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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Le PP de droite a à peine progressé en nombre de voix et, en pourcentage, il fait moins bien qu'Aznar en 2000. C'est avant tout l'ampleur de la défaite socialiste qui fait le triomphe de la droite. Le PSOE enregistre son plus faible résultat depuis son accession au pouvoir en 1982.

 

Une partie des électeurs perdus par le PSOE se sont tournés vers les écolo-communistes d'Izquierda unida (IU, gauche unie), qui gagnent 11 sièges contre 2 auparavant (avec 60 % d'électeurs en plus), bénéficiant peut-être de son accord nettement affirmé avec les mots d’ordre des « indignés ».

 Des centaines de milliers de voix se sont éparpillées sur de "petites" listes nouvelles venues, comme celle du parti écologiste EQUO (212 000 voix). D'autres enfin ont pu s'abstenir.

Les « indignados » ont adopté un profil particulier dans cette campagne. Très sollicités par les uns et les autres, ils refusent le « bipartisme », se considérant comme un « mouvement de pression pour régénérer la démocratie », refusant d’entrer dans un système qu’ils jugent « dévoyé et n’ayant pas de sens".

La veille du scrutin, Sandrine Morel a consacré un reportage sur la place des « Indignés » dans les élections législatives espagnoles.

 

Courtisés, les "indignés" sont les trouble-fête des élections législatives

 

Madrid correspondate- Ils sont toujours là. Empêchant des expulsions, tenant des assemblées quotidiennes, organisant des manifestations, dénonçant le bipartisme ou définissant leurs propres programmes électoraux. Sept mois après leur naissance, « les indignés » qui, depuis le 15 mai dernier, demandent une « vraie démocratie » et la fin de la « dictature des marchés » en Espagne, ont marqué la campagne, imposant leurs idées à l’agenda électoral de la gauche, faisant entendre leur voix de mille façons.

 

Ils sont la grande inconnue des élections législatives, dimanche 20 novembre. Ce sont eux que les sondages classent comme "indécis", déçus du Parti socialiste (PSOE) balançant entre l'abstention et le vote pour les petits partis.

 

Tout sauf le "PPSOE", disent-ils, nom donné aux deux grands partis, Parti populaire (PP) et PSOE. Courtisés, ils voient comment les hommes politiques tentent de récupérer leur mouvement. "L'indignation doit avoir plus d'importance dans le congrès des députés, plus d'importance pour affronter les coups des marchés, des coups qui vont à l'encontre des droits sociaux et de la démocratie", affirmait ainsi Gaspar Llamazares, chef de file du parti des écolo-communistes de la Gauche unie (IU) dans sa première vidéo de campagne, leur lançant un clin d'oeil appuyé. Mais il n'est pas le seul.

 

"Bats-toi pour ce que tu veux", le slogan de la campagne du candidat socialiste, Alfredo Perez Rubalcaba, "reprend l'idée de lutte sociale et utilise la typographie utilisée dans les pancartes des "indignés"", souligne Roberto Garcia-Patron, 28 ans, du groupe de travail de "politique à court terme" du "15 M" (nom donné au mouvement né le 15 mai). "Certains partis nous ont offert de participer à leurs listes. C'est le cas par exemple d'IU et de la Gauche anticapitaliste. Et au début du mouvement, Elena Valenciano, directrice de campagne du PSOE, nous a invités à un café pour que nous lui exposions nos revendications. De fait, le parti a repris certaines de nos idées, comme permettre le vote préférentiel, développer la participation politique des citoyens et créer une agence nationale de surveillance de la corruption dans son programme."

 

 

IU a ainsi réuni 15 000 personnes de toute l'Espagne pour composer son programme, à la manière des assemblées du 15 M. Le parti y a introduit de nombreuses mesures phares des "indignés", comme la destitution des élus impliqués dans des affaires de corruption ou l'effacement de la dette lorsque la banque saisit un bien immobilier.

 

 

Equo, le nouveau parti écologiste, a organisé des primaires ouvertes et a repris la grande majorité des propositions du 15 M. UPyD (Union, progrès et démocratie), le parti centriste créé en 2007 par une dissidente du Parti socialiste, a mis la lutte contre la corruption et la réforme du système électoral au coeur de son programme.

 

 

Seul le candidat conservateur Mariano Rajoy n'a pas fait de clin d'oeil aux "indignés" dans son programme. Mais il a pris soin de ne pas le critiquer. "Le PP n'a pas été très diplomate avec les "indignés" avant la campagne, mais il a été très respectueux pendant", souligne Ernesto Ganuza, chercheur en sociologie au Conseil supérieur de recherche scientifique (CSIC).

Il faut dire qu'un sondage réalisé en octobre par Metroscopia pour le journal El País souligne que 73 % des Espagnols soutiennent les idées du mouvement, dont 80 % des électeurs du PSOE, mais aussi, de manière plus surprenante, 50 % de ceux du PP.

 

 

"Entrer dans un système que nous jugeons dévoyé n'a pas de sens"

 

 

En dépit des pronostics qui leur prédisaient une courte vie, les "indignés" résistent. "Le 15 octobre, il y avait 100 000 personnes dans la rue à Madrid et autant à Barcelone. Huit millions de personnes disent avoir participé à un événement organisé par le 15 M. Sur les réseaux sociaux, le mouvement est très important. Les "indignés" ont rompu la barrière entre militantisme et citoyenneté et introduit un discours sur la démocratie, la transparence et la justice sociale qui n'existait pas", insiste M. Ganuza.

Malgré tous les appels du pied des politiciens, les "indignés" ont refusé de soutenir un parti en particulier. Et encore moins de fonder le leur. "Le 15 M est né comme un mouvement de pression pour régénérer la démocratie. Entrer dans un système que nous jugeons dévoyé n'a pas de sens", explique Miguel Angel Muñoz, 43 ans, membre de la commission "Elections 20N", créée spécialement pour informer sur les législatives, résumer les programmes des différents partis et expliquer les conséquences concrètes de chaque option - abstention, vote blanc et vote pour les partis minoritaires. Objectif : développer une culture politique.

 

 

"En Espagne, on appartient à un parti comme on supporte une équipe de football, sans analyse", souligne Chema Ruiz, membre de Démocratie réelle maintenant, l'organisation à l'origine du mouvement des "indignés", et porte-parole de la plate-forme des victimes des crédits immobiliers (PAH) qui a stoppé une centaine d'expulsions cette année. C'est dans ce combat que les "indignés" excellent. Des dizaines de sympathisants du mouvement se rassemblent régulièrement pour stopper les expulsions immobilières qui se sont multipliées avec la crise. A Madrid et Barcelone, des bâtiments abandonnés ont aussi été réquisitionnés pour reloger des familles qui se sont retrouvées à la rue. "Le nombre d'expulsions augmente de manière vertigineuse, s'insurge Chema Ruiz. Plus de 300 000 familles ont été expulsées ces trois dernières années, et 1,5 million d'ordres d'expulsion attendent d'être mis à exécution."

 

 

Pour lutter contre la crise, le mouvement a développé son propre programme : augmentation des impôts sur la succession et le patrimoine, réduction du budget militaire et plus d'emplois publics. Pour le mettre en application, ils demandent plus de participation citoyenne, le renforcement des initiatives législatives populaires (ILP) pour qu'elles aboutissent obligatoirement au vote d'une proposition de loi ou à la participation des habitants à l'élaboration des budgets municipaux.

Samedi, veille du scrutin et "journée de réflexion", les "indignés", qui ont prévu d'installer un nouveau campement pour le week-end, installeront un pupitre sur la Puerta del Sol pour que les gens exposent au prochain président du gouvernement leurs revendications. Une synthèse lui sera ensuite envoyée.

 

 

Sandrine Morel. 19 novembre 2011. Le Monde.fr

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