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Publié par Saoudi Abdelaziz

Cosider au métro d'Alger. Photo DR

Cosider au métro d'Alger. Photo DR

Par Maâmar Farah*, 4 décembre 2021

Il y a deux expressions qui doivent être bannies de notre langage pour le moment ; en tout cas, pas avant une nécessaire clarification des méthodes et des objectifs : il s'agit de la «restructuration» des grosses entreprises et de la «privatisation».

La première, déjà expérimentée dans les années 80, a laissé de mauvais souvenirs et fut à l'origine d'une véritable catastrophe qui nous a conduits à importer des... maçons de Chine. Elle est à l'origine du démantèlement du secteur public dans plusieurs activités stratégiques.

Parler aujourd'hui du gigantisme de Cosider et vouloir la «saucissonner» s'apparenterait à un crime économique !

Cosider fonctionne très bien sur plusieurs fronts et on ne peut oublier qu'elle a supplanté plusieurs entreprises internationales dans des chantiers où elle a réussi à relever les défis. Pourquoi cette idée maintenant ? Nous avons le don de casser ce qui marche alors que des milliers de problèmes restent sans approche constructive ; c'est comme si l'esprit de Destructor continue de hanter les lieux !

Il semble que les activités de Cosider chevauchent plusieurs ministères. Et après ? Faut-il adapter la taille et le fonctionnement de nos entreprises phares à des découpages ministériels qui changent presque à chaque changement de gouvernement ? L'activité économique performante a besoin de liberté d'action et serait à l'étroit dans une gestion administrative dépendant d'un ou plusieurs départements ministériels.

Ces sociétés sont un conglomérat de filiales spécialisées dans des domaines d'activités épars et variés et tenter de les diriger à partir des ministères sectoriels complique la situation et peut mener à de nouvelles déconvenues. Le fonctionnement de ces sociétés multisectorielles obéit à d'autres considérations dont la mutualisation des moyens humains et matériels, la complémentarité des tâches avec une priorisation des urgences au niveau national, etc.

En bref, nous sommes en présence d'un déploiement à l'horizontale qui ne peut être maîtrisé que si les différentes directions coordonnent leurs actions dans un environnement débarrassé de toute vision bureaucratique. Dans le monde, les grosses sociétés, publiques et privées, sont autonomes, dirigées par des staffs maîtres de leurs décisions, qui n'obéissent qu'aux lois du marché, à travers la jauge d'une Bourse performante.

C'est au niveau du management de ces entreprises qu'il faut agir et non en changeant d'organigrammes et de noms. Est-ce qu'il viendrait à l'esprit d'un dirigeant français de reprocher à Bouygues son implication dans plusieurs secteurs d'activité ? Cosider est notre fierté et elle l'est justement parce qu'elle a bien fonctionné selon son organisation actuelle. La solution serait une introduction en Bourse qui prendrait la forme d'une privatisation (transparente et démocratique) d'une partie de son capital. Et c'est surtout au niveau du management qu'il faudra réfléchir à de nouvelles méthodes de gestion.

Les Chinois ne se sont pas cassé la tête : ils ont gardé la propriété publique des grosses entreprises mais en les faisant gérer par des staffs autonomes, selon les normes occidentales. Ils ne sont plus qu'à quelques encablures de la première place de l'économie mondiale !

La logique économique de l'Algérie nouvelle serait d'aller dans cette voie, la voie d'une libéralisation des initiatives et des énergies par une politique managériale adaptée à notre époque et aux immenses défis qui nous attendent. Le ministère trace les perspectives, prépare les lois et donne l'orientation générale dans le cadre de la politique gouvernementale. Il n'a pas à s'immiscer dans les affaires internes de Sonatrach ou Cosider. Une fois débarrassées de ces tutelles encombrantes, ces grosses sociétés pourraient voler de leurs propres ailes, surveillées par les chiffres de leurs bilans et non par les humeurs d'un homme qui peut se tromper sur les cadres et leurs valeurs.

Et si certains insistent sur la nécessité de les encadrer au niveau d'une superstructure efficace, rien n'empêche la présidence de créer, en son sein, une entité légère qui aurait pour mission de les orienter dans le cadre des grandes tâches nationales, les protéger des calculs politiciens et faciliter leur mission, sans la lourdeur et les contraintes d'une gestion administrative encombrante.

Source : Le Soir d’Algérie

*Maâmar Farah est directeur de la rédaction du Soir d’Algérie

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