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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ahmed Alileche est conservateur principal au Parc national du Djurdjura et doctorant à l’Université de Tizi-Ouzou (UMMTO). ll analyse dans un entretien paru dans TSA, les causes des incendies qui ont ravagé les forêts du nord de l’Algérie du 9 au 17 août, particulièrement celles de Kabylie, la région la plus durement touchée par la catastrophe. Il aborde ensuite les tâches immédiates.

 

 

EXTRAITS

TSA-Algérie. Quelles sont les mesures urgentes à entreprendre après ces incendies sans précédent qui viennent de frapper l’Algérie ? 

Ahmed Allileche. De prime abord, il faut circonscrire les séquelles immédiates et futures de ces feux dévastateurs et faire le point sur les dégâts immenses engendrés. Le passage du feu a touché tous les plans.

Les conséquences fâcheuses de ces feux ravageurs consistent en des pertes de vies humaines, brûlage de foyers, disparition du couvert végétal arboricole et forestier avec dysfonctionnement de l’écosystème et tutti quanti.

Les biens et services écosystémiques (BSE) sont complètement chamboulés et la physionomie des paysages est dénaturée. Le cachet d’une Kabylie belle et splendide a disparu pour céder place à un spectacle désolant.

Sur le plan psychologique, des familles entières sont et seront toujours sous le choc avec des séquelles indélébiles. Également sur le plan socio-économique, la perte de milliers, si ce n’est de millions d’oliviers et d’autres espèces d’arbres et de centaines de têtes de cheptel est une perte incommensurable pour les familles et pour toute la région.

Les coupures d’eau et d’électricité, de réseau ont augmenté la fragilité de l’état psychologique du citoyen. Beaucoup de femmes enceintes, des enfants, des vieux et des handicapés ont été malmenés physiquement et psychologiquement.

Enfin, sur le plan politique, la politisation de ces incendies sur les réseaux sociaux et l’opportunisme de certains énergumènes qui pêchent dans les eaux troubles et n’ont pas hésité un instant à verser leur venin sur la région tout en semant la haine entre les Algériens.

 Que faut-il faire pour ne pas avoir à revivre ce genre de drames ?

Afin de ne plus revivre ce cauchemar ineffaçable de la mémoire de la population, il est temps de sortir de la politique de replâtrage et de penser scientifiquement.

Des mesures réfléchies et adéquates doivent être prises de façon raisonnable en prenant en considération les spécificités de la région. Il ne faut surtout pas céder à la précipitation.

L’évaluation des dégâts doit se faire équitablement et en toute transparence. Une équipe mixte formée par des représentants des services techniques (agriculture, forêts, hydraulique, Sonelgaz, comités de villages et autres) va passer au peigne fin toute la région touchée pour établir l’ampleur des dégâts et voir comment procéder au dédommagement des populations sinistrées.

Il est également urgent de constituer une commission mixte composée d’experts, universitaires, conservations des forêts, le Parc National de Djurdjura (PND), l’Institut National de Recherche Forestière (INRF), les élus locaux auxquels il faut associer la société civile, notamment les comités de village dans le cadre d’une gestion intégrée de ces territoires brûlés.

L’équipe pluridisciplinaire aura à se pencher en brainstorming sur une stratégie de prévention et de lutte contre les incendies de forêts idoine à suivre.

L’objectif est d’établir le plus tôt possible un état des lieux où il est impératif de rechercher les causes et circonstances des incendies pour faire éclater d’abord la vérité sur les tenants et les aboutissants de ces feux criminels et de tirer les enseignements pour les années à venir.

Ensuite, conjuguer les efforts pour assortir la panoplie de mesures adéquates pour réhabiliter les massifs forestiers, les oliveraies parties en fumée, sachant que cet arbre (l’olivier) centenaire est un symbole de fierté de la région, mais qui met beaucoup de temps pour rentrer en production de manière massive.

Quelles sont les mesures à prendre pour protéger les habitations d’éventuelles autres incendies ?

Il est indispensable, en matière d’aménagement local, d’installer des coupures de combustible en fonction des spécificités de la région, particulièrement l’exposition et l’altitude.

En moyenne altitude et sur les versants sud, le recours au figuier de barbarie (opuntia) est vraiment recommandé. En altitude, la plantation sur de vastes territoires de vigne pare-feu a donné ses fruits dans beaucoup de pays.

Afin de constituer des zones rempart contre le débordement des feux, il faudra réaliser des bandes dites de débroussaillage de sécurité (BDS) qu’il faut entretenir en continue.

Ces BDS sont à mener parallèlement avec les axes routiers et comme ceinture de protection à l’intersection des habitations et des boisements.

Techniquement, la gestion des feux de forêts passe inévitablement par l’établissement d’une cartographie des risques d’incendies, c’est-à-dire la mise en exergue des zones rouges ou vulnérables et où le risque d’éclosion d’incendie est très probable pour mieux concentrer les efforts de surveillance dans le cadre de la prévention.

Comment pourrait se faire la régénération des forêts détruites par les feux ?

En matière de reforestation et de replantation des périmètres ravagés par les flammes, il faut reboiser là où il faut réhabiliter le capital forestier à base d’essences locales adaptées à l’environnement local (sol, climat et contexte social), repeuplement quand la forêt n’est pas anéantie complètement (régénération assistée et semis à la volée), planter des arbres fruitiers et fourragers pour relancer l’activité agro-pastorale et bien évidemment, arrêter un programme spécial pour l’oléiculture qui constitue la colonne vertébrale de l’agriculture en Kabylie.

Que faut-il revoir en matière de stratégie de prévention ?

Pour remédier à l’inefficacité de la prévention mais aussi de l’intervention, il faudra penser à l’amélioration et à la perfection de l’efficacité du dispositif de prévention anti-incendie (DPAI) qui s’avère inefficace et obsolète au fil des années.

Ce DPAI doit être mûrement réfléchi et consistant. D’abord, il est déplorable de constater que les effectifs du corps forestier soient très inférieurs aux attentes, d’autant plus que les moyens mis à la disposition de ce secteur sont dépassés.

Ce secteur mérite un dédoublement de son budget pour l’acquisition de matériel de surveillance (postes vigie, jumelles, surveillance aérienne) d’intervention (parc roulant suranné) et un recrutement massif de saisonniers au sein de la population locale pour réduire l’éclosion d’incendies.

Autrement dit, il faut mettre en place un plan de type Vigipirate durant toute la période estivale, voire même à l’arrière-saison (octobre et novembre).

En matière d’équipement, il est temps pour l’État d’investir dans l’achat de matériel d’intervention sophistiqué pour la lutte anti-feu.

Il suffit juste de suivre le pas de nos voisins marocain et tunisien qui ont proposé des moyens d’intervention que nous n’avons pas. Le recours à l’achat de canadairs ou la signature de conventions avec des pays équipés (France, Espagne, Grèce, etc) et au renforcement de la flotte des hélicoptères bombardiers d’eau, tout en aménageant des points d’eau d’étendue suffisante pour l’approvisionnement de ces engins, est fondamental pour la sauvegarde de notre patrimoine.

Au plan technique, l’amélioration des connaissances en matière de combinaison et de l’organisation des secours par voie terrestre et par voie aérienne est une urgence et une nécessité incontestable.

La formation des pompiers et forestiers dans la technique de lutte, notamment par les feux dirigés ou tactiques, est nécessaire.

Texte intégral : TSA-Algérie

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Commenter cet article

Safiya 20/08/2021 01:05

Un grand merci, A.Saoudi, de nous donner à lire un texte qui ne "fasse pas mal aux yeux". TSA devrait en prendre de la graine et corriger un tant soit peu les articles qu'il publie. Merci pour la photo moins "ingrate" que celle qui illustre l'entretien édité par le dit-site.
Pourquoi ces crimes abjects, incendies ET Djamel ? A qui profitent-ils ?, sont les questions lancinantes qui taraudent ma tête qui dérive, plaie vive... Un adage bien de chez nous dont je ne connais que la version en daridja dit : "Ri7ht el kettane takbert we tben", je suis sure que nos frères et soeurs de Kabylie et tou-te-s les locuteur-e-s tamazyght doivent connaitre la version dans la langue ancestrale que je tarde trop à apprendre.
(Je me suis fait du mouron durant ces jours d'arrêt d'algerieinfos).