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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Pierre Zarka, 25 octobre 2021

Le monde politique officiel aborde les présidentielles comme si l’élection du Président de la République au suffrage universel allait de soi.

Qu’une seule personne soit à elle seule une institution de la République, et pas n’importe laquelle, la suprême, ne semble pas lui poser de problème. Comment qualifier de démocratique un régime où tant de pouvoirs sont entre les mains d’une seule personne ?

Bien sûr on vote, mais c’est pour choisir le maître auquel il faudra obéir ensuite. Pour des forces qui se réclament de la Révolution citoyenne ou pour qui tout doit partir du bas, il y a un singulier paradoxe à vouloir disputer sa place au sommet de l’Etat. Ce n’est pas parce la participation de électeurs à cette élection est souvent la plus importante qu’il faut conforter l’idée que c’est la seule qui compte, bien au contraire.

Le second effet pervers est que la Présidentielle hypertrophie dans l’opinion la personnalité de la candidature reléguant dans son ombre même les forces qui contribuent à sa présence. Si les mots ont un sens, remarquons que lorsque l’on parle des forces impliquées on dit qu’elles sont derrière la candidature. C’est ce qui explique pour une large part l’échec de candidature unitaire à la gauche de la gauche : personne ne voulant être relégué dans l’oubli.

Dans le même mouvement, les législatives apparaissent de plus en plus comme le troisième tour de la présidentielle, et cela leur retire toute dimension d’expression des exigences de la société. Cette élection est à la fois une arme de division et de contournement des enjeux.

Nous avons besoin de sortir du cadre des élections présidentielles et de faire de cette sortie un acte politique.

L’abstention est un acte individuel qui est trop souvent confondue avec le silence et la passivité. L’appel au boycott, dument motivé, serait déjà une posture plus combative. D’autant qu’il semble qu’un mouvement de boycott des élections soit déjà dans l’air du temps. Le problème est d’en faire un mouvement d’ensemble plus qu’une addition de comportements individuels. Il peut être un débouché pour celles et ceux qu’une division persistante des gauches radicales décevrait.

Nous pouvons nous appuyer sur ce qui est « déjà là », notamment la part de refus exprimée par les abstentions, les votes blancs ou nuls pour avancer progressivement vers des formes alternatives de vie politique. Après les Gilets Jaunes, le rejet de toute verticalité et les abstentions massives, d’autres rapports entre l’action populaire et les échéances électorales ainsi qu’une autre conception des institutions s’imposent.

Les élections perdent de leur centralité. Il ne s’agit plus de désigner le meilleur (ou le moins pire) en vue d’obtenir le moindre mal mais de considérer que tout mouvement populaire doit se prolonger dans le moment électoral, afin de de déboucher sur une loi et une traduction instituée.

En outre, celles et ceux qui craignent que le refus de voter serve à l’extrême-droite, peuvent constater que ce sont plutôt les situations qui ont découlé du vote Chirac au second tour de 2002, du vote Hollande en 2012 ou du vote Macron au second tour de 2017, qui ont été à chaque fois des leviers pour l’extrême-droite. Celle-ci bénéficie non seulement de la déception des politiques suivies mais de l’illusion qu’elle serait hors système et porteuse d’un désir populaire de rupture.

On a vu aussi combien le décalage entre le résultat électoral et les réalités des mouvements populaires qui ont suivi était immense ; et donc combien l’enjeu du vote ne correspondait plus avec l’état d’esprit du moment.

Il ne s’agit donc pas d’un problème électoral mais de commencer à donner du sens politique (donc collectif) à des positionnements désabusés et à des réactions vécues pour l’instant individuellement.

L’objectif n’est pas d’adresser un message au personnel politique installé mais de favoriser une appropriation de la vie politique par ces mouvements populaires en brisant l’exceptionnalité présidentielle afin que ces derniers prennent davantage confiance en leur capacité de changer les règles.

Celles et ceux qui agissent dans des cadres alternatifs, qui militent à la gauche de la gauche, les Gilets Jaunes, les défenseurs du climat, les antiracistes, les féministes, des syndicalistes... peuvent trouver dans une campagne de boycott de la présidentielle un premier terrain de rencontre pour un prolongement politique de leurs actes.

Ce processus ouvrirait l’imaginaire politique. Il s’agirait de mener une vraie campagne. Elle redonnerait aussi du sens aux élections législatives en les dégageant du carcan de la présidentielle. Elles pourraient découler d’assemblées populaires locales liées aux différentes luttes et expressions d’aspirations démocratiques.

Source blog de Pierre Zarka

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