Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Photo DR

Echos des débats en Belgique après la catastrophe.

La faute du GIEC et de la communauté scientifique

Par Terence. 16 juillet 2021. 

Des inondations extrêmes : le Giec les annonçait en 1990, rappelle Jean-Pascal Van Ypersele à la télé belge.

La tragédie de la condition humaine, le mythe de Cassandre, le prophète de malheur, Philippulus (Tintin), le messager de mauvais augure, etc.

Sur cette séquence, il assume le rôle de l’intellectuel en ne se cachant pas derrière la réserve scientifique. Il sort sur la table les rapports du GIEC de 1990, et les suivants. Tout est écrit noir sur blanc. Paraphrase : « - Est-ce lié au réchauffement climatique ? -Je ne peux pas le prouver mais après 40 ans de carrière, oui je pense que c’est à cause du réchauffement climatique ». Van Ypersele est un héros et un homme d’Etat.

Contrairement à un de ses collègues de Liège qui, comme de nombreux climatologues, dit à la télévision (paraphase) : « on ne peut pas relier cet événement spécifique au réchauffement climatique, ça doit s’évaluer sur une série temporelle longue, etc. » puis quand même dit entre les lignes « qu’il y a un lien ». Vous voyez la différence dans la communication scientifique ? Comment on peut dire une phrase rigoureusement exacte d’un point de vue scientifique mais défaillante d’un point de vue de la communication humaine, donc fautive sur le plan de l’éthique de la responsabilité ?

Voilà la faute du GIEC et de la communauté scientifique : avoir fait preuve d’autisme en se drapant dans la rigueur et la réserve scientifiques, avoir utilisé la marge d’erreur et l’incertitude méthodologiques dans le sens de l’atténuation et de l’euphémisme du propos.

Tout l’inverse du principe de responsabilité et de l’heuristique de la peur de Hans Jonas, et tout l’inverse du catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Dupuy, et allez, je mets Paul Jorion, Pablo, Raphaël et Gauthier aussi dans le paquet des gens qui n’ont pas utilisé l’incertitude et la réserve comme prétextes à la mollesse et à l’euphémisme.

De la lâcheté sociologique selon moi. Ne pas risquer l’ostracisme dans sa profession.

Et les journalistes, les politiciens, les citoyens, l’écoutent d’une oreille distraite, avec un oeil bovin… La bourgmestre faisant fonction de Liège (droite libérale) qui directement parle (paraphrase) « d’éviter le catastrophisme, la panique, etc ». Chassez cette peur légitime que je ne saurais voir, on se souvent de la ministre de la Santé, droite libérale, et ses « drama queens », ces scientifiques de la santé qui l’alertaient début 2020 sur le « risque de pandémie »…, et le Premier ministre (droite libérale) qui dit de façon fataliste à la Chambre « nous sommes tout petits face aux forces de la nature, on se sent impuissant »…

Sauf qu’ici, c’est un phénomène endogène à l’activité humaine. Comme Clive Hamilton et le concept d’Anthropocène le disent : nous sommes devenus gigantesques face à la nature, et ici, c’est le boomerang du retour de puissance qu’on se prend dans la gueule. Nous vivons désormais sur une Terre rebelle, dans une Anthropobiosphère…

Le curseur de la « peur éthique » est vraiment très mal fixé dans notre civilisation. On n’a pas encore acquis l’idée que le coût de la prévention le plus en amont possible est infinitésimal face au coût de la réaction en aval (de la crue). La charge de la preuve est chez le lanceur d’alerte, alors qu’elle devrait être chez son contradicteur.

Parfois on se demande s’il n’y a pas une pulsion et un plaisir lié à l’autodestruction dans l’espèce humaine (le Thanatos de Freud). Quand on voit le petit sourire gêné des journalistes face au professeur van Ypersele… est-ce que la plupart des gens ont vraiment envie de vivre?

Source : Le blog de Paul Jorion

Post-scriptum

« La science prostituée de ces jours méprisables »

Par Guy Debord

« Pour produire l’électricité, les centrales nucléaires sont plus économiques » (expert scientifique interrogé sur TF1)

 « On entend dire que la science est maintenant soumise à des impératifs de rentabilité économique ; cela a toujours été vrai.

Ce qui est nouveau, c’est que l’économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais aussi à celles de leur survie.

C’est alors que la pensée scientifique a choisi, contre une grande part de son passé anti-esclavagiste, de servir la domination spectaculaire. 

La science possédait avant d’en venir là, une autonomie relative. Elle savait donc penser sa parcelle de réalité ; et ainsi elle avait pu immensément contribuer à augmenter les moyens de l’économie.

Quand l’économie toute-puissante est devenue folle, et les temps spectaculaires ne sont rien d’autre, elle a supprimé les dernières traces de l’autonomie scientifique, inséparablement sur le plan méthodologique et sur le plan des conditions pratiques de l’activité des « chercheurs ».

On ne demande plus à la science de comprendre le monde, ou d’y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. Aussi stupide sur ce terrain que sur tous les autres, qu’elle exploite avec la plus ruineuse irréflexion, la domination spectaculaire a fait abattre l’arbre gigantesque de la connaissance scientifique à seule fin d’y faire tailler une matraque.

 Pour obéir à cette ultime demande sociale d’une justification manifestement impossible, il vaut mieux ne plus trop savoir penser, mais être au contraire assez bien exercé aux commodités du discours spectaculaire. Et c’est en effet dans cette carrière qu’a lestement trouvé sa plus récente spécialisation, avec beaucoup de bonne volonté, la science prostituée de ces jours méprisables.

Commentaires sur la société du spectacle (p58). Editions Gallimard, 1992.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article