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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Quelle est l’efficacité des sanctions prises par les Occidentaux contre la Russie ? » La note de veille de Médiapart, signée Martine Orange fait le point aujourd’hui. Extraits

 Si l’économie russe montre une certaine résistance, c’est d’abord grâce à ses exportations de gaz et de pétrole, dont elle devient de plus en plus dépendante. « Sur les marchés de l’énergie, Poutine est en train de gagner la guerre », s’inquiétait ces derniers jours un des chroniqueurs de l’agence Bloomberg, Javier Blas, soulignant combien toutes les prévisions s’étaient révélées erronées. Sans être aussi définitive, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ne peut que constater dans son dernier rapport publié le 11 août que les sanctions n’ont eu qu’un impact « très limité » sur la production pétrolière russe.

Chine, Inde, Turquie : les nouveaux clients de la Russie

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, les exportations de pétrole russe vers les États-Unis, l’Europe, le Japon et la Corée du Sud ont chuté de 2,2 millions de barils par jour. Mais ces productions ont été déroutées vers l’Inde, la Chine, la Turquie, pour ne citer que les principaux destinataires, ce qui a permis de réduire les pertes russes. « Les acheteurs asiatiques ont profité du pétrole bon marché » relève l’AIE, notant que la Chine a dépassé l’Europe comme premier importateur de pétrole russe en juin.

À l’annonce des sanctions occidentales, l’institution prévoyait que les pertes de production pour l’industrie pétrolière russe se chiffreraient en millions de barils par jour. Elle concède aujourd’hui qu’elle s’est trompée dans ses estimations : « Les sanctions occidentales ont eu un impact très limité. »

En juillet, la production pétrolière russe était inférieure de seulement 310 000 barils/jour par rapport à ses niveaux d’avant la guerre d’Ukraine, et ses exportations pétrolières ont diminué de seulement 510 000 barils/jour. Soit des baisses respectives de 3 % et 4 % comparées aux références de la fin de l’année 2021.

Cette faible réduction a d’autant moins d’importance que dans le même temps les cours du brut ont augmenté de plus de 30 % et tournent ces derniers jours autour de 100 dollars le baril. Grâce à ses exportations pétrolières, Moscou a engrangé 21 milliards de dollars en juin et 19 milliards en juillet. Cette manne financière, qui permet à la Russie de financer sa machine de guerre, n’est pas près de se tarir.

Si le Kremlin acceptait, au début des sanctions, de consentir de forts rabais, allant parfois jusqu’à 30 % par rapport aux cours mondiaux, à tous les acheteurs pour contourner les sanctions, il estime désormais n’avoir plus besoin de faire cet effort : les nouvelles voies d’exportation pour sa production pétrolière sont désormais bien implantées, les mécanismes de commercialisation, avec de nouvelles maisons de négoce et de nouveaux traders échappant aux sanctions occidentales, sont en place. Ces dernières semaines, le pétrole russe se vend à parité avec les bruts de qualité comparable.

L’Opep en soutien

Car la demande est là. En dépit des prix stratosphériques du pétrole, le monde n’en a jamais consommé autant. Les craintes sur les approvisionnements en gaz, l’envolée des prix de l’électricité ont même amené des industriels à se tourner vers le pétrole et à relancer leurs anciens générateurs au fioul, notamment en Europe et au Moyen-Orient. Selon les estimations de l’AIE, la consommation mondiale de pétrole devrait augmenter de 2,1 millions de barils/jour pour atteindre 99,7 millions de barils/jour en 2022. Elle devrait continuer à progresser en 2023 jusqu’à 101,8 millions de barils/jour. Un record.

Pour la Russie, ce sont des débouchés et des rentrées financières assurés. D’autant que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) n’assure plus son rôle de stabilisateur sur les marchés pétroliers. En dépit du voyage du président américain Joe Biden qui s’est rendu à Riyad début juillet comme d’autres vont à Canossa, des multiples efforts des responsables européens pour renouer les fils avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, considéré jusqu’alors comme un paria, l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, n’a pas bougé. Elle entretient même des relations de plus en plus étroites avec la Russie et la Chine.

Quelques jours après le déplacement de Joe Biden, l’Opep a annoncé une augmentation de sa production de 100 000 barils/jour. Autant dire rien, compte tenu des pressions existantes sur le marché pétrolier. Certains acteurs sur le marché notent que l’offre en provenance des pays membres de l’Opep est plutôt en train de se réduire, au lieu d’augmenter comme prévu.

Les conséquences non évaluées de l’embargo européen

Que va-t-il se passer cet hiver ? La question plane autant chez les acteurs des marchés pétroliers que chez les responsables politiques. À la fin de l’année, les pays membres de l’Union européenne – à l’exception de la Hongrie, de la République tchèque et de la Slovaquie ont obtenu des mesures d’exemption compte tenu de leur situation géographique enclavée – devront appliquer un embargo total sur le pétrole russe, comme cela a été décidé dans le cadre du sixième paquet de sanctions adopté fin mai.

Dans l’espoir d’alléger les tensions, les États-Unis ont proposé, lors du dernier sommet du G7, la mise en œuvre d’un mécanisme permettant les exportations de pétrole russe mais à un prix plafonné, naturellement en dessous de ceux du marché. Le dispositif est censé corriger les erreurs et les travers des sanctions, qui se révèlent à ce stade tout aussi pénalisants pour l’Occident que pour la Russie.

Même si la proposition continue à être discutée, rien n’avance. Et beaucoup prédisent que rien n’avancera. Car l’adoption de cette mesure suppose un préalable important : l’accord du Kremlin. Alors que Vladimir Poutine a réussi à contourner les sanctions, il est difficile de l’imaginer accepter de remettre sa production pétrolière sous contrôle occidental, qui plus est à prix bradé ! Les États-Unis et l’Europe n’ont toujours pas compris qu’ils n’étaient plus en position d’imposer leurs vues et leur politique au reste du monde.

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