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Publié par Saoudi Abdelaziz

Siège de l'OTAN. Photo DR

Siège de l'OTAN. Photo DR

Par Mounir Hocine, 20 juin 2022

Dans un tweet agacé, notre confrère Akram Kharief, directeur de la publication spécialisée Mena Defense demande à l’OTAN et à l’Africom de cesser d’utiliser l’Algérie comme un “ennemi” dans leurs Wargames et de s’écrier quand l’armée algérienne leur dit d’aller se faire voir chez… les grecs “après des invitations à ce genre d’exercices”. “ Profitez du thé et de l’hospitalité au Maroc” et “allez à “ la recherche d’ennemis ailleurs !” leur conseille notre confrère qui sait bien comment cela fonctionne. 

Les Algériens ennemis de l’OTAN? En réalité, c’est l’OTAN qui est, historiquement, l’ennemie de l’Algérie et de tous les mouvements de libération. Même si des contacts ont été établis, cet arrière-fond historique demeure le même. L’Algérie est non-alignée, donc elle est “pro-soviétique” ou “pro-russe”, les vieux clichés de la propagande de la guerre froide restent de mise. Donc, quand les wargames de l’OTAN donnent à l’Algérie le rôle de l’ennemi, il ne s’agit pas d’un manque d’imagination (ils auraient pu les appeler les marsouins ou les martiens, dans un jeu tout est permis), mais le produit d’une histoire.

C’est d’ailleurs cette histoire qui a fait que les Algériens, qui ont applaudi la révolution tunisienne, ont largement rejeté l’intervention de l’OTAN en Libye. Car, on le sait et on pressent en Algérie depuis au moins le 1er novembre 1954, l’OTAN ne nous veut pas du bien. Et ses stratèges, qui savent bien que l’Algérie n’est pas un “pion de Moscou”, ils ne la classeront dans le rang des “amis” que si elle sort définitivement de sa trajectoire historique. 

Le grotesque récit construit par Madrid

Quand des responsables espagnols invoquent la “main de Moscou” derrière la crise entre Alger et Madrid à la suite du ralliement sans gloire – et probablement pour des raisons sordides – de Pedro Sanchez aux positions marocaines sur le Sahara Occidental, ils savent qu’ils mentent. Cependant l’incapacité à expliquer aux espagnols en quoi ce ralliement sert l’intérêt de l’Espagne les poussent à mettre en parole des vieux tics de la propagande des secteurs les plus violents et les plus racistes de l’establishment occidental.

Si le ministre espagnol des affaires étrangères, José Manuel Albares, a joué cette fausse carte sur le mode off, la première vice-présidente du gouvernement espagnol, Nadia Calviño et le ministre de l’agriculture et ex- ambassadeur d’Espagne à Rabat, Luis Planas, n’ont pas craint le ridicule en le disant publiquement. Comme le note Akram Kharief, cité par elDiario.es, « Cette stratégie vient de l’Espagne et l’objectif, qui n’est pas très intelligent, est de construire un récit pour le vendre à l’UE et à l’Otan ».

 Cette construction d’un récit d’une Algérie devenue encore “plus ennemie que d’habitude” a été alimentée par l’OTAN elle-même qui, selon un document classé confidentiel révélé par la version allemande du site (américain) Business Insider, qualifie l’Algérie de “risque pour la sécurité de l’Europe”.  Selon l’article, c’est l’avertissement de l’Algérie à l’Espagne que le transfert du gaz algérien vers le Maroc était une cause de nullité des contrats qui explique ce “classement” qui n’est pas nouveau. Selon ce document qui daterait de début juin, « il y a un risque que l’Algérie utilise ses livraisons de gaz comme moyen de pression politique, à l’instar de la Russie. Cela représenterait un risque pour la résilience politique et économique de l’Europe. A long terme, cela menacerait le statut de l’Algérie en tant que fournisseur d’énergie pour l’Europe ». 

La clause de destination n’est pas un casus belli

En réalité, l’Algérie n’a pas essayé d’utiliser le gaz comme moyen de pression politique, mais elle n’a fait que rappeler la très banale “clause de destination”, qui existe dans le contrat entre les deux parties.  Le ministère de l’Energie n’a fait que rappeler que tout acheminement de « quantités de gaz naturel algérien livrées à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels, et par conséquent, pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols ». D’ailleurs l’Espagne n’a pas contesté ce point et a même assuré qu’aucune molécule de gaz algérien ne sera envoyée au Maroc. 

Il est probable que ce “rapport” de l’OTAN est largement inspiré par l’équipe de Pedro Sanchez qui apparemment n’a pas prévu la réaction de l’Algérie au “giro” sur le Sahara Occidental. Les arguties avancées dans le document de l’OTAN ne semblent en tout cas pas effrayer les Italiens et les Allemands qui cherchent à augmenter leur capacité d’importation du gaz d’Algérie et qui ont déjà éprouvé la “fiabilité” de l’Algérie dans ce domaine. 

Il faut sans doute mettre ce “renouveau” du récit sur l’Algérie comme une menace sur le compte de la fébrilité qui s’est emparée des décideurs de l’OTAN et notamment américains après la guerre russe en Ukraine. D’où la tendance à chercher la “main de Moscou” partout. Dans le tiers-monde, même si personne n’approuve Moscou dans son action en Ukraine, beaucoup estiment qu’ils n’ont pas à s’aligner, ni sur Moscou, ni sur Washington. Un sacrilège apparemment chez les chefs de guerre de l’OTAN qui semblent vouloir reprendre le refrain de Bush junior: “qui n’est pas avec nous est contre nous”. 

Faut-il prendre au sérieux ces éléments? Il ne faut en tout cas pas les ignorer et se rappeler qu’en dépit des “contacts” voire même des participations à des activités, l’OTAN ne considère pas l’Algérie comme un “ami”. Les seuls “amis” pour l’Otan, ce sont les vassaux. L’enjeu est bien de défendre notre indépendance et notre capacité à résister aux menaces. Et le cas libyen – mis en guerre civile permanente par l’intervention de l’OTAN, nous le rappelle cruellement: les dictatures, en rompant sur la durée le lien entre l’État et la population, affaiblissent les pays et en font des proies faciles. Il n’y a pas de secret sur la manière d’avoir l’adhésion de la population: les libertés, la citoyenneté, le droit de se mêler des affaires du pays, la démocratie en un mot.  

*Pour le background historique sur le rôle de l’OTAN, voir l’article de Sadek Hadjeres : “Quand depuis 60 ans l’OTAN s’invite en Méditerranée”

Source 24hdz.com

 

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