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Publié par Saoudi Abdelaziz

Boualem Sansal avait reçu en 2018 Le grand prix de la laïcité qui vient d’être décerné pour 2021 à Kamel Daoud. Sansal avait alors noté dans son discours :

« J’ai aussi découvert, avec un regret certain, que la laïcité en France semblait ces derniers temps ne plus faire unité et unanimité comme elle l’a fait jusque-là. C’est un grand dommage. Ce serait la fin d’un grand rêve. La laïcité française serait l’objet de tentatives de révision diverses et variées toutes bien argumentées en première apparence, qui entendent l’inscrire dans une autre perspective, plus religieuse que civile. Ce qui peut se concevoir, pourquoi pas, rien n’est définitivement scellé. J’ai aussi entendu bien des gens, de plus en plus nombreux, dire qu’il serait bon que la France se dote d’une laïcité à la carte dans laquelle chaque religion puiserait ce qui lui convient. Ceci aussi peut se concevoir, pourquoi pas, il suffit d’accepter ce qui immanquablement en découlera, des conflits religieux en chaîne et une communautarisation totale de la société ».

 

Auteur de « Le capitalisme de rente. De la société du travail industriel à la société des rentiers » (L'Harmattan, Paris 2012), Ahmed Henni enseigne dans une université français. Il expliquait dans son blog en 2019 :

« La décolonisation a provoqué une transformation des relations de dépendance. La majorité des anciens colonisés devenus immigrés ne sont plus animés du désir de plaire à leurs anciens colonisateurs. Ils se permettent d’exprimer leurs propres désirs. Certains, par provocation et insolence, affichent des comportements étrangers (voile, etc.) qui donnent au pays un visage « rétrograde », incompatible avec le progressisme de la civilisation occidentale. Une angoisse réelle d'insécurité s’installe chez une minorité. La paranoïa est entretenue à coups de perspectives apocalyptiques d'invasion, de remplacement, de prise de pouvoir par les islamistes et de généralisation du port du voile et de la viande halal dans les étals et les cantines scolaires. Ce sont ces menaces sur son style de vie occidental qui inquiètent la population majoritaire, pas les croyances religieuses. »

Kamel Daoud vient de relayer Boualem Sansal sur le podium. Dans son discours, le nouveau Grand prix prononce l’éloge de la laïcité:

« Dans le monde dit « arabe », « Laïcité » a mauvaise presse. Voulu par l’adversité intolérante, les radicalités traitres. Ce sont les intégrismes et les terrorismes qui le définissent, s’accaparent ce mot, et d’autres encore dans leur lente et sournoise conquête du réel. Les fascismes savent que le premier acte est celui de l’appropriation de la langue et sa perversion (…). Donc ce mot est à défendre. Dans son sens essentiel, partagé, vécu, prouvé. Il dépend de l’histoire mais aussi de chaque jour. Il a le sens de nos générosités et de nos peurs. J’aime y mettre mon espoir de voir chacun poursuivre son chemin intime, dans sa liberté, sans imposer à l’autre la vérité qui n’est jamais humaine. J’aime croire que le sens de ce mot peut définir mon rêve de l’humain et du bonheur. J’aime croire que c’est la seule voie possible pour que les religions ne nous soient pas meurtrières et que nous puissions vivre avec la dignité légitime de nos doutes. Et j’aime croire que c’est une voie de guérison ailleurs comme ici. J’aime aussi répéter que ce n’est pas une trahison, ni une agression, ni une déloyauté que de défendre la laïcité.

Ahmed Henni, qui connait sans doute mieux de l’intérieur le système français, avait indiqué deux ans auparavant :

« Les élites politico-médiatiques dominantes ont, en France, imposé une conception idéologique de la laïcité comme système de comportements vestimentaires, alimentaires, etc., bref, une occidentalisation. Les élites dominantes ont fait oublier que, dans une acception universelle, la laïcité est d'abord un système opératoire séparant le politique du religieux. La gestion des affaires de la Cité est indépendante de toute prescription religieuse et, réciproquement, les autorités politiques garantissent la liberté de conscience et de pratique religieuse de chacun. Qu'un religieux comme l’abbé Pierre soit député en 1945 et participe à la délibération collective sur les affaires de la cité est légitime tant qu'il ne se pique pas de souveraineté au-dessus de l’État ».

Discours de Sansal et Daoud sur le site : laicite-republique.org

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