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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Le correspondant du Monde rapporte : « Début octobre, le pain a commencé à manquer dans les boulangeries de Khartoum. Or, depuis lundi, son prix a subitement baissé, tout comme celui du kilo de sucre, remarque M. Ismail, qui y voit une manipulation de la part de fidèles de l’ancien régime, de mèche avec les militaires ».

Coup d’Etat au Soudan : la crise économique, une aubaine pour les militaires

Par Eliott Brachet, Khartoum, Le Monde, correspondance, 30 octobre 2021

Pour justifier son putsch, le général Abdel Fattah al-Bourhane a fait porter le chapeau de la détérioration des conditions de vie à l’ex-gouvernement civil.

EXTRAIT

Le tandem militaro-­civil qui s’est partagé le pouvoir à la chute de Bachir a hérité d’un Soudan en faillite. Et ses efforts n’ont pas réussi à endiguer la dégringolade économique. Les mesures d’austérité mises en place pour rentrer dans les clous fixés par le Fonds monétaire international ont permis au pays de commencer à éponger sa dette, estimée à plus de 50 milliards d’euros, auprès des bailleurs de fonds internationaux. Mais elles ont eu de cruelles répercussions sur les ménages modestes – autant dire la majorité de la population.

La suppression par étapes des subventions sur la farine et les carburants et l’introduction d’un taux de change flottant en février (qui a correspondu à une dévaluation brutale de 85 % de la livre soudanaise) ont fait monter les prix en flèche. En juillet, l’inflation dépassait 400 % sur un an pour les produits de base. Ce même mois, le mouton de l’Aïd el­ Adha était vendu quatre fois plus cher que l’année précédente, à cause de l’augmentation des coûts de transport. Outre cette valse des étiquettes, les Soudanais ont dû s’habituer aux coupures d’électricité et à des pénuries chroniques d’essence ou de médicaments.

« Aujourd’hui, la logique des militaires est de prouver que le Soudan a besoin d’hommes forts pour gouverner, étant donné l’état de crise généralisée dans lequel le pays est plongé », analyse Kholood Khair, du think tank Insight Strategy Partners, basé à Khartoum. Pourtant les généraux, membres à part entière des instances de transition, ont été associés à toutes les décisions du gouvernement. Ainsi, en mai, lors de la conférence de Paris qui a acté le retour du pays sur la scène internationale et ouvert la voie à un allègement de sa dette, le général Al ­Bourhane avait été invité au même titre qu’Abdallah Hamdok.

La situation s’est dégradée à partir de mi-­septembre, quand Port-Soudan, le poumon économique du pays, s’est arrêté de fonctionner. Des centaines de manifestants issus de la tribu des Bedja ont commencé un bras de fer avec le gouvernement en bloquant les routes menant à la ville et à ses terminaux d’import­-export. Pendant des semaines, des centaines de conteneurs se sont entassés, paralysant des secteurs vitaux de l’économie. Menés par le chef de tribu Mohamed Al­ Amin Tirik, les protestataires exigeaient la démission du gouvernement, accusant Khartoum de ne pas accorder à leur région la représentation qu’elle mérite.

« Si les Bedja ont des revendications légitimes, le blocage de Port-­Soudan a été orchestré en coordination avec les militaires pour accabler le gouvernement de Hamdok », affirme l’économiste soudanais Hafiz Ismail. Comme pour valider cette analyse, dans le sillage du coup d’Etat, Mohamed Al ­Amin Tirik a apporté son soutien au général Al­ Bourhane et mercredi, les barricades sur la route de la mer Rouge ont été levées.

Le blocage du port a eu des répercussions dans tout le pays. Début octobre, le pain a commencé à manquer dans les boulangeries de Khartoum. Or, depuis lundi, son prix a subitement baissé, tout comme celui du kilo de sucre, remarque M. Ismail, qui y voit une manipulation de la part de fidèles de l’ancien régime, de mèche avec les militaires. « Ils ont les moyens de stocker les denrées pour faire gonfler les prix. Soit parce qu’ils détiennent directement les entreprises, soit parce qu’ils ont suffisamment de liquidités pour acheter des biens en quantité et les faire sortir du marché (…)

Source : Le Monde.fr

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