capable de construire des engins de cent tonnes qui montent en 10 minutes à 10 km de hauteur, on a des droits sur ceux qui n’ont pas
inventé la roue : voila ce que nous croyons, avouez-le. »[1]Et l’ethno-sociologue africaniste René Bureau d’ajouter cette précision lourde de signification : « Et j’ai entendu des Africains
admettre cela ».L’étape de la construction étatique-nationale singulièrement celle de l’Algérie est riche d’illustrations de ce phénomène. L’ex-colonie ne saurait être un objet d’étude neutre ni
ordinaire…Notre proximité plus que géographique de l’ex-métropole, grande puissance géopolitique, qui ne veut pas se départir de son “droit tutélaire” de dire la bonne voie et les conduites qui s’y
conforment, nous vaut en effet, le redoutable privilège de l’élève relégable en sursis perpétuel. La multitude de yaouled, de Fatma et d’Ahmed est elle capable de former une nation, de construire
un Etat, de bâtir une économie, d’engendrer une dynamique sociale et culturelle... ? Le doute, puissant, est ancré au plus profond de l’inconscient colonial.
Quand on observe le discours à prétention critique sur les politiques et stratégies économiques mises en œuvre par l’Algérie, force est de constater que c’est la rhétorique de l’échec, “échec
depuis 1962”, qui nourrit invariablement sa thématique. Natif, recommencé ou patent, l’échec est, pour ainsi dire, inscrit dans les gènes de l’indépendance algérienne. Faits, évènements,
réalisations sont convoqués pour en asséner la preuve tantôt sur le flanc économique, tantôt sur le flanc politique, tantôt sur le flanc culturel. Comment dès lors s’étonner que la liste des
“mauvais choix” de l’Algérie soit si longue au point de paver quasi intégralement cinquante années d’indépendance ?
S’il est un exemple qui illustre, de manière à la fois particulièrement significative et quasi caricaturale, ce regard tendancieux, c’est bien celui de la création, en décembre 1963, de la société
nationale Sonatrach, en tant qu’instrument de récupération des ressources hydrocarbures nationales. Elle va devoir faire avec les accusations de “gigantisme”, d’“Etat dans l’Etat”, alors même que
sa réalité économique se résume encore à quelques lignes dans le Journal Officiel. “Pieuvre tentaculaire” dès l’âge du berceau, l’atout-clé du développement national alimentera une littérature
économique qui va faire d’une richesse naturelle la source de tous les maux de l’Algérie (la rente), et de la fondation de Sonatrach, le péché originel de l’Etat national, rentier. Sur le mode de
la malédiction des ressources. Largement adoptée dans les publications des institutions internationales (en particulier, la Banque mondiale et le FMI), la notion de rente, note l’économiste Fatiha
TALAHITE « qui manque, souligne-t-elle, de fondements théoriques et dérive souvent vers un simple jugement de valeur » appliquée à l’étude des économies de la région MENA a connu un succès inespéré
parmi les élites de ces pays[2]».Les facteurs explicatifs de tous les déséquilibres renvoient invariablement à ces notions qui vont jouer un rôle essentiel dans l’entreprise de déconstruction des
politiques de développement national. Comme le fait observer, Alain Roussillon, la catégorie de rente et d’économie rentière, couplée à l’analyse de la structure de « classe »,induite par/à la base
de ce type de mobilisation des ressources, vont permettre une véritable inversion rétrospective du modèle[3].[4]».Tant pis si la réalité n’obéit pas au schéma ! Ce qui importe c’est que soient
disqualifiés les résultats du développement parce que “dus à la manne pétrolière”… La littérature consacrée à l’économie algérienne déborde d’écrits tout entiers voués à la propagation de cette
thèse. Comme le relevait pertinemment, en substance, Laurent Bonelli dans Le Monde diplomatique, ceux qui ont un quasi monopole sur la construction des catégories de perception de la réalité ne
s’en privent pas pour donner le sens des faits, trouver les mots ou les catégories pour les dire [5].
Cette rhétorique sur la rente pétrolière versus dévalorisation du travail productif, qui s’est dispensée de l’argumentation scientifique, feint d’ignorer une vérité simple et vérifiable. C’est le
pétrole nationalisé qui a permis de mettre en selle la sphère productive et le travail productif, et qui a donné naissance à un essor de la création d’entreprises, sans précédent, dans notre pays.
En réalité c’est précisément ce statut des revenus pétroliers qui est en cause, car « à travers la dénonciation de la rente s’exprime implicitement une contestation de la légitimité des pays
pétroliers ou de leurs Etats à s’approprier les revenus de l’exportation des hydrocarbures [6]».Les faits, têtus, ont beau s’inscrire en faux