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Publié par Saoudi Abdelaziz

Silence statistique en Algérie

Par Hakim Ould Mohamed, 17 Juillet 2022

Cela fait quelques mois qu’aucune note de conjoncture n’est produite par les institutions officielles en charge de l’information statistique. Les dernières notes de conjoncture de la Banque d’Algérie, de l’Office national des statistiques, du CNIS ou de l’ANDI remontent à plusieurs mois, si ce n’est près de deux années, voire plus pour certaines, ce qui suscite moult questionnements sur la réflexion statistique de ces organismes, pourtant utile et nécessaire pour l’économie et l’ensemble des agents économiques.

Dans ce contexte post-pandémique et de retour des pressions inflationnistes, l’information statistique est d’une importance capitale pour le pilotage de l’après-crise. Mais il se trouve que les institutions en charge de la production statistique semblent s’embourber dans un silence injustifié, voire dans une panne sèche peu profitable à l’économie.

C’est le cas de la Banque d’Algérie, dont la dernière note de conjoncture concerne le premier semestre de l’année dernière. Les économistes assurent que dans ce contexte post-pandémique et de tensions géopolitiques en Europe, autour de la crise Ukrainienne, il faudrait rendre l’information statistique plus fiable et plus accessible afin de permettre à l’ensemble des agents économiques de mieux piloter leurs trésoreries respectives. Alors que l’ensemble des institutions financières multilatérales mettent en garde contre les risques d’une récession économique mondiale et d’une tension plus prolongée sur l’offre et les prix des matières premières, la Banque d’Algérie n’avait pas produit de notes de conjoncture depuis le premier semestre de 2021. Et pourtant, ces réflexions permettent de mieux comprendre le comportement de l’économie face aux chocs externes, ainsi que l’évolution des fondamentaux de l’économie et des états des comptes extérieurs et des finances publiques.

L’institution monétaire n’est pas la seule à rester muette. Ce qui inquiète davantage les économistes est celle flambée des prix aussi bien à l’international que sur les marchés domestiques qui n’en finit pas de se confirmer et à laquelle ces institutions statistiques ne semblent pas accorder un grand intérêt.

La dernière indication sur l’évolution du taux d’inflation remonte à janvier 2022, où l’indice des prix à la consommation, calculé par l’Office national des statistiques (ONS), avait bondi à 9% et le taux d’inflation en glissement annuel à 7,6%. Depuis, la hausse des prix n’a pas connu de répit, mais aucune information statistique n’est publiée pour permettre de prendre la température et ses conséquences sur les entreprises et les ménages.

Chômage, commerce extérieur… les statistiques absentes

Pis encore, aucune indication sur l’évolution du taux de chômage dans le pays n’a été fournie depuis fin 2019 ; la dernière information statistique en la matière concerne mai 2019 et septembre 2018, alors que la crise sanitaire s’est révélée hautement préjudiciable pour les entreprises, les embauches et le marché de l’emploi en général.

Partout dans le monde, la progression du taux de chômage était un indicateur-clé mesurant la violence de la vague pandémique qui a submergé les économies et les entreprises, alors qu’en Algérie les statistiques en la matière étaient totalement absentes, ce qui relance de plus belle la polémique sur la contribution de ces institutions au pilotage de l’économie. Preuve en est que les statistiques en matière de commerce extérieur, produites traditionnellement par le service CNIS de l’administration douanière, n’ont pas été actualisées depuis 2020. Tout comme les données sur les intentions d’investissement publiées habituellement par l’ANDI et qui permettent de comprendre le comportement des investisseurs par rapport à des conjonctures données.

Cette panne sèche en matière de production des statistiques économiques a laissé le libre champ à des interprétations quelques fois erronées des informations fournies par certains organismes mondiaux et autres institutions bancaires, financières peu outillées pour une production statistique fiable sur l’économie algérienne.

Ce n’est pas pour rien que le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, n’a cessé de plaider en faveur d’une information statistique fiable, exigeant, lors d’un précédent Conseil des ministres, du ministère de tutelle de veiller à opérer une révolution en matière d’élaboration de statistiques, «loin des procédés classiques» et «de contrer toute forme de récupération politique et de désinformation de l’opinion publique». Le chef de l’Etat avait reconnu à la même occasion que les statistiques disponibles actuellement ne sont pas souvent exactes, insistant sur la nécessité d’exploiter la numérisation pour le recensement des richesses nationales, pour mieux «connaître nos potentialités et définir nos besoins, d’autant que la numérisation et les statistiques sont la base de toute stratégie efficiente et un outil facilitant sa mise en œuvre par le gouvernement». La production statistique tenant compte des informations réelles disponibles est d’autant plus capitale qu’elle conditionne l’efficacité des réformes, des plans et des stratégies économiques auxquels se livrent actuellement certains départements ministériels.

Source : Reporters.dz

 

 

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