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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, 1ernovembre 2012, revu le 31 octobre 2013

La déclaration du Premier novembre  proposait à l’Etat français : « L’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible ». Douze jours plus tard, le 12 novembre 1954, le ministre français de l’Intérieur, François Mitterrand, déclarait : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement».

On connaît les terribles résultats de cet aveuglement de la classe politique française. Héritier de François Mitterrand, François Hollande va-t-il proclamer le repentir de l’Etat français?  Rien n’est moins sûr en ces temps de réécriture rampante de l’histoire.

Le ministère des Anciens moudjahidines, assis sur son gros budget, est devenu le ministère de l’histoire de la lutte de libération nationale. Il ressasse un discours quasi-syndical au profit de la famille révolutionnaire et des ayant-droit, dont il vient d’ailleurs de clore la liste (il n’y en pas suffisamment pour tout le monde).

Tandis que l’héroïque ministre dispense ses recommandations  à la Jeunesse-oublieuse-du sacrifice-des-Ainés, c’est le massacre général des héros. Pendant que les historiens font modestement leur travail pour restituer la genèse de l'insurrection, sa mise en perspective, le déroulement de la lutte de libération est le fond de commerce des médias. Périodiquement, des  "révélations" sont livrées sur le marché : luttes de clans, complots, exécutions sommaires, conditions « suspectes » du décès dans les maquis.

En contrepoint à cette démolition des héros, la mode médiatique, c’est le refrain des « Occasions manquées » et des « malentendus ». Et leurs responsables : les ultras de l’Algérie française d’un côté, les radicaux plébéiens et autres « gardiens de chèvres » de l’autre, deux extrêmes  jugés responsables de l’échec d’une "décolonisation pacifique et civilisée".

Des esprits forts affirmant vouloir « rompre avec le discours nationaliste » propose une Nouvelle histoire, dont le fil conducteur se résume à une interrogation audacieuse : cela valait-il vraiment le coup de déclencher le Premier novembre ?

Peut être aurait-il mieux fallu attendre que les forces positives de la Métropole se décident pour une décolonisation à l’amiable ? Cette option (imaginaire) aurait, selon eux, permis à l’Algérie d’éviter les crises futures en mettant en selle pour gérer l’Algérie une élite civilisée, ayant pignon sur rue : les impasses après l’Indépendance sont dues à l’emprise des « gardiens de chèvres» sur la conduite de lutte de libération nationale ! Revanche des anciens vaincus : on invoque, sans la moindre vérification, les témoignages d’anciens officiers du 2ème Bureau et autres Paras de l’intox et de la contre guérilla. Des faux témoins professionnels appelés à la barre de l’histoire !

La lutte de libération nationale doit être passée au scanner, mais faut-il rejeter le bébé avec l’eau du bain ?

Ahmed Akkache, évoquant la révolte des Circoncellions algériens, à l’époque de la domination romaine, (révolte condamnée par Saint Augustin et l'Histoire des "Docteurs de la foi"), notait : « Ce qui leur a permis de rassembler autour d’eux tous les mécontents et les victimes de l’occupation, suscitant ainsi un immense mouvement social auquel on peut donner le nom de «Révolte des saints» ou «des justes» par référence aux noms que prenaient les premiers groupes d’insurgés pour se différencier de la sauvagerie romaine. Ce mouvement extraordinaire n’est en fait qu’un des maillons de cette longue et riche chaîne historique que Kateb Yacine a appelée «la Guerre de 2000 ans», et que la jeunesse algérienne gagnerait à mieux connaître. » (Le Soir d’Algérie,)

Cinquante ans après l’Indépendance, d’autres ancêtres que ceux de Kateb Yacine ont décidé de prendre la parole d’outre-tombe. Leurs ayant-droit perdent leurs complexes. Ces Grands anciens,  personnages hauts en couleur, ont fièrement abdiqué l’ambition autochtone devant l’inexorable Civilisation Occidentale. Ils ont mis leur rayonnement archaïque au service de l’occupant. Suivront en vrac, durant les 50 premières années du 20ème siècle : les prouesses des spahis (s’bayess) glorieux médaillés des guerres françaises du Levant contre la renaissance arabe, la somptuosité des  bachaghas polygames, l’allégeance des m’khaznia des piémonts kabyles, celle des mokadem et autres chefs de Grandes Tentes. Les « Services » de l’armée coloniale -sous l’inspiration de Lyautey, le maréchal stratège de la colonisation maghrébine- avaient au début du siècle méthodiquement installé et suivi avec soin ce processus de récupération.  

Au tournant du 20ème siècle la colonisation territoriale était achevée, mais pas celle des Algériens. Félix Gautier, L’historien de l’université d’Alger (1864-1940) notait alors que «L’outrage par le regard » envers un fonctionnaire de police, considérée par le Code pénal comme un délit , était monnaie courante.

Après la Première guerre mondiale, rompant avec le courant de la soumission chez les élites traditionnelles, les nouveaux patriotes algériens, ceux des temps modernes, relègueront  ces castes à leur place de supplétifs du système colonial dont ils fourniront aussi la couleur locale et les burnous d’apparat. Après le dernier soubresaut, en 1901 près de Miliana, de la Révolte nationale du 19ème siècle, de nouvelles élites patriotiques émergent dans de nouveaux combats sociaux, démocratiques, identitaires. Intellectuels Jeunes algériens, nationalistes plébéiens de l’Etoile, Oulemas, Communistes, Libéraux patriotes : tous sont les parrains de la grande initiative du Premier novembre.

 

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