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Publié par Saoudi Abdelaziz

En Algérie, la presse et les partis politiques sont tenus de "respecter le régime", faute de quoi ils sont soupçonnés de porter atteinte à l'intérêt national. Est chargée de cette surveillance la Direction générale de la sécurité intérieur DGSI qui prend en charge une partie des activités du DRS depuis sa dissolution en 2016. Les juges sont tenus de se fier aux enquêtes de la DGSI.

Un éditorialiste d’El Watan a subi à Constantine un long interrogatoire des éléments de la DGSI à propos de l’éditorial publié sur El Watan le 23 décembre intitulé "La leçon Chilienne''

Dans l’édito, Nouredine Nesrouche écrit notamment : « En Algérie, on ne manque pas d’établir le parallèle entre le hirak et le processus révolutionnaire chilien, tous les deux nés en 2019 avec l’objectif radical de rupture systémique dans le mode de gouvernance ; on questionne surtout la divergence des résultats ». Il conclut ainsi : « Comme les Algériens du hirak, les Chiliens se sont soulevés pour mettre fin à 48 ans de règne d’une caste antinationale. Reste à méditer comment ils ont réussi à conclure ». Pour la DGSI, cette méditation sent le soufre...

De la clémence pour 2022

Un éditorial d’El Watan

Par Ali Bahmane, 28 décembre 2021

C’est par un pur procès politique que s’achève l’année 2021, celui de Fethi Ghares, coordinateur du MDS, accusé d’œuvrer pour «le changement de régime». C’est ce qu’il fait effectivement et il l’a dit clairement aux juges.

Il est dans son rôle, à travers son ancrage dans la loi algérienne qui consacre l’opposition politique, évidemment de manière pacifique.

D’autres partis sont dans le collimateur des pouvoirs publics, le PST (Parti socialiste des travailleurs) et l’UCP (Union pour le changement et le progrès), et même des associations, dont RAJ (Rassemblement Action Jeunesse). Ils risquent d’être dissous à l’entame de 2022 qui pourrait devenir l’année de la mise à mort de l’opposition démocratique, dans toutes ses composantes, partis et individualités. Ce serait un tournant historique, depuis l’instauration du multipartisme, il y a plus de trente ans. Certes, jusque-là, les différents pouvoirs politiques ont également combattu l’opposition démocratique, notamment en recourant à des méthodes condamnables, telles que la fraude électorale. Mais ils sont rarement allés jusqu’à vouloir son effacement du champ politique. Cet acquis fondamental pour le pays a été globalement respecté.

Et si cette mouvance devait effectivement disparaître ou être considérablement affaiblie, celle qui lui succédera sera la mouvance alliée au régime en place ou qui développera un discours de compromis, à l’image de l’islamisme politique. Et comme il n’aime pas faire les choses à moitié, le pouvoir sera aussi tenté d’éliminer définitivement ce qui reste encore du hirak qui, à ses yeux, vise à le renverser, faisant ainsi le jeu de l’opposition démocratique. L’année 2022 pourrait voir la programmation d’une cascade de procès, ceux des centaines de détenus du hirak et d’autres prisonniers accusés d’«atteinte à l’unité nationale».

De par le nombre de procès et la gravité des chefs d’inculpation, la tâche sera rude pour la justice et, par extension, pour les dirigeants politiques. La mobilisation des ligues, des associations et des militants des droits de l’homme sera importante.

Le Front contre la répression et pour la libération des détenus, qui a été créé par les membres du Pacte de l’alternance démocratique (PAD), a annoncé qu’il sera particulièrement offensif sur le dossier des détenus d’opinion. Inévitablement, cette question empoisonnera la vie politique et publique alors même que les autorités veulent faire de 2022 une année de profondes réformes économiques et sociales. Sont même programmés un sommet de la Ligue arabe et des Jeux méditerranéens, des rendez-vous qui auront besoin de quiétude pour leur bon déroulement.

Il y aura des centaines de participants, invités et observateurs étrangers sur le sol algérien, particulièrement attentifs à ce qui s’y passe. En toute logique, les autorités ont intérêt à tout faire pour que ces rendez-vous ne soient pas gâchés ou perturbés et pour que le pays renoue avec une stabilité nécessaire à la bonne mise en œuvre des réformes promises. Et il n’y a d’autre solution que de régler le plus tôt possible cette question des 300 détenus d’opinion par le biais d’une libération inconditionnelle. Le président de la République pourrait user de son pouvoir d’amnistie, et la justice faire preuve de compréhension et de clémence.

L’Exécutif s’enlèvera une épine du pied et gagnerait même en crédibilité, bien utile par ailleurs, après tous les coups durs des boycotts successifs des scrutins électoraux. Le grand gagnant sera l’Algérie toute entière, dans sa grande diversité et sa totale dimension humaine.

Source : El Watan

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