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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Mourad Benachenhou, 7 octobre 2021

 

EXTRAIT

« Un système économique fondé sur la prédation, sous le slogan de la libéralisation et de l'ouverture économique

Dahou Djerbal décrit avec une précision de neurochirurgien l'état actuel de l'économie de marché «spécifiquement algérienne,» où la «tonton-macoutisation» d'éléments des services de sécurité tous corps compris,-et la chronique judiciaire apporte une confirmation sans réserve à cette observation,- a créé un espace de non-droit et de non-état qui a permis la montée en puissance d'une classe de «milliardaires-minutes,» dont au moins l'un deux a même fait la «liste Forbes,» et déclare une richesse quatre fois plus élevée que celle de l'ex-président des Etats-Unis, et deux fois plus élevée que celle du « Commandeur des Croyants» alaouite. Voici ce qu'écrit ce chercheur académique :

«
Les politiques de dénationalisation et de dérégulation vont démultiplier et surtout privatiser les monopoles étatiques en aidant, par transfert et conversion de fonds publics, à la formation de nouvelles oligarchies prédatrices. Nous voilà donc devant une situation où la proximité par rapport aux sphères de décision, la prédominance de l'État dans la production et la distribution des biens et services vont créer une véritable rente, source de richesse quasi illimitée. D'où les tentatives systématiques de « capture de l'État ».

Les politiques de dénationalisation et de dérégulation vont démultiplier et surtout privatiser les monopoles étatiques en aidant, par transfert et conversion de fonds publics, à la formation de nouvelles oligarchies prédatrices.

Certains secteurs stratégiques sont évidemment convoités car ils permettent une accumulation primitive du capital à un rythme rarement égalé dans l'histoire. Ces acteurs nouveaux vont évoluer dans un monde dépourvu des contraintes légales, voire morales. Cela a été le cas des oligarques russes dans le secteur pétrolier.

C'est aussi le cas des oligarques apparus en Algérie durant la période de quasi guerre civile qu'a connue le pays dans les années 1990. L'affaiblissement de la force de la loi par des interprétations abusives ou des décrets et autres arrêtés successifs, les contournements généralisés des règles fiscales et légales par des dispositifs d'exception permettent aux nouveaux propriétaires des richesses du pays de maintenir ou d'accroître leurs profits. Ils n'ont bien sûr aucun intérêt à demander le renforcement des institutions et l'installation de l'État de Droit. » ( Dahou Djerbal; dans «la corruption comme système de pouvoir en Algérie » op. cit. p.37)

On ne peut pas concevoir une nouvelle politique économique, toutes dimensions incluses, y compris les subventions aux produits de grande consommation, la libération des initiatives privées, la diversification de l'économie, la politique monétaire, l'endettement extérieur, etc. etc. si l'on ne fait rien pour faire disparaitre cet espace de non-droit et de non-état , et donc redimensionner ces «oligarques prédateurs» en fonction de leur apport réel à la prospérité du pays, et non de leur proximité avec les centres de pouvoir.

Penser une restructuration de l'économie algérienne tout en ignorant les dérives prédatrices est un exercice théorique vain et voué à l'échec. C'est l'économie algérienne dans sa situation actuelle, avec ses dérives visibles à l'œil nu, qu'il faut restructurer, non une économie théorique abstraite.

Le désordre monétaire actuel, évident à travers l'accélération de l'inflation, liée à tort et quasi exclusivement à l'augmentation des prix sur les marchés internationaux, prouve que la menace de ces « rentiers milliardaires hors la loi » est encore une réalité qui n'a pas été enterrée avec celui qui leur a permis de prospérer outrageusement au détriment des intérêts tant économiques et politiques que sécuritaires de la collectivité nationale.


Les entreprises publiques agissent dans la transparence et dans le cadre des lois du pays

Il y a, semble-t-il, unanimité sur le fait que l'économie algérienne est en crise grave, mais divergence sur les causes de cette crise, et les remèdes à y apporter. Et il apparait, à travers certaines déclarations en provenance de cercles de décision, que l'on veuille s'acheminer vers des correctifs superficiels à la dérive que connait l'économie algérienne, et que l'on veuille pousser à une opération de «blanchissement» des biens visiblement mal acquis , sous le couvert du slogan de la libéralisation et de l'ouverture économique, comme si l'Algérie avait encore une économie administrée, ce qui est tout simplement faux, et les statistiques sont là pour le prouver.

Le problème n'est pas celui des entreprises publiques, qui, faut-il le souligner? sont gérées de manière autrement plus transparente que les «groupes et alia» des nababs privés, tiennent leur comptabilité de manière rigoureuse, payent leurs impôts, garantissent à leur travailleurs tous les droits sociaux et syndicaux, effectuent leurs transactions en devises en conformité totale avec la réglementation de la Banque centrale, emploient plus de cadres universitaires hautement qualifiés et contribuent au fameux transfert de technologie .

De plus, lorsque l'Etat restructure financièrement ces entreprises, il ne fait que les dédommager des multiples contraintes de tout ordre qu'il leur fait subir: depuis l'obligation de fonctionner en sureffectif pour lutter contre le chômage ou recruter des enfants de la «nomenklatura, en passant par la fixation de prix de leurs produits qui ne couvre même pas leurs coûts moyens de production, que serait-ce leurs coûts marginaux servant de référents dans la fixation des prix de vente, sans compter les créances que ces entreprises possèdent envers l'Etat, qui, pour réduire son déficit, choisit simplement de ne pas les payer pour les services qu'elles lui rendent.

Les entreprises ne sont des gouffres financiers que parce que l'Etat les gèrent comme des instruments de sa politique sociale et des annexes de son budget. C'est la gestion opaque des finances publiques et l'incohérence dans la politique globale envers les entreprises supposées à caractère économique, commercial et industriel, qui aboutit à un déséquilibre constant des finances des entreprises publiques et conduit l'état à prendre les mesures de remédiation envers elles, dans la logique de sa conception du rôle de ces entreprises. Si elles avaient été gérées comme des entreprises totalement autonomes, l'Etat se comportant avec elles comme il doit se comporter avec des entreprises privées, il n'y aurait jamais eu besoin de les « assainir. » Quand l'état assainit les entreprises publiques, il ne fait que les payer pour les services extra-économiques qu'il leur demande de lui prêter et qui obèrent leur équilibre financier. Il ne fait que les compenser des missions additionnelles qu'il leur impose, soit légalement, soit dans le cours de ses propres objectifs et/ou missions. Ce ne sont pas des cadeaux ou des « aides » qu'il leur dispense, sans contrepartie de leur côté.

De l'autre côté, quelles qu'aient été l'ampleur de la mal-gestion de ces entreprises publiques, mal-gestion dont l'Etat porte une responsabilité majeure, jamais ces actes n'ont abouti à la saignée généralisée en devises fortes exportées illicitement qu'a constitué la libéralisation prédatrice entretenue, sous couvert d'encouragement à la liberté d'entreprise, par les «grosses pointures» qui dominent actuellement le paysage économique du pays, détiennent le monopole de fait de certains produits soutenus par le budget de l'Etat, et constituent un état dans l'état, agissant en dehors de toute légalité, et allant même à se payer le luxe dispendieux de jouer aux «redresseurs d'entreprises étrangères en faillite, à la manière de feu Bernard Tapie, qui, lui, agissait dans l'espace d'un Etat de droit et a connu des déboires avec la justice de son pays pour avoir oublié cela.


Le gouffre financier creusé par les prédateurs qui dominent le paysage économique, est incalculable !

Le gouffre financier des « entreprises privées, » est autrement plus important et plus nocif que le prétendu « gouffre financier des entreprises publiques, « dont les média rabattent les oreilles de leurs clients à longueur d'année, et qui, lui, a des origines clairement établies, et est fondé sur des comptes tenus avec précision, non falsifiés, et donc est aisé à déterminer. Et lorsque ces entreprises publiques présentent à leurs banques des dossiers de demande de découvert ou de crédits, sous quelque forme que ce soit, elles présentent des documents établis dans la transparence et des évaluations comptables vérifiables.

Quand ouvrira-t-il le dossier malsain des « crédits de complaisance » à coup de milliards de dinars, et des transferts de devises à partir des réserves de changes officielles de l'Etat, octroyés à ces faux « capitaines d’industrie » par les banques publiques.

Bref ces entreprises publiques, actuellement vouées aux gémonies , activent dans le cadre de l'Etat de droit, tandis que les «nouveaux milliardaires» mènent leurs activités dans l'opacité la plus totale, et se payent des possessions de grand luxe, du yacht à l'avion privé, et au palace royal, et des investissements de tout type et de toute dimensions dans les économies avancées , comme des comptes en banques dans les «paradis fiscaux,» tout en bénéficiant de l'impunité et de la protection des services de sécurité, et jouissant des différentes subventions , exonérations fiscales, taux d'intérêts réels négatifs, taux de change sur -évalués, subventions aux salaires sous forme de soutien aux prix des produits de première nécessité, subventions à l'énergie, absence de facturation pour les transactions en gros, sous-facturation des exportations et surfacturation des importations, tromperie dans la composition des produits distribués ou fabriqués, fraude à l'assurance, répression des libertés syndicales pourtant inscrites dans la Constitution, accès aux crédits des banques publiques sur la base de dossiers fictifs surévaluant leurs actifs et présentant des documents comptables falsifiés, etc. etc.

Taper sur les doigts de ces prédateurs, à l'occasion d'allocutions officielles et solennelles, n'est ni utile, ni suffisant. Les entreprises publiques travaillent, dans un cadre légal transparent et que leurs responsables ne peuvent violer sans risque de se retrouver devant la justice ; leur objectif est de servir les intérêts de la collectivité nationale. Les prédateurs n'ont d'autre objectif que de s'enrichir et, par définition, n'ont pas de patrie.

Que ceux qui possèdent des investissements à l’étranger, en biens meubles et immeubles, en usines et en comptes en banque, payés par la fraude et l'exportation illicite de capitaux en milliards de dinars, ne s'offusquent pas qu'ils soient qualifiables d’apatrides !


En conclusion

A l'examen du cheminement que prend la gouvernance dans le pays, on tire l'impression d'une démarche plus ou moins hésitante, d'une certaine opacité dans la vision, et , en même temps, d'une audace verbale qui laisse espérer plus de vigueur dans la prise en charge des problèmes hérités de la néfaste période «bouteflikienne,» maintenant partie intégrante de l'histoire du pays, quel qu'ait été le cérémonial adopté pour conduire l'ex-président, -jamais déchu de ses titres comme l'aurait exigé la juste rétribution de ses actes en ce bas monde,- à sa dernière demeure.

L'Algérie est atteinte d'un cancer, qu'on refuse de reconnaitre, et qui est celui de la montée en puissance, sous haute protection officielle, d'une race de prédateurs qui veulent se voir garantir non seulement l'impunité, mais également leurs richesses mal acquises. Ce sont eux les « cellules malignes, » de ce cancer qui ronge l'économie et l'a plongée dans un désordre de plus en plus incontrôlable.

On attend des autorités publiques plus de clarté et plus de résolution dans leur démarche économique.

Nul ne peut être contre la libre initiative privée comme moteur de croissance.

Le fait est que la libéralisation à tout vent de l'économie algérienne n'a été mise en œuvre que pour justifier et couvrir le pillage des ressources publiques au profit d'une race d'entrepreneurs qui n'ont rien de la description schumpétérienne.

Ils ont innové, certes, mais dans le mode de prédation, et leur enrichissement s'est fait par l'appauvrissement général de la population, prouvant par-là que leur richesse provient, non de leurs activités de production, mais d'un système de distribution de rente qui les a privilégiés, et qu'ils ont accaparé avec la protection rapprochée et la complicité active et intéressée de ceux qui étaient censés veiller à la sécurité du pays et au respect de la légalité étatique.

On attend plus que des procès et des déclarations publiques tonitruantes, -qui d'ailleurs ne débouchent sur aucune action concrète s'attaquant directement aux cellules malignes, -pour se convaincre qu'il y a une volonté ferme de transformer l'économie algérienne en une vraie économie de marché fondée sur une rationalité sans faille et couvrant tous les aspects de la gestion saine des ressources du pays, et donnant aux vrais producteurs de richesses la place qu'ils méritent dans la distribution de ces richesses, sans autre intervention que les mécanismes du marché.

La bravoure verbale ne peut alors être qualifiée que de bravades qui révèlent autant l'impuissance que la complicité, surtout qu'est affichée l'intention de négocier avec les prédateurs, ce qui constitue, -comble du paradoxe en contradiction avec la volonté déclarée de restructurer l'économie sur des bases rationnelles, - une reconnaissance juridique de la légalité et de la légitimité de leurs fortunes visiblement et ostensiblement - preuves à l'appui -mal acquises.

Jusqu'à quand les actes vont-ils contredire les engagements écrits et les paroles, au grand des intérêts matériels et moraux du peuple et de l'Etat algérien, tout comme de la sécurité intérieure et extérieure du pays ?

Finalement, la solution n'est pas d'imposer ou de taxer les biens mal acquis, restant donc dans la logique de « blanchiment officiel » de ces actes de prédation. Les biens mal acquis, et payés, d'une façon ou d'une autre, sur les richesses procurées par les hydrocarbures, ressortissent d'une action de restitution, qui n'est ni confiscation, ni nationalisation, mais juste retour au propriétaire légal, c'est-à-dire la collectivité nationale, pour ne pas dire la Nation.

On attend donc plus de clarté et de cohérence dans ce vaste chantier de redressement de l'économie nationale. Les pansements, par ci, par-là, ne sont ni convaincants, ni efficaces. La méthode « Coué » dans une époque de crise grave, n'a rien de rassurant, car elle laisse pointer le caractère superficiel de l'appréhension de la gravite de cette crise, qui, maintenant, s'accompagne d'une situation géopolitique de plus en plus menaçante !

Source : Le Quotidien d’Oran

 

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