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Publié par Saoudi Abdelaziz

Mediapart a publié, ce dimanche, « un inventaire (non exhaustif) des exactions commises à travers le monde avec des armes made in France ».EXTRAITS

Des armes françaises tuent au Yémen

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) figurent parmi les meilleurs clients de l’armement français, un partenariat qui se chiffre en dizaines de milliards sur la décennie. Le mégacontrat dans les tuyaux entre Dassault et les EAU en offre une nouvelle illustration.

Pourtant, les ventes d’armes dans ces deux pays sont problématiques car ils sont impliqués dans la guerre au Yémen, qui dure depuis plus de sept ans et qui, à la fin de l’année, selon les Nations unies, aura fait plus de 377 000 morts, victimes directes ou indirectes. 

Cette guerre, qui oppose les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, aux forces du gouvernement yéménite appuyées par une coalition internationale emmenée par l’Arabie saoudite et où figurent les EAU, est pour l’ONU la plus grande catastrophe humanitaire au monde. « En 2021, un enfant yéménite de moins de cinq ans meurt toutes les neuf minutes en raison du conflit », selon l’organisation. 

Depuis 2015, les rapports, les mises en garde et les enquêtes se multiplient, alertant sur les crimes de guerre commis au Yémen et l’usage d’armes occidentales par les différentes parties prenantes du conflit.

Plusieurs États en ont pris conscience, à l’instar des États-Unis, premier pays exportateur d’armes au monde, qui ont annoncé en janvier dernier la suspension des ventes d’armes aux belligérants au Yémen, ou l’Italie, qui a annulé la livraison de plusieurs milliers de bombes et missiles à la coalition. Pas la France, qui poursuit ses transferts d’armements vers les pays incriminés. 

Plusieurs enquêtes journalistiques ont mis au jour la présence d’armes françaises dans la guerre au Yémen, à rebours du discours officiel du gouvernement français assurant que cet arsenal ne sert qu’à des fins défensives.

Citons celle de Disclose qui, en avril 2019, s’appuyait sur des documents classés « confidentiel défense » et révélait que des chars Leclerc, des obus flèches, des Mirage 2000-9, des blindés Aravis et bien d’autres armes made in France encore étaient utilisés par les Saoudiens et les Émiratis au Yémen. La publication de cette enquête vaudra aux deux journalistes Mathias Destal et Geoffroy Livolsi d’être convoqués par la DGSI, le renseignement français.

En septembre dernier, Disclose, Amnesty International France et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR, selon l’acronyme anglais) ont saisi le tribunal administratif de Paris pour que l’administration des douanes communique les documents sur l’exportation de matériels de guerre, y compris de maintenance et de formation, de la France, notamment vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Les services après-vente, le trou noir

Les services après-vente (maintenance, etc.) sont l’un des trous noirs des exportations d’armement et échappent largement aux contrôles. Faute de lois précises, des entreprises françaises continuent ainsi à soutenir indirectement des conflits à travers le monde, au Yémen, en Libye, etc. Depuis 2014, par exemple, l’entreprise publique française Naval Group assure la rénovation de navires de guerre saoudiens, alors que la marine du royaume a établi un blocus autour du Yémen. Malgré les soupçons qui pèsent, la France continue de former l’armée saoudienne.

En septembre 2019, l’enquête collaborative FrenchArms à laquelle Mediapart a participé, en partenariat avec le média néerlandais Lighthouse Reports et la chaîne de télévision Arte, a prouvé l’ampleur d’une problématique très française. Pour la première fois, des vidéos ont montré que des navires vendus par la France à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis participaient au blocus maritime du Yémen, touché par la plus grave crise humanitaire du monde. 

En Libye, pourtant sous embargo depuis 2011 – il est défendu d’y envoyer des armes et les Libyens n’ont pas le droit d’en importer –, les avions Rafale vendus à l’Égypte, troisième meilleur client de la France après l’Arabie saoudite et l’Inde, ont servi la cause guerrière du « maréchal » Khalifa Haftar.

Candidat à la très incertaine élection présidentielle prévue en décembre, ce dernier a torpillé en avril 2019 des années d’un laborieux processus de paix pour se lancer à l’assaut de Tripoli et tenter de faire chuter le régime de Tripoli reconnu par la communauté internationale.

Des entreprises françaises contribuent indirectement à la violation de l’embargo en Libye. Alors que la Turquie, qui a pris ses quartiers en Libye, est identifiée comme l’un des principaux pays pourvoyeurs d’armes, ce sont des équipes d’Airbus qui sont chargées d’assurer l’entretien des avions de transport militaire turcs. 

Deux mois avant les révélations #FrenchArms, le New York Times révélait que des missiles antichars appartenant à la France avaient été retrouvés à Gharyan, dans une base militaire reprise par l’armée officielle aux forces rebelles du général Haftar. Gharyan, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tripoli, a été le principal point d’appui d’Haftar pour mener son offensive sur la capitale libyenne. 

Ce ne sont pas là les seuls conflits où des armes françaises sont en cause. Des hélicoptères français Airbus facilitent la répression indonésienne en Papouasie occidentale, une région annexée et occupée depuis un demi-siècle, où un conflit oublié a fait au moins 100 000 morts depuis 1962. Au Cameroun, une unité d’élite de 5 000 soldats est soupçonnée des pires exactions dans des « chambres de torture secrètes ». Ces forces spéciales sont équipées et formées par la France.

Pour contrôler les riches eaux du Sahara occidental, territoire non autonome selon l’ONU, au cœur d’un interminable conflit entre le mouvement indépendantiste sahraoui et le Maroc, l’armée marocaine utilise des avions de chasse et patrouilleurs livrés par la France. En 2020, le Maroc a importé pour 425,9 millions d’euros d’armements français, principalement des systèmes de défense antiaérienne, des canons Caesar et des véhicules tactiques légers. 

Au Liban, où des manifestations massives ont éclaté à l’automne 2019 et ont été violemment réprimées, l’ONG Amnesty International a identifié du matériel de maintien de l’ordre français, notamment plusieurs types de grenades lacrymogènes fabriquées par les entreprises Nobel Sport Sécurité et SAE Alsetex, ainsi que différents types de lance-grenades produits par cette dernière.

En juin dernier, dix ans après le dépôt d'une plainte de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), quatre marchands français d’armes numériques des entreprises Nexa Technologies et Amesys ont été mis en examen pour « complicité d’actes de torture » pour avoir vendu du matériel de surveillance à deux dictatures, l’Égypte et la Libye. Nexa aurait également vendu illégalement, selon Libération, du matériel de surveillance de pointe au maréchal Haftar, violant ainsi l’embargo de l’ONU.

La France, complice de la terreur en Égypte

En Égypte, des armes françaises répriment et tuent. Un scandale d’État de plus en plus documenté. En témoigne la dernière enquête de Disclose avec Télérama et l’émission « Complément d’enquête », qui montre l’ampleur du détournement par la dictature égyptienne des renseignements antiterroristes fournis par la France pour cibler des civils. 

En 2019, notre enquête #FrenchArms avait montré que des blindés français vendus à l’Égypte équipaient les unités chargées de lutter contre l’insurrection djihadiste dans le Sinaï, où l’armée égyptienne est accusée de graves violations des droits humains.

On sait aussi, grâce là encore au travail de l’ONG Amnesty International, que de 2012 à 2015, du matériel de maintien de l’ordre français a alimenté la terrible répression des manifestations, notamment les massacres des places Rabaa Al-Adawiya et Al-Nahda au Caire en août 2013, où près de 1 000 personnes ont été tuées en une journée. 

Depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, l’Égypte est devenue l’un des plus grands alliés de la France, se hissant sur le podium des meilleurs clients de l’industrie de l’armement française et concentrant à elle seule plus du quart des ventes de Rafale et de navires de guerre. Un bond réalisé sous la présidence Hollande grâce au plus zélé des VRP de l’armement français en la personne de Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la défense, aujourd’hui aux affaires étrangères du gouvernement Macron.

Texte intégral de l’enquête de Rachida El Azzouzi : Mediapart

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