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Publié par Saoudi Abdelaziz

En 2010 avant sa disparition l’ancien président du CNES confiait : « J’ai proposé un pacte national de croissance, comme l’un des axes fondateurs d’un nouveau consensus national, l’ancien, issu de la lutte de Libération étant devenu caduc ».

Le 5 mai 2005 quelques jours après la démission de Mohamed Salah Mentouri  « une source informée » en explique les motivations à Madjid Makedhi dans El Watan sous le titre : « Démission du président du CNES. Différend sur le Pacte national de croissance ».

« Si les rapports entre le CNES et l’Exécutif étaient bons au temps de Smaïl Hamdani et Ali Benflis, ils se sont dégradés avec l’arrivée d’Ahmed Ouyahia au gouvernement. Mais la goutte qui a fait déborder le vase est liée à l’élaboration du Pacte national de croissance ou ce qui est appelé maintenant le Pacte national économique et social.

Cette idée avancée par Mentouri en 1996 vise à fédérer les forces socioéconomiques afin d’aller vers une politique garantissant la stabilité et la croissance économique du pays.

Pour la prochaine session, le CNES a programmé, outre le rapport de conjoncture, le débat sur ce pacte. « Je pense qu’on ne veut pas que le CNES touche à ce sujet (…). Les désaccords entre le désormais ex-président du CNES et le chef du gouvernement ne sont pas limités à ce point. « Mentouri a refusé que l’institution qu’il dirige soit la caisse de résonance du gouvernement. Le CNES a critiqué, sur la base de données claires, la politique du gouvernement. Ce qui n’est pas du goût d’Ouyahia », nous a-t-on déclaré.

Evoquant la nomination de Mentouri à la tête du Conseil national économique et social, l’économiste Mourad Goumiri écrit ce matin dans El Watan :

« Le CNES allait gagner en crédibilité et en capacité de propositions tant au niveau national qu’à l’étranger, tout en interpellant tous les gouvernements qui se sont succédé, mettant à nu leurs incohérences et l’inconsistance de leur politique économique et sociale (...).

Malheureusement, tout ce travail a été confiné dans les archives et n’est même pas disponible pour la recherche universitaire et autres travaux de thèses. Pire encore, contraint de partir, le président du CNES a été «remplacé» par le défunt M. S. Babès, qui a eu pour mission de le «démonétiser» et d’en faire une institution affidée aux thèses de tous les gouvernements qui se sont succédé, louant la justesse des politiques publiques défaillantes. (El Watan)

En 2010 quelque temps avant son décès, Mohamed Salah Mentouri confiait à Hamid Tahri :

« Dès mon installation à la tête du cnes, j’ai publiquement affiché mon opposition à un rôle d’organisme-alibi, d’institution d’attente destinée à combler un déficit de représentativité que pourrait lui assigner le contexte de crise généralisée et que dicteraient les exigences de restauration de la paix civile.

Je me suis au contraire fixé pour objectif de forger un instrument d’analyse critique et de réflexion contributive, capable de fournir une grille de lecture avec des référents éloignés des standards stérilisants de l’autosatisfaction triomphaliste. En arrière-fond de cet objectif, se dessinait l’ambition de faire de cette assemblée des forces économiques et sociales un creuset de la citoyenneté économique.» Dans la grisaille environnante, l’émergence d’un îlot où la liberté de ton rompait avec le primat de la pensée unique, l’apparition d’une voix discordante, bousculant les pesanteurs du monolibéralisme, a eu pour effet d’amplifier l’audience du Cnes et à renforcer sa crédibilité.

Le rapport semestriel de conjoncture, sa production-phare, a sans doute contribué à donner au Cnes son rayonnement, contrariant le projet caressé mais jamais abandonné d’en faire une chambre d’enregistrement, une assemblée de pacotille, une enceinte d’opérette, une pièce d’un décorum de complaisance. Bref, une fiction, un leurre de représentation.

Dans cet esprit, j’ai proposé un pacte national de croissance, comme l’un des axes fondateurs d’un nouveau consensus national, l’ancien, issu de la lutte de Libération étant devenu caduc.

Cette suggestion a accru la méfiance du gouvernement à l’égard du Cnes, déjà tenu en haute suspicion pour son propos discordant et son rôle de veille et d’alerte.

Je salue ici le rôle de la presse qui a contribué à diffuser les analyses et réflexions du Cnes et à les cristalliser ainsi dans l’opinion.

Par ailleurs, je m’honore d’avoir été élu en 2001 président de l’Association internationale des Conseils économiques et sociaux (Aicesis), un hommage que j’ai ressenti, destiné à l’Algérie.»

 Cette trajectoire ascendante ne pouvait qu’exacerber les partisans du statu quo ante et leur propension à l’autoritarisme et à l’éradication de toute aspérité. Les manœuvres dilatoires se sont multipliées sur fond de rétrécissement des espaces autonomes d’expression.

Ces manœuvres ont pris la forme d’un projet visant à rendre les rapports du Cnes non publiables, donc d’un impact nul, puis d’une annonce officieuse du renouvellement d’une partie de la composante du cnes. Ce renouvellement statutaire aurait dû être effectué depuis plusieurs années. Il n’est d’ailleurs toujours pas intervenu, cinq ans après, aujourd’hui ». Ma démission m’a valu nombre d’hommages et de marques de considération. Elle a été saluée comme la rançon de la fidélité à des convictions fortement amères et de l’attachement à des principes solidement incrustés. Je ne nourris aucun regret quant à cette décision, n’ayant jamais été assailli par l’obsession du pouvoir. (...) Ceci dit, je reste confiant en l’avenir du pays, même s’il est traumatisé par les dérives prédatrices récurrentes et qu’il laisse l’impression d’être quelque peu chloroformé par l’aisance financière actuelle de l’Etat.»

El Watan. Propos recueillis par Hamid Tahri

 

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