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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

la Cité nationale de l’histoire de l’immigration accueille jusqu’au mois de mai l’exposition “Vies d’exils, des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie”, une plongée inédite dans le quotidien des travailleurs algériens en France entre 1954 et 1962. Pendant la guerre de libération nationale, la population algérienne en France est passée de 220 000 à 350 000 personnes. Fait nouveau : les familles rejoignent peu à peu leurs proches dans l’exil…

L’exposition est conçue et réalisée par les historiens Linda Amiri et Benjamin Stora

Linda Amiri : « Rendre visibles nos parents »



 

 Linda Amiri est historienne. À un moment du film, elle raconte sa découverte du 17 octobre 1961 : J’étais en DEUG d’histoire et très honnêtement, c’était la première fois que j’entendais parler du 17 octobre 61. Et ça a été une belle claque parce que je me suis dit mais mince mon père il était là, il était présent, il était en région parisienne donc il a forcément fait la manifestation, je savais qu’il était FLN mais j’en savais pas plus et donc finalement la transmission elle se fait à partir de là, à partir du moment où j’ai questionné mon père et là il m’en a parlé.

 

 

 

Pour la commissaire de l’exposition, l’historienne Linda Amiri, c’est l’occasion de donner un autre regard sur l’immigration.

 

 

Pourquoi « Vies d’exil » ? Quel est l’objectif de cette exposition ?

 

Cette exposition est le fruit d’un long travail que j’ai initié il y a trois ans. Cette histoire des Algériens en France, pendant la guerre d’indépendance, est aussi pour moi, avant tout, l’histoire de mon père, de mon grand-père et de mon oncle. Depuis quelques années, ce sujet est mon champ de recherche, mais j’étais lasse de constater que l’histoire de cette immigration avait peu de visibilité. Dans l’optique du cinquantenaire de l’indépendance, je veux éviter que l’on ne parle d’elle qu’à travers le prisme du 17 octobre 1961. Quels que soient les chemins politiques que les immigrés prirent pendant la guerre, ils sont avant tout des membres à part entière de la société française et ont contribué à sa modernisation.

 

Leur exil se confond avec leur jeunesse, il faut en finir avec le mythe des pères silencieux rasant les murs, faire entendre pleinement leur voix puisqu’à Paris comme à Alger on a du mal à les entendre. Car, avant d’être des militants indépendantistes, ce sont des hommes et des femmes qui quittent leur terre natale dans un contexte de guerre et découvrent une métropole en pleine mutation. Quelles étaient leurs conditions de vie ? Leur quotidien à l’usine et hors d’usine ? Leurs relations avec la société française ? Leurs aspirations, leurs luttes politiques et syndicales ? Leur participation à la guerre d’indépendance ? Lorsque j’ai soumis le projet à Benjamin Stora, il a tout de suite accepté de travailler avec moi et nous avons ensuite pris contact avec la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. L’ensemble de l’équipe et de la direction de la CNHI s’est montrée enthousiaste et a accepté de porter avec nous ce projet, notamment Hedia Yellès-Chaouche, qui a joué un rôle important dans la réussite de l’exposition.

 

 

 

A quand remonte l’immigration algérienne en France ?

 

Les premiers pas de l’histoire de l’immigration remontent à la fin du XIXe siècle. En 1905 on comptait déjà près de 5000 Algériens installés en France, à l’époque c’était une immigration saisonnière qui n’intéressait ni les pouvoirs publics, ni les partis politiques, ni les syndicats. Après la Première Guerre mondiale, les flux migratoires s’intensifient - la France a besoin de bras pour reconstruire le pays-, l’avènement du communisme va permettre à l’immigration de sortir de sa léthargie : le communisme s’engage contre le colonialisme, une brèche qui va permettre les débuts de la politisation des Algériens en France.

 

L’année 1926 marque, on le sait, la naissance de l’Etoile nord-africaine, mais rapidement, Messali Hadj rompt avec le PC-SFIC, aidé de Amar Imache, Radjef Belkacem et plus tard A. Filali. Il parvient à transformer une simple association en un parti politique de masse. Mais ce que j’aimerais souligner ici, c’est que ces premiers pas de l’immigration en France sont multiples : dans l’entre-deux guerres le pluralisme politique existe. Par ailleurs, l’histoire de l’immigration s’accompagne déjà d’une histoire culturelle très riche, qui se poursuit après 1945. Notre exposition rend également hommage à ces artistes algériens de l’immigration.

 

 

 

Les cafés hôtels étaient des viviers du nationalisme algérien ?

 

Sans aucun doute oui ! Ce sont des lieux de socialisation politique, déjà dans l’entre-deux guerres, les militants nationalistes l’avaient compris. Mais le café hôtel est avant tout un lieu de vie qui permet l’entre-soi. Le café est un lieu très important, on y vient pour retrouver des amis, prendre des nouvelles du pays, de la famille, jouer aux cartes ou aux dominos, écouter de la musique...et lire la presse nationaliste, se politiser. Ce n’est pas un hasard si, dès 1956, ils sont au cœur de la guerre civile à laquelle se livrent les militants du FLN et ceux du MNA.

 

 

 

L’arrivée des femmes et des enfants a-t-elle chamboulé toute l’immigration ?

 

Le bouleversement s’est fait progressivement, car cette immigration familiale a doublé entre 1954 et 1962. L’arrivée des familles remonte au début des années cinquante, avec elles l’immigration s’enracine définitivement. On sous-estime à tort la présence de ces familles. Dans l’exposition, nous avons pu retrouver de nombreuses photos inédites de ces familles. Et notamment les très belles photographies de Monique Hervo. Je pense que pour beaucoup de visiteurs, la découverte de cette immigration familiale sera une surprise, car on a tendance à penser que l’immigration algérienne à cette époque était uniquement composée d’hommes seuls. Le catalogue de l’exposition, publié en coédition (Autrement-CNHI) permet aux visiteurs d’aller un peu plus loin dans la compréhension de l’histoire de l’immigration pendant la guerre d’indépendance, grâce à la contribution de nombreux chercheurs algériens, français et anglais.

 

 

 

Propos recueillis par Rémi Yacine, le 9 octobre 2012.  El Watan.com

 

 

 

Dossier sur l’expo : LDH-Toulon

 

 

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