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Publié par Saoudi Abdelaziz

Une grève d'envergure est annoncée pour les prochains jours.

La démarche de compromis proposée par Nouredine Bouderba, militant syndicaliste, expert des questions sociales et du monde du travail.

Entretien publié par le quotidien Reporters.  

 

« Comment peut-on arriver à un consensus sans dialogue !»

Par Ines dai, 18 avril 2022. Reporters-dz

Les syndicats autonomes de la Fonction publique ont décidé de faire grève pour demander une hausse plus conséquente de la grille indiciaire des salaires. Pourquoi la nouvelle grille indiciaire ne satisfait pas ces syndicats alors que des sources gouvernementales parlent d’augmentation significative ?

Lorsqu’on prend les chiffres donnés concernant les augmentations de salaires pour la Fonction publique, on a le point indiciaire qui est de 45 DA et il y a eu 80 points ajoutés pour celui qui va bénéficier de la plus haute augmentation. Chaque point valant 45 DA, cela donne un total de 3600 DA de hausse. A côté, il y a également les primes et indemnités mensuelles qui peuvent aller jusqu’à 67% (taux maximal) du salaire de base. Le total nous donne donc un maximum de 5940 DA d’augmentation sur le salaire brut, avant les retenues IRG et sécurité sociale.

Donc la hausse maximum est de 5940 et non de 10.000 DA comme annoncé. Sur les salaires nets, la hausse maximum est de 4390 DA pour les hauts salaires et de 2720 DA pour les plus bas salaires.

Pour ma part, j’estime que les augmentations annoncées sont insignifiantes devant l’érosion du pouvoir d’achat et la cherté de la vie, car que peut vraiment représenter une augmentation de 2720 DA devant la terrible l’inflation à laquelle nous assistons. Les travailleurs ne sont pas satisfaits et je les comprends.

En plus, la dernière mesure de réduction de l’IRG ne s’est pas traduite par une augmentation pour tous les salariés et les pensionnés, à savoir ceux qui touchent moins de 30.000 DA, car ces derniers ne bénéficient pas d’une des deux mesures entrant dans le cadre de la hausse des salaires. En plus clair, ils bénéficient du point de la hausse du point indiciaire mais pas de la réduction de l’IRG puisqu’ils en sont déjà exemptés. On ne peut donc pas parler maintenant de deux mesures pour augmenter tous les salaires puisqu’une partie des salariés ne se verra pas appliquer la mesure concernant la réduction de l’IRG.

Donc en résumé, les hauts salaires bénéficient des 4390 DA auxquels on peut ajouter en moyenne 2300 DA, et ceux qui touchent moins de 30.000 DA ne bénéficient que de 2720 DA d’augmentation.

A bien observer le champ syndical et ses relations avec l’Exécutif, celles-ci restent tendues, voire marquées de méfiance. Comment expliquer cela ?

A mon avis, les relations sont tendues car il faut d’abord dire qu’il n’y a pas de dialogue social, et cela dure depuis plusieurs années. Il n’y a pas de rencontres, pas de négociations entre les deux parties. Il y a des mesures qui sont prises unilatéralement.

Bien sûr qu’il ne s’agit pas ici de parler des rencontres entre le ministre et les syndicats, car ce ne sont pas des négociations, mais des rencontres où la tutelle donne des informations, alors que le dialogue est très important, surtout en période de crise.

En situation normale déjà, le dialogue est très important dans toute société si on veut éviter les grands conflits. Alors en situation de crise, le dialogue est plus qu’indispensable, il faut que les parties s’entendent, que chacune fasse des compromis pour arriver, en fin de compte, à un consensus. Mais s’il n’y a pas de dialogue, pas de discussion, comment peut-on arriver à un consensus ?

Il faut aussi reconnaitre qu’il n’y a jamais eu une situation de crise pareille, il suffit de voir l’érosion du pouvoir d’achat qui n’a jamais atteint un tel seuil depuis des années, voire des décennies. A côté, il y a le gouvernement qui, en termes de mesures unilatérales, a pris une décision déterminante pour l’avenir du pays, qui aura des conséquences néfastes sur des millions d’Algériens et qui ne peut qu’alimenter le mécontentement, à savoir la suppression des subventions, alors que le marché doit être réglementé.

Je prends un autre exemple concernant l’IRG. Le gouvernement a décidé, à juste titre, d’appliquer le même barème de l’IRG pour toutes les catégories sociales et pour les fonctions libérales ; ces dernières ne payeront plus un forfait, mais se verront appliquer sur le bénéfice le même barème d’IRG que celui du salarié et du retraité. Mais le constat, aujourd’hui, est que la grande majorité des médecins spécialistes appliquent une augmentation des tarifs des consultations qui étaient déjà énormes, inaccessibles. Environ les trois quarts – ou les 4/5 – des spécialistes ont décidé une hausse de 25% (la consultation passe de 2000 à 2500 DA) juste pour compenser les retenues de l’IRG alors qu’ils ne se font qu’appliquer l’IRG d’un salarié. Le gouvernement, lui, n’intervient pas et laisse faire. Les consultations étaient déjà très élevées avec les anciens tarifs, alors comment le simple salarié peut-il s’en sortir, surtout s’il a deux ou trois malades à la maison ?

Comment voulez-vous que les salariés ne soient pas mécontents ? Ils le seront forcément, car premièrement, ils sont agressés dans leur pouvoir d’achat comme ils ne l’ont jamais été et, deuxièmement, il y a des mesures unilatérales et absence de dialogue social. Cela fait des années que je ne cesse de dire que l’Algérie a tout à gagner à ce que ce dialogue soit renforcé et que les mesures qui protègent tous les Algériens doivent être prises pour maintenir la cohésion sociale.

La CSA (confédération des syndicats algériens) parle d’un point indiciaire de 100 DA. Quelle faisabilité selon vous ?

Il fait savoir que le syndicat est dans son rôle de revendiquer le maximum, de vouloir doubler les salaires… Mais par réalisme, j’estime qu’il faut augmenter les salaires de 20 à 30%, non pas qu’ils sont suffisants à un travailleur, à la cherté de la vie, mais c’est parce qu’il faut tenir compte des problèmes économiques, et que le pays ne peut pas supporter les coûts pour doubler les salaires. Je pense que l’Algérie a les moyens de procéder à une augmentation de 50% du SNMG (Salaire national minimum garanti) également.

Partager le développement, lutter contre les inégalités et maintenir la cohésion sociale devraient être une priorité pour le pays. Et l’Etat a assez d’atouts pour réussir cela : l’Algérie n’est pas un pays endetté, elle a des réserves de change de 40 milliards de dollars ainsi qu’une réserve très importante en matière de récolte d’impôts et de cotisations sociales.

Source : Reporters-dz

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