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Publié par Saoudi Abdelaziz

La conclusion du dernier éditorial du journal marocain Tel Quel est sans bavures :

« Avec Aziz Akhannouch, c’est le représentant suprême de la caste qui est au pouvoir. A lui de raisonner les siens. De sa capacité à modifier l’état d’esprit des puissants, dépendra la libération de la croissance et toutes les externalités positives qui vont avec. Le 10 décembre 2019, en meeting à…Milan, Akhannouch avait malencontreusement suggéré de “rééduquer les Marocains”. En vérité, ce sont les oligarques qu’il faut rééduquer. S’il échoue à le faire, au fond, à quoi sert-il? »

Gouvernement Akhannouch : en théorie tout est possible

Par Réda Dalil, 16 octobre 2021. Tel Quel

Aziz Akhannouch n’en fait pas mystère : c’est le social qui donnera le ton à son mandat. Création d’un million d’emplois nets, enclenchement du mécanisme d’aides aux populations vulnérables, soutien à la famille, aux personnes âgées, et, surtout, mise en place d’une couverture médicale généralisée… Pour le chef de la majorité, il faut très vite légitimer socialement un gouvernement perçu comme l’émanation de la très haute bourgeoisie marocaine.

Le soupçon qui lui colle à la peau est celui de vouloir vite permettre à ceux qui l’ont soutenu de réaliser un retour sur investissement, compte tenu des moyens engagés dans la campagne électorale. La déception PJD a mis du vent dans les voiles du RNI, lui permettant de réaliser des raz-de-marée dans toutes les instances électives. Mais attention, ce semblant d’unanimisme autour des Indépendants peut être un trompe-l’œil. L’électorat n’a que trop à l’esprit la manne (13 milliards de dirhams au moins) détournée des poches des citoyens suite à la libéralisation des prix des carburants.

Pour le moment, les rancunes du passé sont mises en sourdine, mais il suffirait d’un ou deux faux-pas pour que des braises semi-éteintes se rallument de nouveau. L’état-providence n’est donc pas un luxe. Dès les premiers mois de cette mandature, les Marocains, surtout les plus modestes, doivent ressentir une amélioration nette de leur pouvoir d’achat. D’autant que les aides ciblées interviendront parallèlement à la disparition des subventions du gaz butane, du sucre et de la farine, dans une espèce de donnant-donnant.

L’une des raisons invoquées par Abdelilah Benkirane pour expliquer sa non-reconduction en 2016 était que Aziz Akhannouch avait fait barrage à la distribution d’aides aux plus démunis. Cela aurait conforté les islamistes au pouvoir pendant une durée indéterminée. A présent, il est venu le temps d’actionner ce mécanisme de soutien. Les Marocains, fragilisés davantage encore par la crise du Covid-19, ne sauraient attendre plus longtemps.

Une interrogation jaillit toutefois : comment financer la générosité sociale? Au parlement, bousculé sur cette question, le Chef du gouvernement a évoqué les leviers classiques: la suppression des niches fiscales et la nécessité pour tous de s’acquitter de l’impôt. Ah ! Non ! C’est un peu court jeune homme ! dirait Cyrano. Venant d’un gouvernement de managers, cette faune rompue à l’art de créer de la richesse, la réponse est trop convenue, trop classique.

En fait, à cette équipe de CEO et de gestionnaires, l’on demandera de faire ce qu’ils savent faire de mieux : des deals, des transactions, des quick wins. A commencer par provoquer un appel d’air massif d’investissements directs étrangers. Mais pas que. Car le salut ne viendra pas des usines étrangères seulement, mais du capitalisme local.

Enfermé dans des schémas de connivence et de monopoles permis par le bouclier réglementaire de l’Etat (à l’exemple des banques, si protégées qu’aucune fintech ne pourra jamais émerger), ce capitalisme autocentré doit sortir de sa carapace. Il doit accepter de capter moins de valeur ajoutée et se réconcilier avec l’idée que des marchés longtemps captifs puissent être contestés par de nouveaux acteurs. C’est d’un véritable changement de mindset, volontaire ou forcé, chez la bourgeoisie du capital, amoureuse de la rente et allergique au partage, que ce pays a besoin pour émerger.

Étrangers au microcosme des (grosses) affaires, les islamistes n’y pouvaient rien. Sans doute n’étaient-ils même pas conscients qu’une caste non représentée dans la haute fonction publique contrôle à ce point la santé économique du pays. Avec Aziz Akhannouch, c’est le représentant suprême de la caste qui est au pouvoir. A lui de raisonner les siens. De sa capacité à modifier l’état d’esprit des puissants, dépendra la libération de la croissance et toutes les externalités positives qui vont avec. Le 10 décembre 2019, en meeting à…Milan, Akhannouch avait malencontreusement suggéré de “rééduquer les Marocains”. En vérité, ce sont les oligarques qu’il faut rééduquer. S’il échoue à le faire, au fond, à quoi sert-il?

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