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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Herodote, 17 novembre 2021

L’historien Emmanuel Todd fait une rentrée fracassante avec une conférence dans laquelle il oppose la société américaine à la société russe (14 octobre 2021). Il montre chiffres à l’appui que la plus malade n’est pas celle que l’on croit.

 

Il entrevoit aussi à l’échelle planétaire, y compris dans nos pays, la fin de la démocratie et son remplacement par des systèmes oligarchiques (appropriation du pouvoir par une minorité).

Sa conférence devant l’association Dialogue franco-russe est disponible sur le web. En voici la synthèse pour les lecteurs d’Herodote.net.

Tout est parti d’une sidération de l’historien devant la « russophobie » qui a gagné les États-Unis. Les sondages donnaient en 1989, à l’issue de 45 ans de « guerre froide », 62% de bonnes opinions relativement sur l’URSS. En 2021, nous en sommes à 22% de bonnes opinions relativement à la Russie, comme si Poutine était plus répressif que Staline, Khrouchtchev et Brejnev réunis… ou plus menaçant que Xi Jinping, le nouvel homme fort chinois.

Emmanuel Todd s’explique cette aberration par le fait que les États-Unis ont la nostalgie de la guerre froide, laquelle leur a permis de dominer le monde comme aucune autre puissance auparavant, ainsi que d’offrir à leur classe ouvrière une amélioration sans précédent de leurs conditions.

Cette « nostalgie des jours heureux » (!) n’est pas sans fondement…

Dans son premier ouvrage en 1976 (La chute finale, Robert Laffont), Emmanuel Todd avait prédit l’implosion de l’URSS au vu d’une mortalité infantile en hausse, preuve d’une société en voie de désintégration (un peuple peut tout supporter de ses dirigeants sauf qu’il mette en péril ses enfants).

Aujourd’hui, alors que la Russie est présentée comme un pays à la dérive, qu’observe-t-on ? Que la mortalité infantile est plus faible dans ce pays (4,9 décès d’enfants de moins d’un an pour mille naissances) qu’aux États-Unis (5,6). Ce n’est pas tout. L’espérance de vie progresse en Russie, tout en étant encore faible, alors qu’elle régresse aux États-Unis depuis le début du XXIe siècle malgré des dépenses de santé extraordinairement élevées (16,5% du produit intérieur brut contre moins de 12% dans les pays avancés normaux).

Sont en cause l’épidémie d’opioïdes et l’alcoolisme dans les populations ouvrières (blanches) des friches industrielles. Ce recul est corrélé à la progression du taux de suicide (14,5 pour 100 000 habitants contre probablement 11,5 en Russie). Ces morts « reflètent la destruction de la classe ouvrière américaine », estime Emmanuel Todd. Il souligne en comparaison la « stabilité » du système social russe, malgré un niveau de vie bien inférieur : « Si ces tendances se confirment, cela veut dire que le modèle social russe est en train de se rapprocher du modèle européen et que les États-Unis sont en train de s’éloigner du modèle européen de l’Ouest ».

L’historien enfonce le clou avec le taux d’incarcération : « En 2016, nous avons 655 incarcérés pour 100 000 habitants aux États-Unis et 328 seulement en Russie. C’est le taux le plus élevé du monde, ce n’est pas une société normale ! » Cette incarcération de masse frappe spécifiquement la minorité noire. C’est l’autre versant du mal-être américain avec le mauvais sort fait aux ouvriers.

À la lumière de ces indicateurs démographiques, plus parlants que les indicateurs économiques, et en spécialiste des systèmes familiaux, Emmanuel Todd analyse la démocratie américaine et sa transformation depuis la Seconde Guerre mondiale. Il confesse sa crainte que les États-Unis, pour lesquels il conserve une irrépressible affection, ne connaissent le sort de l’URSS dans une réédition de la Chute finale.

Le racisme au cœur de la démocratie américaine

À l’origine, les États-Unis n’étaient pas prédisposés à devenir une grande démocratie et le rester. Comme la société anglaise dont ils sont issus, ils se caractérisent par un modèle familial de type « nucléaire absolu » : c’est la famille limitée au couple et à ses enfants, ces derniers quittant le foyer à l’âge adulte sans être assurés d’hériter. Ce modèle se distingue de la famille nucléaire du Bassin parisien, où l’héritage est obligatoirement partagé entre tous les enfants, ainsi que du modèle anglais lui-même tempéré par une aristocratie où l’héritage va à l’aîné. 

Il s’ensuit aux États-Unis une société très individualiste et inégalitaire, qui conduit à la concentration des fortunes et à l’avènement à terme d’une oligarchie (gouvernement par une minorité). Si le pays a évité celle-ci, il le doit à la présence sur son sol des Amérindiens et surtout des Noirs descendants d’esclaves africains.(...)

Source : Herodote.net

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