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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Un éditorial d'El Watan

Par Djaffer Tamani, 24 août 2021

Le désastre était annoncé il y a plusieurs mois quand des forages étaient réalisés sur les lits des oueds pour pomper l’eau souterraine et alimenter des barrages hydrauliques à sec. La sécheresse n’augurait pas de lendemains sereins. La catastrophe des incendies ne tarda pas à dévaler de la montagne pour dévaster des villages et emporter des vies humaines.

Aux revers de la nature et des dérèglements climatiques viendra s’ajouter un autre sinistre, celui de la déraison et de la déliquescence politique. Quand de simples citoyens affichaient sang-froid et engagement, les autorités partaient en guerre, au milieu des incendies, contre des «mains nourries de haine contre notre pays». Une charge irréelle en pleine urgence absolue qui commandait de mobiliser les moyens pour sauver des vies et non d’en découdre avec d’improbables adversaires dont le terrain d’action était à mille lieues d’une nature desséchée et exposée à la dévastation à la moindre vague de chaleur.

L’air était chargé de cendres et de fumées, mais il était également altéré par cet incroyable discours officiel qui exhortait à rechercher un coupable derrière chaque arbre et une main «haineuse» derrière chaque départ de feu.

Avant la tragique scène de lynchage qui bouleversa le pays, il y eut un très lourd battage autour d’une supposée entreprise de destruction managée par des forces occultes ou embusquées.

Eprouvé lors du mouvement de contestation citoyenne, le logiciel conçu pour orienter l’opinion sur des pistes inattendues a été froidement réadapté à l’occasion de cet épisode des incendies ravageurs. Pourtant, il y a un moment où l’on doit réaliser qu’il n’est plus possible d’opposer le feu au feu ou la déraison à la tragédie. Si les effets des catastrophes naturelles peuvent être résorbés et le deuil surmonté, il n’en est pas de même d’un naufrage politique qui se répercute sur plusieurs générations et plombe les perspectives d’un pays pendant des décennies.

Le défi majeur qui dépasse les conjonctures de sinistres et de drames est la reconstruction d’un destin démocratique pour le pays. Il n’est pas uniquement à la charge des tenants du pouvoir. Du côté de l’opposition également, il y a un logiciel frappé d’obsolescence, désormais inopérant.

L’attitude de rejet des élections, considérées comme un piège ou un signe d’allégeance, a été au final dommageable pour la population, qui s’est retrouvée seule face à une administration naturellement en service commandé et des assemblées locales d’une frappante absence de vigueur citoyenne.

Les prochaines élections locales ne seront pas une tragédie, mais une chance, celle de se réapproprier des espaces significatifs de pouvoir.

La réconciliation des citoyens avec la politique et leur accès aux centres de décision par la voie démocratique sont la garantie de pouvoir disposer des moyens de la collectivité dans toutes les situations de crise, mais également la condition pour envisager un développement en harmonie avec la nature et dans le sens des attentes de la population.

Source : El Watan

 

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