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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Algérie : basta, nous ne nous tairons pas !

Suite aux tragédies multiples que vient de vivre l'Algérie et au constat d'un décalage de plus en plus profond entre la société et l’État, une centaine d'intellectuels, citoyens et militants algériens appellent leurs « concitoyens à demeurer unis contre toutes les manipulations et manœuvres visant à casser leur union solidaire ».

8 septembre 2021

Les épreuves dramatiques que notre peuple vient de vivre, dans dix-neuf wilayas, et qui ont tourné au tragique, particulièrement en Kabylie où plus de deux cents femmes et hommes – civils et militaires – ont péri brûlés vifs dans des incendies dont le nombre et la simultanéité posent cruellement la question de leur origine et nous interpellent. Nous n’avons plus le droit de nous taire !

Notre devoir est d’être à la hauteur du défi et des enjeux. Nous sommes sommés d’être dignes de la magnifique démonstration d’union, de fraternité et de solidarité donnée par notre peuple – lors du pic de la vague de Covid 19 et contre les incendies – et de l’attitude, impressionnante de noblesse et de courage, de M. Noureddine Bensmaïl, père du malheureux Djamel, victime d’un ignoble épisode d’hystérie collective meurtrière dont il faudra bien dénouer les ressorts et identifier les commanditaires pour sortir de ce traumatisme.

Cette tragédie nous conduit, une fois de plus, au même constat amer : celui du décalage de plus en plus profond entre la société et l’Etat.

D’un côté, une société largement mobilisée contre la pandémie, puis héroïquement contre les incendies, à travers les campagnes de solidarités citoyennes déployées par toutes les régions du pays, avec des jeunes venus de partout pour secourir les populations affectées et allant jusqu’à donner leurs vies en combattant le feu quasiment à mains nues.

En ces tragiques circonstances comme lors de la lutte contre la Covid-19 et la crise « dite de l’oxygène », nos concitoyens à l’étranger n’ont pas failli à leur constance patriotique. Hélas, les citoyens affectés par ces deux épreuves n’ont pas pu s’empêcher de ressentir comme une lourde absence de l’Etat. Cette générosité et cet esprit de sacrifice sont la trame authentique de l’identité de notre peuple. Ce sont ces mêmes valeurs qui avaient été les déclencheurs et les repères du Hirak, dans sa nature pacifique et dans son attachement à la cohésion et à l’unité du pays.

De l’autre côté, un pouvoir obnubilé par la préservation de sa domination et de ses privilèges, pratiquant la récupération, la manipulation, le mensonge et la ruse, allant jusqu’à incriminer toute une région (la Kabylie), au risque de créer objectivement les conditions de confrontations fratricides aux conséquences incontrôlables.

Hormis face à la mise en cause de quelques lampistes tout récemment, la passivité de la justice face aux vidéos qui appellent à la « vengeance contre les Kabyles » ou qui les stigmatisent est une autre preuve à charge quant à l’irresponsabilité des autorités.

Dans la lutte contre la Covid 19, on a même été jusqu’à entraver les initiatives de solidarité citoyenne, notamment les dons de la communauté nationale à l’étranger. L’incompétence dans la gestion et le traitement médiatique et politique de cette tragédie, aussi bien en amont qu’en aval, confirment que ce pouvoir est incapable de changer.

Encore une fois, il fabrique et désigne, sans preuves avérées, des « ennemis intérieurs » et argue de la « main de l’étranger » comme sources de tous les maux et prétextes à plus de fermeture politique et de répression. Sa nature bureaucratique et autoritaire et les intérêts prédateurs qu’il représente l’empêchent de tirer les enseignements de ses échecs successifs.

C’est ce bilan qui a conduit la société algérienne, dans sa majorité, à considérer que le pouvoir actuel et le système dont il est l’émanation ne peuvent et ne pourront jamais être à la hauteur des aspirations de la nation et des exigences historiques des tumultueuses mutations qui secouent le monde.

Nous, citoyennes et citoyens signataires de ce texte, considérons que :

 - contrairement aux allégations du pouvoir, ce sont fondamentalement ses échecs récurrents qui ont fait le terreau de toutes les idées extrémistes et alimenté les discours de haine, d’exclusion et de fitna ;

- l’illégitimité du pouvoir, l’absence de projet national d’avenir clair, le renoncement au rôle de l’Etat comme garant de l’intérêt général, la généralisation de la corruption à tous les niveaux, le détournement au profit de la minorité dirigeante de la puissance publique de l’Etat national (justice, police, école, mosquée, médias…), la complaisance complice envers tous les semeurs de haine (dont beaucoup se comptent parmi les clientèles et soutiens du système) ont favorisé l’affaissement de l’autorité de l’Etat et répandu le marasme dans ses institutions névralgiques. Ce sont ces raisons, entre autres, qui n’ont pas permis de faire efficacement face aux incendies et tueurs, et ont nourri l’irresponsabilité et l’inconscience qui ont coûté la vie au jeune bénévole et artiste, Djamel Bensmaïl ;

- le verrouillage des libertés, les coups de force contre la société et les faits accomplis institutionnels, politiques, économiques et sociaux sont des facteurs d’affaiblissement de notre Etat et de notre pays dans un contexte international et régional de plus en plus instable et agressif. A ce titre, l’aggravation actuelle des tensions avec le régime marocain et ses alliances dangereuses avec le sionisme ne sauraient justifier un quelconque verrouillage des libertés publiques. Bien au contraire, la démocratie et l’ouverture sur la société sont les meilleurs garants pour renforcer l’unité du pays et lui permettre d’affronter les défis régionaux et internationaux actuels.

Dans l’immédiat, nous exprimons nos condoléances aux familles de toutes les victimes des incendies ainsi qu’aux parents du défunt Djamel Bensmaïl.

En ces circonstances tragiques, nous n’oublions pas d’appeler à la libération immédiate et inconditionnelle des détenus d’opinion.

- Nous exigeons à ce que toutes les lumières et la justice soient faites – avec la participation citoyenne – sur l’origine, les commanditaires et les auteurs des incendies et de l’abject assassinat de Djamel Bensmail.

Nous demandons à accorder le statut de zone sinistrée à toutes les régions qui rentrent dans ce cadre juridique et à doter, en particulier les régions de relief difficile, d’infrastructures et de matériels adéquats et efficients de lutte contre les incendies.

Nous appelons à poursuivre l’œuvre de solidarité avec les régions touchées par les incendies et à préparer ensemble la reconstruction et, en particulier, le reboisement de ces territoires, notamment par la mobilisation citoyenne et l’organisation d’actions de volontariat dans tous les secteurs d’activités et toutes les catégories sociales (travailleurs, cadres, étudiants...).

Enfin et, au-delà de la tragédie multiple que nous venons de vivre, nous appelons nos concitoyens à demeurer unis contre toutes les manipulations et manœuvres visant à casser leur union solidaire et à les détourner du sens de l’Histoire. Le combat pour l’avènement d’un Etat civil conforme aux standards de notre temps, c’est-à-dire moderne, de droit, démocratique, social et ouvert à la pluralité de notre société est une exigence urgente et incontournable. Sans cela et en dépit de la bravoure et de la générosité de notre peuple, notre pays continuera à s’enfoncer dans une crise aux conséquences imprévisibles, malgré ses ressources naturelles, sa position géostratégique, son potentiel humain dans le pays et au sein de notre communauté nationale à l’étranger.

Vous pouvez vous joindre à notre pétition ici

Liste des premiers signataires de la pétition :

Jugurtha ABBOU, activiste et militant politique

Houari ABDELKRIM, maître-assistant, Université de Mostaganem

Achab RAMDANE, éditeur, Tizi Ouzou

Fella ACHAICHIA, maître de conférences à l’Université d’Annaba

Lahouari ADDI, professeur des universités

Nabil AIT AHMED, militant politique

Rachid AISSAOUI, enseignant chercheur, Mostaghanem

Mohand AOUDIA, retraité militant indépendant des droits humains et universels

Tewfik ALLAL, militant associatif de l’émigration en France

Mohand Amer AMEUR, historien, CRASC/ Oran

Farid AMROUCHE, enseignant-chercheur UMMTO

Moka ASSAM, membre de Algeria Démocracy Association

Djebar ATMANI, militant CCAF PACS

Abdelmadjid AZZI, syndicaliste et auteur

Latifa AZZOUZ, maître de conférences ENSAM, Alger

Soad BABA AISSA, militante féministe

Malika BAKHTI, retraitée

Moussa BECHROUNE, militant démocrate

Nabila BEKHECHI, chercheuse indépendante 

Adlene BELABACI, médecin, Alger

Kamel BENNADJI, enseignant-chercheur USTHB

Abdallah Mahmoud BENALI, professeur en médecine, Faculté d’Alger

Amara BEN AMARA, membre de Algeria Démocracy Association

Nouredine BENISSAD, avocat, président de la LADDH

Ahcene BENKAROUN, enseignant

Madjid BEN YAOU, enseignant chercheur UMMTO

Khaled BEN YOUNES, membre de Algeria Démocracy Association

Othmane BENZAGHOU, expert financier

Rachid BOUCHENNA, enseignant de mathématiques, USTHB

Nassim BOUDRAHEM, maître de conférences, Université de Bejaïa

Hacene BOUDJEMA, cadre financier, co-fondateur du CAMAN

Mustapha BOUHADEF, professeur des universités à la retraite, militant de la démocratie

Ali BOULTIF, professeur à l’Université de Constantine

Mouloud BOUMGHAR, enseignant universitaire et militant des droits humains

Omar BOURABA, militant politique 

Chafia BOURABAH, militante féministe

Kamel BOUZID, chef de service d’oncologie médicale, CPMC

Ali BRAHIMI, juriste, militant démocrate

Mansour BROURI, professeur en médecine

Madani CHAIB, militant politique. Alger

Arezki CHALAL, militant démocrate

Mohand CHALAL, enseignant universitaire, France

Djelloul CHENOUF, vétérinaire praticien, militant politique et associatif

Mohamed DAID, militant politique et associatif

Ahmed DAHMANI, universitaire

Mohamed DAOUI, correspondant de presse, citoyen de Constantine

Hassan DEHRI, militant CCAS PACS

Azzouz DEKKALI, retraité, Alger

Saighi DJABALLAH, opposant et activiste politique, Canada

Abdenacer DJEBBAR, maître de conférences à l’Université de Constantine

Anis DJERIDI CHARAF, maître-assistant à l’Université de Constantine

Elhachemi Mohamed BENDAOUD, citoyen, BBA

Billal FERDJALLAHl, militant politique

Djamel FERDJALLAH, militant politique

Mustapha GHOBRINI, maître-assistant, Université de Mostaganem

Riad GHOUTI, militant CCAF PACS en France

Tahar GUEDDOUAR, maître-assistant à l’Université d’Annaba

Mourad GRIM, militant CCAF PACS

Madjid HACHOUR, militant politique

Salim HADDADI, professeur à l’Université de Guelma

Bachir HAKEM, syndicaliste, fondateur du syndicat CLA, ex-porte-parole, retraité de l'éducation

Ali HARFOUCHE, enseignant-chercheur USTHB

Abdenour HAOUATI, retraité

Mourad HAMDI, citoyen

Hamid HAMI, enseignant retraité de l’éducation nationale

Abdelmalek HAMMOUCHE, retraité, citoyen, Annaba

Mohammed IOUANOUGHENE, journaliste

Salem KESSAL, enseignant-chercheur USTHB

Tahar KHALFOUNE, universitaire

Hamza KHARROUBI, militant politique et syndicaliste

Hosni KITOUNI, historien, citoyen de Constantine

Mohamed LAHLOU, professeur des universités, ancien responsable FFS

Lahouari FELLAHI, militant, citoyen d’ Oran

Abdesselam MAHANA, enseignant USTHB

Madjid MAKEDHI, journaliste

Nafaâ MEHDI, maître de conférences à l’Université d’Annaba

Noreddine MELIKCHI, universitaire

Rachid MENANA, médecin spécialiste

Salaheddine MESSALI, professeur à l’Université de Constantine

Arezki METREF, journaliste

Mahmoud MEZHOUD, travailleur autonome, citoyen algérien de Montréal

Ben MOHAMED, poète

Kamel MOKTFI, toxicologue, militant, Montréal

Rabah MOULLA, enseignant et militant politique, Montréal

Ramdane MOULLA, militant citoyen

Mohamed NAMAOUI, citoyen démocrate émigré

Nouredine NESROUCHE, journaliste, citoyen de Constantine

Hamid OUAZAR, militant démocrate

Salah OUDAHAR, écrivain, directeur de festival

Billel OUHAIBIA, maître de conférences à l’Université d’Annaba

Aïssa RAHMOUNE, avocat et militant des droits humains

Saïd SALHI, défenseur des droits humains

Djamel SEDIRA, militant politique 

Aldja SEGHIR, militante politique, Ibtykar

Menad SI AHMED, climatologue, expert des Nations unies

Nabila SMAIL, avocate et militante des droits humains

Azeddine TALEB, militant politique

Loucif TIMSILINE, militant pour la citoyenneté et auditeur interne

Sandra TRIKI, maître de conférences à l’Université d’Annaba

Morad YEFSAH, consultant en système d'information, membre fondateur du Comité de Citoyens Algériens en France pour une Assemblée constituante souveraine (CCAF PACS)

Mohamed ZAAF, professeur à l’Université d’Annaba

Abdelmoumen ZEKIRI, enseignant de mathématiques, USTHB

Nouredine ZIDOUNI, professeur en médecine, CHU Béni-Messous

Source : Mediapart

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