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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les mutations qui ont bouleversé la société et l’économie algériennes au cours de ces trente dernières années. En d’autres termes, depuis les ruptures qui ont institutionnalisé l’ordre social libéral à la charnière des décennies 1980-1990.

Par Abdelatif Rebah. Notes parues sur Facebook le 21 janvier 2021

LES TRANSFORMATIONS DE LA STRUCTURE ECONOMIQUE

Privatisation de la structure juridique de l’économie

Réduction de la place qu’occupe le secteur public dans l’économie ! La taille du secteur public est passée à peu près de 81% du PIB hors hydrocarbures en 1988, à 26%% en 2000, puis à 19% en 2011 et enfin à 15% en 2015. La part de l’emploi public a reculé. Alors qu’en 1989, le secteur public était en pole position, avec 54% des emplois, contre 46% pour le secteur privé, en 2017, il n’en représente plus que 37%.

Crédits à l’économie : part croissante du secteur privé. La part du secteur privé est passée de 14,8% en 1997 à 51,7% en 2017.

Transformations des usages économiques et sociaux des revenus petro gaziers.

L’orientation prédominante donnée à l’emploi des ressources hydrocarbures, tant sous la forme de recettes d’exportations qu’à travers le profil de la consommation énergétique interne.

Les revenus pétroliers abondants qui ont dépassé, durant ces trente dernières années, les 1000 milliards de dollars, soit près de trois fois plus que le montant qui a financé les plans triennal, quadriennaux et quinquennal du développement (1967-1984), ont nourri le cycle importation-revente, au détriment de l’investissement, industriel, tout particulièrement.

Durant les années 2000-2015, l’industrie a reçu en moyenne 0,16%, à peine, du total cumulé des dépenses d’équipement.

Ce «détournement» de caractère improductif et parasitaire des revenus pétrogaziers se conjugue avec celui des usages de l’énergie finale: l’usage en tant que facteur de production, au profit de la sphère productive, cède sa prédominance à l’utilisation en tant que bien de consommation, au profit du secteur résidentiel-tertiaire et de celui des transports.

Le secteur industriel ne représente plus que le cinquième de la consommation énergétique. La consommation finale d’énergie est désormais dominée par les secteurs des transports, 31,7%, le résidentiel-tertiaire, 36,6%, et des matériaux de construction, 9,7%.

Entre 1980 et 2018, la part de l’industrie dans la consommation finale de gaz naturel a chuté de 71% à 34%, tandis que pour l’électricité, elle tombe de 55% à 35%.

Le déclin des consommations énergétiques industrielles est confirmé également par la chute de la part relative de clients industriels dans les ventes d’électricité et de gaz. Entre 1980 et 2018, la haute tension a vu sa part dans les ventes physiques d’électricité tomber de 35% à 20%. Même phénomène de régression pour le gaz naturel. La part de la haute pression dans les ventes physiques de gaz naturel baisse de 68% en 1980 à 11% en 2018.

Transformations de la composition sectorielle du PIB.

Tertiarisation de l’économie et déclassement du secteur industriel.

La composition sectorielle du PIB a considérablement changé depuis 1990. Elle illustre, d’abord, le déclassement du secteur industriel. La contribution de l’industrie au PIB tombe de 13,1% à moins de 6%, en 2018.

L’essor des services marchands est attesté par la montée régulière de sa part relative dans le PIB, gagnant 6 points entre 1990 et 2018.

Les secteurs moteurs de la croissance économique

Entre 1990 et 2019, l’indice de la production industrielle publique des branches de l’Energie électrique, des Hydrocarbures et des Matériaux de construction augmente respectivement de 5,5%/an, 0,5% /an, et 1,1%/an tandis que celui des industries hors hydrocarbures a pratiquement stagné à 0,1%/an et que l’indice des industries manufacturières a baissé à un rythme de –2,1%/an.

LES TRANSFORMATIONS DE LA STRUCTURE DE L’EMPLOI ET DU SALARIAT

Recul de l’emploi public et de l’emploi industriel, prépondérance des emplois du secteur tertiaire, montée du précariat

La structure de la population occupée en 2017 confirme la prépondérance du secteur tertiaire qui procure plus de 60% des emplois, suivi du BTP en constante progression (17,2% contre 10% en 2000)

L’emploi industriel qui représentait en 1987, l’équivalent de plus d’une fois et demie l’emploi dans la branche du commerce, n’en constitue plus en 2017, que les huit dixièmes, environ.

Recul de la population des salariés

Les chiffres de l’ONS attestent d’une proportion de 67,8% de salariés en 2019 contre 81,5% en 1987 et 77,2% en 1977.

Baisse du taux d’emploi permanent et augmentation du taux d’emploi temporaire.

Dominance des emplois non permanents qui ont vu leur part se multiplier par 2,6 fois entre 2000 et 2019.

Emergence et montée des catégories socioprofessionnelles liées aux libéralisations.

Employeurs, commerçants, professions libérales : avocats, notaires, juges, médecins, pharmaciens… Le corps des médecins, spécialistes, dentistes et pharmaciens constitue le quart de la profession libérale.

Emergence d’un patronat de milliardaires.

Au classement de l’année dernière, le magazine Forbes avait classé Issab Rebrab comme la sixième fortune africaine, avec une fortune estimé à 3,7 milliards de dollars et une amélioration de 700 millions de dollars l’an dernier.

La part des employeurs et indépendants est passée de 16,8% en 1987 à 30,8% en 2019. Le nombre des employeurs a plus que doublé en moins de vingt ans, passant de 1 600 000 personnes en 2000 à 3 473 000 personnes en 2019. En 2019, on recense plus de 2 millions d'opérateurs économiques inscrits au Centre National du Registre du Commerce (CNRC). Soit 1 commerçant pour 20 habitants contre 1 commerçant pour 37 habitants en 1992 !

90% de ces opérateurs exercent sous le statut de personnes physiques et 10% sous le statut de personnes morales. 97,8% de ces entités emploient moins de 9 personnes et 94.6 %, réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 20 millions de dinars. Une infime partie arrive à atteindre un chiffre d’affaires supérieur à deux milliards de dinars.

Ces catégories sociales, subordonnées idéologiquement à la bourgeoisie capitaliste ont propagé frénétiquement les recettes libérales faites d’austérité, de privatisations et d’ouverture au capital étranger.

LES REPRESENTATIONS POLITIQUES ET IDEOLOGIQUES : LA DOMINATION DE L’IDEOLOGIE LIBERALE

On constate que les représentations politiques et idéologiques dominantes portent l’empreinte des mutations qui ont bouleversé l’économie et la société algériennes ces trente dernières années. Le bouleversement des fondements socio-économiques a assuré la montée de l’idéologie libérale des dites ‘’classes moyennes.

Mais elles sont aussi le reflet du degré d’immaturité de la Formation économique et sociale (FES) et du caractère encore inachevé de la Formation Etatique Nationale. La problématique centrale des élites libérales des sous-périphéries dominées comme l’Algérie est : Comment construire ex-nihilo les rapports sociaux capitalistes? Comment instaurer le capitalisme sans capitalistes ? Les cadres de pensée sont ceux de l’Europe du XIXème. L’avènement du mode de production capitaliste est dépeint sous des couleurs idylliques. Ils rêvent de reproduire les révolutions bourgeoises de l’époque des premiers temps du capitalisme qui avaient alors ouvert la voie aux forces constructives d’édification. Elles militent pour l’instauration d’un pouvoir qui, dans un premier temps, entérine, valide et ancre dans les faits cet hégémonisme libéral et qui, dans un deuxième temps, entreprend la refonte de notre Etat national pour mieux l’insérer dans la mondialisation libérale. On veut ainsi ‘’rejouer’’ à la fois le 1er Novembre 1954 et le 5 juillet 1962 et expurger ainsi des référents doctrinaux de la République, le programme socialisant de Tripoli.

Leur hégémonie sur les couches populaires présentes dans le hirak, s’exerce par le ‘’truchement’’ de l’exacerbation des sentiments identitaires, transclassistes. Des utopies puissamment mobilisatrices. L’identitaire opère, en effet, une oblitération de sens totale des luttes politiques, sociales, démocratiques et citoyennes, et c'est un puissant facteur de division de la population laborieuse

Un prolétariat émietté, dispersé, privé de l’instrument de lutte révolutionnaire

D’un autre côté, on doit observer que ce qui caractérise le prolétariat algérien, c'est d’abord sa grande dispersion entre formel et informel, entre secteur privé, fonction publique, secteur public, entre urbain et rural ; ensuite, il est fortement influencé et diffracté par les idéologies identitaires islamistes et/ou berbéristes, dominantes. Le mouvement populaire porte le poids et les limites politiques et idéologiques des nouvelles conditions socio-économiques instaurées par les choix de classe capitalistes à l’œuvre depuis plus de trois décennies, et qui opèrent comme des facteurs de dispersion, de diversion clanique et/ou identitaire et de démobilisation sociale et politique. La masse des travailleurs salariés peine à marquer le territoire de ses luttes sociales légitimes.

La vaste majorité des travailleurs est aujourd’hui plus que jamais dispersée dans l’économie urbaine informelle. Les couches sociales démunies, exploitées, humiliées, réduites au sauve qui peut, dont le nombre augmente de façon exponentielle au fur et à mesure de l’application des réformes, sans travail ni autres moyen de subsistance se sont, par instinct de survie, intégrées dans les perspectives chimériques que leur offre le marché parallèle dirigé par les barons de l’importation. Les jeunes qui n’ont pas cette possibilité se débrouillent chacun selon ses moyens, vendeurs à la sauvette, parkingueurs, dealers de drogue etc… Le gain facile les rapproche de manière dangereuse des milieux mafieux et les prédestine à renforcer, par intérêt ou par caporalisation, les compagnies de baltaguiats qui sont sous les ordres des différentes forces bourgeoises régnantes.

Source : Facebook

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