Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par Saoudi Abdelaziz

Kaïs Saïed n'a pas attendu les résultats des urnes pour parader dans les rues de la capitale. Photo DR

Kaïs Saïed n'a pas attendu les résultats des urnes pour parader dans les rues de la capitale. Photo DR

Par Nadjib Touaibia, 27 Juillet 2022

TUNIS, envoyé spécial Humanité

Sans surprise, la réforme constitutionnelle concoctée par le président Kaïs Saïed pour un régime présidentiel d’un autre temps a été approuvée à hauteur de 92,3 % des voix, selon les premiers résultats et en attendant l’annonce officielle, prévue mardi 26 juillet, en fin de journée.

Le chef de l’État s’en est publiquement réjoui en pleine nuit dans le centre de Tunis, saluant devant ses supporters l’entrée du pays dans une « nouvelle phase ». Selon lui, « les Tunisiens ont donné une leçon au monde, une leçon d’histoire » et « le référendum va permettre de passer d’une situation de désespoir à une situation d’espoir ».

Les coudées franches

Seulement quelque 27,5 % des 9,3 millions d’inscrits ont voté, ce qui fait dire aux opposants réunis dans le Front du salut national, islamistes d’Ennahdha en tête, que « 75 % des Tunisiens ont refusé de donner leur approbation au projet putschiste lancé il y a un an par Kaïs Saied ».

La faible participation est un fait habituel en Tunisie : elle se situe généralement sous les 40 %. Le président tunisien n’en a pas moins à présent les coudées franches.

Il peut surfer sur une piste lui garantissant une liberté d’action sans aucun contre-pouvoir.

Il lui est possible de désigner et de limoger le chef du gouvernement et les ministres comme bon lui semble.

Il décidera seul du caractère prioritaire ou non des textes législatifs à soumettre au Parlement.

Et il disposera même d’une seconde assemblée représentant les régions. À l’évidence, un dispositif institutionnel visant à court-circuiter ou faire pression sur les députés en cas de besoin.

Le désintérêt des jeunes

« Ceux qui ont voté ont sanctionné l’ancien régime, je veux parler d’Ennahdha, de tous ces gens qui sont restés onze années au pouvoir pour absolument rien, aucune avancée », commente Mohcène, tenancier d’un café qui fait face au siège du syndicat UGTT.

Ici, les résultats communiqués ne surprennent personne. « Détrompez-vous, l’abstention n’est pas due aux appels de l’opposition. Il faut compter avec les vacances, les grosses chaleurs aussi. De plus, il faut reconnaître que nos compatriotes n’ont pas vraiment la culture du vote, il faut encore un peu de temps », explique en souriant Hafid, jeune étudiant en multimédia qui se prépare à rejoindre la salle de soutenance de son mémoire en compagnie de sa mère. Celle-ci est-elle inquiète pour les droits des femmes ? « Pas du tout, aucun risque de régression. Rien ne le laisse présager dans la nouvelle Constitution et nous sommes résolues à défendre nos acquis », répond-elle sans hésiter.

L’inquiétude se mesure en revanche chez les journalistes et dans la presse de façon générale. « Nous avons dénoncé le projet dès que nous en avons pris connaissance. Nous estimons que les pouvoirs exorbitants que s’octroie le chef de l’État ouvrent la voie à des menaces sur la liberté d’expression », rappelle Fares Jami, responsable médias et communication du Syndicat national des journalistes tunisiens.

Le score de 93 % ne l’étonne pas, il explique toutefois l’abstention par le désintérêt des jeunes, lesquels s’étaient massivement mobilisés en 2019 pour l’élection de Kaïs Saïed. De la défiance ? « Pas vraiment. En fait, depuis la révolution, il y a une forte implication de la jeunesse dans le secteur associatif et dans la société civile. Or, le projet n’a pas fait l’objet de concertation dans ces milieux. Le texte semble être tombé du ciel et le référendum présenté comme une formalité. Du coup, les jeunes s’en sont désintéressés », explique Fares.

« Nous serons là sur tous les fronts »

Le président reste cependant populaire dans cette catégorie de la population, notamment dans les quartiers défavorisés. « Il y a le mauvais souvenir d’Ennahdha », signale le journaliste. Selon lui, « ceux qui sont allés voter se sont surtout déplacés de crainte que ce parti ne reprenne les rênes. Kaïs Saïed a beaucoup joué sur cette ambiguïté. Ce sont pour l’essentiel des plus de 60 ans, sensibles au discours présidentiel sur l’assainissement de la situation économique, la lutte contre la corruption. Il faut comprendre que les ménages ont surtout des soucis d’ordre économique. »

Inquiets, les journalistes ? Certes. Mais pas abattus pour autant. Selon le syndicat qui les représente, ils sont plus que jamais déterminés à se battre pour la défense de la liberté d’expression. « Nous le sommes autant plus qu’avec l’UGTT, assure Fares, nous serons là où il faut, sur tous les fronts ! »

L’UGTT, justement, dont tout le monde attend le communiqué de réaction aux résultats, va être le caillou dans la chaussure de Kaïs Saïed. Le syndicat se prépare aux grands enjeux : la pression du Fonds monétaire international, notamment, et toutes les attentes du monde du travail.

Source : l’Humanité.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article