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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par André Larané, 25 mai 2022. (Herodote.net)

La guerre entamée en 2014 dans le Donbass (Ukraine) a connu une brutale accélération le 24 février 2022 avec l’ouverture de plusieurs fronts par l’armée russe sur toute la frontière russo-ukrainienne. Après trois mois d’offensives et de contre-offensives, le front est à nouveau en train de se stabiliser.

 

Mais la perspective d’un traité de paix paraît plus éloignée que jamais. En prenant le recul qui sied à l’historien, demandons-nous ce que cela peut signifier pour les protagonistes et nous-mêmes. 

Dans Les causes politiques de la guerre (9 mars 2022), nous avons analysé le processus qui nous a conduits à l’impasse actuelle. Ce texte conserve toute sa pertinence, sinon que depuis sa publication, les espoirs de paix négociée se sont amenuisés.

En le publiant, il y a deux mois, nous émettions l’espoir que les négociations russo-ukrainiennes d’Istanbul aboutissent rapidement. Le président Zelensky avait déjà fait savoir qu’il renonçait à une entrée formelle dans l’OTAN et l’on s’orientait à petits pas vers un compromis honorable concernant l’autonomie du Donbass et le retour de la Crimée à la Russie.

Là-dessus, le samedi 26 mars, à Varsovie, le président Biden, de façon très peu diplomatique, a qualifié de « boucher » le président Poutine en feignant d’ignorer que plusieurs présidents américains eussent aussi mérité ce qualificatif (Jackson, Polk, Grant, Truman, Johnson, Clinton, Bush Jr...). Il a promis au président Zelensky de lui livrer toutes les armes qu’il pourrait souhaiter, en vue de vaincre l'agresseur russe.

Ce discours s’est tenu devant les seuls drapeaux polonais et américain car, pour Varsovie comme pour Washington, l’Union européenne ne compte pas. Qui se souvient encore que la Cour constitutionnelle de Pologne s’est affranchie des traités européens  le 7 octobre 2021, il y a tout juste 8 mois ?

La Pologne n'a pas changé de ligne depuis trois décennies. Comme les autres satellites de l’URSS, elle a pu entrer dans l’OTAN en 1999. En 2003, elle s’est fait gloire de participer à l’agression de l’Irak. Mieux encore, elle a parrainé la participation de l’Ukraine à cette guerre condamnée tant par l’ONU que par Paris, Berlin et Moscou. C’est ainsi que l’armée ukrainienne est devenue dès cette date membre de facto de l’OTAN.

Le président américain a de son côté fait oublier les conditions dans lesquelles les États-Unis ont abandonné les Afghan(e)s à leur sort le 15 août 2021, il y a tout juste dix mois ! Il se verrait rester dans l’Histoire comme celui qui aura réussi là où Napoléon et Hitler ont échoué : briser la Russie. C’est ce qu’a exprimé son Secrétaire à la Défense Lloyd Austin à Kiev le 26 avril 2022 : « nous voulons voir la Russie affaiblie, incapable de mener le type d’actions qu’elle a lancé sur l’Ukraine. »

Avec les encouragements de Varsovie, Washington et également Londres, le gouvernement de Kiev a donc suspendu les négociations d’Istanbul et relancé ses contre-offensives, non sans succès.

Face à la guerre, les autres pays européens ne cachent pas leurs réticences, à l’image de la France, dont le président persiste à entretenir le dialogue avec son homologue russe. Aucun ne se soucie d’armer les Ukrainiens (sauf à la marge). Ils laissent cette responsabilité à Washington et ses alliés du premier cercle. C’est le Pentagone qui, de fait, arme les Ukrainiens, les entraîne, les renseigne avec ses satellites, etc.

L’OTAN apparaît de plus en plus comme une coquille vide. Elle donne raison au président de la République française qui, le 7 novembre 2019, s’irritait de l'inaction de ses alliés face aux agissements de la Turquie en mer Égée et la déclarait « en état de mort cérébrale » !

Provocations de salon

En Europe, la guerre se joue dans les médias sans échapper au ridicule comme avec l’annulation d’un concert de Tchaïkovski ou la victoire de l’Ukraine dans… l’Eurovision. Elle se joue aussi dans les candidatures à l’OTAN de la Suède et de la Finlande. Celles-ci sont inutilement provocatrices car sans utilité pratique et de toute façon vouées à l’échec du fait de l’opposition de la Turquie. La Suède n’a jamais rien eu à craindre de la Russie mais elle-même ne s’est pas privée de l’agresser il y a trois siècles. Son aventure s’est mal terminée à Poltava (en Ukraine !).

Tout autre est le cas de la Finlande. Staline l’a envahie en novembre 1939 mais il a été surpris par la résistance des Finlandais (comme Poutine en Ukraine). Il s'est résigné à un armistice le 12 mars 1940. Les choses auraient pu en rester là. Mais en juin 1941, quand la Wehrmacht envahit à son tour l’URSS, les Finlandais ont cru malin de s’associer à elle. Ils ont participé au siège de Leningrad (un million de morts civils) et poursuivi le combat aux côtés du IIIe Reich jusqu’en septembre 1944. Ce faisant, ils peuvent s'estimer heureux d'avoir pu prospérer après la guerre dans une paisible neutralité.

Source : Herodote.net

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