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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Abdelatif Rebah, économiste, 11 novembre 2021

La pandémie de la Covid 19 a mis à nu un système de rémunération injuste, insupportable et scandaleux. Ce ne sont pas celles et ceux qui se battent au quotidien pour sauver des vies, ni celles et ceux qui permettent au pays de continuer de tourner, ni celles et ceux qui s’investissent dans la recherche et la production des équipements et moyens de protection de la santé et d’une manière générale, le travail productif (même le plus qualifié), qui occupent le haut de la pyramide des revenus.

Ceux qui sont aux premières lignes de la bataille pour la vie au péril de la leur, ce ne sont pas les grands gagnants des libéralisations, couverts de largesses et de privilèges exorbitants qui ont dilapidé des centaines de milliards de dollars, et la cohorte de leurs serviteurs zélés dans les appareils de l’Etat.

Le «haut» est occupé sans contrepartie sociale correspondante par ceux qui cumulent superprofits de l’oligarchie et de l’économie de bazar, détenteurs de rentes régaliennes, hauts revenus salariaux et revenus de rente immobilière, agricole, de monopole, de disponibilité de devises, revenus libres de toute contrainte, dispensés de tout impôt pratiquement, le système fiscal étant magnanime à leur égard.

En Algérie, la hiérarchie des revenus découle d’un jeu de rapports de forces qui n’a pas pour foyer essentiel le travail, les performances productives ou un paramètre synthétique équivalent qui mesurerait le mérite ou l’effort productif dans l’économie. L’économie des passe-droits, comme le régionalisme et le népotisme, sont les principaux ingrédients, à côté des rentes régaliennes, de ce mécanisme de formation des revenus où les salaires, pour une minorité, forment l’appoint, tandis qu’ils constituent la source quasi-unique sinon unique de revenus pour l’écrasante majorité.

Un classement établi par l’OIT (Organisation internationale du travail), révèle que l’Algérie arrive en bas du classement en Afrique avec une croissance négative de -2,6% du salaire minimum contre une croissance annuelle de la productivité estimée à 0,6%.

Le gonflement des revenus non salariaux, libres pratiquement de toute contrainte, contraste avec l’encadrement rigoureux des salaires et accélère le phénomène de concentration des revenus. Le levier de la fiscalité est inopérant pour contrecarrer cette tendance. La loi de finances de 1993 avait institué l’impôt sur les fortunes qui a commencé à fonctionner ; maigre bilan : 2.642 fortunes imposées, soit 114 millions DA ; 7.868 déclarations sur le patrimoine.

En 2007, le montant de l’impôt sur la fortune représentait à peine 0,8% des recettes fiscales du pays et 3,6% si on exclut l’importante fiscalité pétrolière.

Les salaires et la consommation demeurent les seuls éléments maitrisés par la fiscalité, en somme les revenus visibles et enregistrables. Toutes les tentatives d’appréhender les grosses fortunes se sont avérées infructueuses.

Il y a un décalage manifeste entre l’importance économique et sociale assignée à certains secteurs et l’indigence de la reconnaissance monétaire qui leur revient (exemple : les secteurs de l’éducation et de la santé). Pourquoi, est-il plus gratifiant, monétairement parlant, et pour se limiter au seul secteur public, d’être salarié à Air Algérie, à Sonatrach ou dans un établissement bancaire ou financier que dans l’enseignement, la santé ou dans une entreprise des branches de l’industrie sidérurgique, par exemple. Faut-il y voir le coup du sort ou la sanction de « mauvais choix » ?

Combien de jours du mois, le smicard peut-il tenir avec son salaire ? Quelle est la proportion de fonctionnaires de l’éducation, de la santé, des services publics qui peuvent couvrir l’intégralité des besoins mensuels de leur famille.

Source : Facebook

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