Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Première mise en ligne 26 mai 2013

Nouri Nesrouche, l’envoyé spécial d’El Watan rend compte de la tactique mise en œuvre de manière coordonnée pour saboter le rassemblement organisé à Aïn Beïda par le comité ces chômeurs:

 « A la place du bâton de la police, cette fois, les représentants du pouvoir ont eu recours à la stratégie de la peur pour soulever le barrage contre «les trublions étrangers». C’est d’abord dans les mosquées de Aïn Beïda que cette stratégie a été entamée. L’avant-veille, à l’occasion du prêche du vendredi, tous les imams ou presque ont focalisé sur le sujet, appelant la population locale à dire non à ces «manœuvres qui visent à déstabiliser la ville».

(...) Les commanditaires avaient réussi à mobiliser les vaillants citoyens en faisant croire que les manifestants étaient des monstres potentiels. Mais ceci n’empêche pas que les groupes de jeunes, chauffés à blanc dans l’intention de nuire aux manifestants, avaient fini par comprendre au moins le discours de la CNDDC. Nawfel Chekaoui, licencié en droit et représentant local du Comité, fulmine contre les manipulateurs : «Ils ont voulu créer la fitna à Aïn Beïda en faisant comprendre à des jeunes que nous étions venus casser et créer des problèmes. Heureusement, nous n’avons pas répondu aux provocations et, en expliquant nos intentions, ils ont fini par comprendre et sympathiser avec nous.»

De son côté Le Quotidien d’Oran consacre son éditorial à l’événement.

 Une grave dérive

Par M. Saadoune, 26 mai 2013
 

Il s'est passé quelque chose de très grave à Aïn Beïda, dans la wilaya d'Oum El-Bouaghi. Un rassemblement annoncé publiquement par le Comité national de défense des droits des chômeurs (CNDDC) a été empêché. Des violences ont été commises par des jeunes programmés et chauffés à blanc, la veille, par des prêches et probablement des incitations occultes. Ce qui a incité les membres du Comité des chômeurs à annuler le rassemblement prévu au centre-ville. Une attitude sage. On ne peut en dire autant de ceux qui au niveau local, de l'administration aux imams ont copieusement accusé le Comité des chômeurs d'être des fauteurs de «fitna».

Il y a probablement, comme cela est le cas dans d'autres villes petites et moyennes d'Algérie, des «notables» qui gravitent autour de l'administration qui n'acceptent pas que des jeunes Algériens viennent sur leur «territoire». Ils sont sans doute satisfaits et s'attendent, peut-être, à recevoir des félicitations pour avoir préservé «l'ordre» ! Pourtant, s'il reste encore un sens de l'Etat dans ce pays, ce qui s'est passé à Aïn Beïda est insupportable. Le mouvement des chômeurs a su, malgré les calomnies et les attaques, organiser des manifestations de protestation pacifique pour exprimer des revendications générales. Les accusations, fausses, de régionalisme qui lui ont été décernées traduisaient des appréhensions à l'égard d'un mouvement qui se «nationalisait» en créant des émules dans d'autres villes et régions du pays.

Après le succès du rassemblement de Ouargla, des responsables, pas seulement au gouvernement, pris en flagrant délit d'exagération et d'accusations fallacieuses, ont admis du bout des lèvres qu'ils respectaient leur droit à l'expression. A l'évidence, ce message n'est pas passé partout. A Aïn Beïda, les membres du comité sont tombés dans un quasi-guet-apens. On attend de voir avec attention les réactions des autorités nationales à ce qui peut être qualifié de grave atteinte à la paix civile. Quand on empêche par la force une expression pacifique, on crée une situation de violence insupportable, on met en conflit des jeunes Algériens que rien n'oppose. Aïn Beïda, comme Alger, Oran ou Sour El-Ghozlane ne sont pas des«territoires privés», ils font partie, jusqu'à preuve du contraire, de la République.

Les autorités pouvaient, en abusant encore une fois et en assumant l'ukase, interdire le rassemblement. Les choses auraient au moins l'avantage d'être claires et nettes. Mais que des jeunes de la ville soient poussés à aller faire la police ou le «propriétaire» des lieux est très grave. Pas seulement au plan moral et il y a énormément à dire sur ceux qui se cachent derrière des jeunes incités à la violence alors qu'ils pouvaient tout simplement, sans appeler à la haine et sans inciter au lynchage, exprimer leur désaccord avec le mouvement. Mais au-delà du côté moral, il y a une dimension d'ordre public qui doit interpeller. Si des gens n'ayant aucune responsabilité ou visibilité publique peuvent se permettre d'interdire à des Algériens qui ne pensent pas comme eux de s'exprimer, on fait le lit de toutes les violences. Cela est évident et le sens de l'Etat commande de ne pas l'accepter et d'être intransigeant sur ce chapitre. A moins que l'on ne soit dans une forme de cynisme pernicieux qui consiste à pousser à bout ceux qui cherchent à s'exprimer pacifiquement.

 Source :  Le Quotidien d’Oran

Tahar Belabès accuse le maire

 

(...) Tout a commencé après les prêches virulents des imams des différentes mosquées de la ville à l’encontre du mouvement de chômeurs. Chargés d’une mission de "rédemption", les imams ont quasiment désigné les chômeurs à la vindicte des "baltaguia", accusant ceux qui réclament le droit de travailler, de vouloir créer la zizanie dans le pays. Il s’en est fallu de peu pour que l’incident planifié ne débouche sur une mort d’hommes. C’est justement pour éviter l’effusion du sang et préserver le caractère pacifique du mouvement que les organisateurs ont préféré annuler le rassemblement qui était prévu ce samedi.

La stratégie de la surprise

Un membre de la CNDDC, Tahar Belabès, qui a échappé au lynchage et a dû quitter rapidement la ville de Aïn Beida, où il était venu pour soutenir le rassemblement, affirme que dorénavant le mouvement des chômeurs va "utiliser la stratégie de la surprise". "Nous avons jusque-là respecté la loi en déposant des demandes de rassemblement aux autorités compétentes. Mais il semble que cette démarche nous met en danger puisque les dates et les lieux de nos rassemblements sont connus d’avance. Dorénavant, nous allons agir sans en informer les autorités", nous a déclaré Tahar Belabès. Selon lui, à son retour vers Constantine avec d’autres membres du Comité, leur voiture a été "suivie" et a même failli "se faire renverser". "D’autres militants ont également été suivi", affirme notre interlocuteur. A propos des incidents de Aïn Beida, Tahar Belabès accuse le maire de la ville. "C’est le maire de Aïn Beida qui a poussé ces voyous pour nous attaquer". Selon lui, "des rassemblements des comités de chômeurs à l’Est du pays dérangent les autorités" qui voudraient "garder un caractère régional au mouvement et le cantonner au Sud du pays uniquement".

Source : Maghreb Emergent

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article