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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Y. D. 28 Juillet 2022. TSA

Grâce à la hausse des prix du pétrole, la balance commerciale de l’Algérie est passée dans le vert, mais deux économistes mettent en garde contre un éventuel contre-choc pétrolier, en raison de la crise économique mondiale.

Les Douanes algériennes ont publié, lundi 25 juillet, les chiffres du commerce extérieur de l’Algérie pour le 1er semestre 2022. Il en ressort que les importations ont augmenté de plus de 7 % par rapport à la même période de l’année 2021, pour atteindre un peu plus de 20 milliards de dollars, contre près de 19 milliards durant les six premiers mois de l’année passée.

Quant aux exportations, elles se sont établies durant le 1er semestre 2022 à près de 26 milliards de dollars, en augmentation de 48,3 % par rapport au premier semestre 2021 (17,480 milliards de dollars).

Résultat, la balance commerciale de l’Algérie est excédentaire pour le premier semestre 2022 de 5,689 milliards de dollars, alors qu’elle était déficitaire pour le premier semestre 2021, de 1,348 milliard de dollars, selon les douanes algériennes.

Que faut-il retenir de ces chiffres ?

L’économiste Brahim Guendouzi considère d’emblée que les statistiques partielles du commerce extérieur relatives au premier semestre de 2022, révèlent en premier lieu une tendance déjà connue à savoir les importations sont réparties de manière plus ou moins homogène entre les produits, alors que les exportations proviennent essentiellement d’une seule famille de produits à savoir les hydrocarbures.

En deuxième lieu, il relève que l’excédent commercial de l’Algérie durant cette période était attendu également du fait de la hausse sensible des cours du pétrole brut et du gaz naturel, induite par la situation en Ukraine et en Europe.

« Dans cette conjoncture, l’entreprise Sonatrach va tout simplement doubler son chiffre d’affaires libellé en dollars », fait-il remarquer.

En troisième lieu, l’économiste se montre surpris que les importations ont atteint 20,223 milliards de dollars, soit une augmentation de 7,41 % par rapport au premier semestre 2021, « alors que l’on s’attendait à une chute rendue possible par les diverses mesures prises pour réguler les achats de l’extérieur ».

Il cite des mesures telles que « l’attestation délivrée aux importateurs par Algex, la suspension de l’importation sous la position tarifaire « autres », l’importation dans un seul sous-groupe dans le code des activité homogènes, le gel des importations de véhicules ».

En quatrième lieu, le Pr Guendouzi fait observer que les exportations hors hydrocarbures « restent encore très faibles en absolu ». Cependant, ajoute-t-il, ces exportations connaissent un taux de croissance appréciable puisque atteignant 3,507 milliards de dollars « du fait que l’activité d’exportation elle-même, en dehors des hydrocarbures, n’arrivait pas à décoller dès lors que rarement le montant de 3 milliards de dollars par an ne soit dépassé ».

La cinquième remarque du Pr Guendouzi tient en la remontée de deux pays parmi les cinq premiers fournisseurs de l’Algérie, en l’occurrence le Brésil et l’Argentine, qui viennent après la Chine et la France, mais avant l’Italie.

« La raison en est l’achat massif de céréales et des graines oléagineuses, après le bouleversement subi par le marché international des matières premières alimentaires suite au conflit militaire russo-ukrainien », précise-t-il.

S’agissant des clients de l’Algérie, l’ordre n’a pas changé puisqu’il s’agit principalement des pays qui achètent les hydrocarbures à savoir l’Italie, l’Espagne, la France, les Pays Bas et les États-Unis.

Pour Mohamed Achir, docteur en économie, ce qu’il faut noter dans le bilan des exportations est l’amélioration notable de la position financière extérieure de l’Algérie avec notamment ces indicateurs du premier semestre en termes d’exportations des hydrocarbures et hors hydrocarbures.

« Avec la continuité de cette allure haussière nous pouvons dire que la fin de l’exercice 2022 marquerait un retour au solde positif même de la balance des paiements. Même les réserves internationales de change pourraient atteindre les 50 milliards de dollars », anticipe-t-il.

Mohamed Achir explique ce bilan par l’augmentation des prix du gaz et pétrole, la hausse des quantités exportées de ces produits, la maîtrise et les restrictions sur certaines importations, l’augmentation sans précédent des exportations hors hydrocarbures et enfin la baisse de l’euro « qui a une relative incidence sur les importations de l’Algérie en provenance de la zone euro », notamment le blé.

« Ce qu’il faut noter positivement est cette nette amélioration des exportations hors hydrocarbures. Une tendance très favorable pour l’économie algérienne qui recèle un potentiel à l’exportation hors hydrocarbures très considérable », note Achir, citant les exemples de la métallurgie, du ciment, la pétrochimie, l’agriculture et certains équipements industriels, électroménager et électriques.

« Faire des réajustements macro-financiers »

Ces résultats encourageants du commerce extérieur de l’Algérie ne doivent cependant pas occulter le fait que les conjonctures sont changeantes et qu’il y a lieu de s’adapter voire de les anticiper.

Pour Mohamed Achir, le gouvernement doit rester « prudent » car les perspectives économiques mondiales à l’horizon 2023- 2024 restent « toujours sombres » tandis qu’une récession mondiale avec une inflation importante « se confirme de plus en plus ».

« Une telle situation pourrait provoquer un contre-choc pétrolier.  C’est-à-dire une baisse importante des prix des hydrocarbures. C’est l’hypothèse d’un cycle économique qui a été historiquement vérifié dans les années 1970 et 1980 », rappelle-t-il.

Donc l’Algérie doit profiter de cette amélioration pour faire des réajustements macro-financiers, préconise l’économiste. Et aussi, il y a lieu d’accélérer les réformes du climat d’investissement pour stimuler la « réelle croissance ».

Le Pr Brahim Guendouzi est sur la même ligne. Selon lui, l’économie algérienne est dans l’impérieuse nécessité de privilégier l’investissement productif et la création de nouvelles entreprises pour plus de valeur ajoutée et de cotisations sociales.

« La densification du tissu économique et la diversification de la production et des exportations, sont à ce titre des impératifs à poursuivre à moyen terme (horizon 2030) », relève-t-il.

Un changement dans l’environnement des affaires s’impose de lui-même, recommande l’expert. Pour lui, améliorer l’attractivité du territoire est « une urgence » pour augmenter la part des Investissements directs étrangers (IDE) dans l’économie du pays car ils sont « des véhicules pour le savoir-faire et la technologie ».

Cependant, fait remarquer le Pr Guendouzi, la conjoncture économique mondiale est entrée dans un processus inflationniste « avec un risque de ralentissement de l’activité économique dans la plupart des pays avancés », notant qu’il y a lieu de rechercher plus de résilience pour l’économie algérienne « qui est surtout extravertie ».

Source : TSA-Algérie

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