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Publié par Saoudi Abdelaziz

Texte de Sadek Hadjeres à la commémoration de la répression de la manifestation des Algériens le 14 Juillet 1953

(Lu le 13 juillet 2021)

Chers camarades et amis,
défenseurs des Droits de l’Homme, de la Paix et de la solidarité entre les peuples,

Tout d’abord mes excuses de ne pouvoir être aujourd’hui parmi vous pour des raisons de santé. Ma déception est atténuée par le réconfort de votre commémoration, initiative que vous avez organisée et maintenue une fois de plus.

Nombre de media et instances des anciennes puissances coloniales sont de mauvais élèves de l’Histoire. Leur rêve est de pouvoir émousser et abolir chez les peuples la mémoire des actions et résistances que les peuples n’ont cessé d’opposer à leurs méfaits d’oppression et d’exploitation.

Cette mémoire nous permet de tirer les leçons du passé et d’enrichir nos expériences en vue des luttes qui se poursuivent. Le 14 juillet 1953 des travailleurs et patriotes algériens a été un de ces actes mémorables de la résistance algérienne, sur les mêmes lieux historiques où s’étaient déployés les idéaux de Liberté de la révolution française de 1789.

Les fusillades racistes de juillet 1953 ont eu en quelques jours leurs répercussions immédiates sur la terre algérienne, elle-même souillée depuis 1830 par l’aventure colonialiste, trahison cynique des idéaux français républicains.

Une des plus fortes émotions de ma vie militante

Cette réaction populaire et patriotique algérienne immédiate, je l’ai vécue comme une des plus fortes émotions de ma vie militante. D’abord sur l’esplanade du port d’Alger, sous un soleil éclatant, avec une impressionnante garde d‘honneur de la corporation des dockers algériens CGT-UGSA, entourée d’une foule immense composée de l’ensemble des courants du mouvement national qui s’étaient unis pour cet hommage.

Puis ce fut l’accompagnement des victimes pour leur enterrement dans leurs régions d’origine. Dans le cortège multi-parti et multi-associatif qui accompagnait le cercueil d’une des six victimes, je représentais le Parti Communiste Algérien cependant que le regretté Abdelhamid Mehri représentait le PPA-MTLD. Le cortège automobile se rendit au lointain village montagneux de l’Est algérien où se déroula l’hommage populaire décrit dans l’ouvrage et le film qui vous ont été présentés.

Un constat surprit au cimetière la dense foule présente, hommes et femmes de tous âges inaugurant de nouvelles formes d’hommage et d’obsèques modernes sur fond de coutumes traditionnelles, les gerbes de fleurs et les chants patriotiques accompagnant la prière musulmane des morts à côté du recueillement des nombreux européens présents. Je fus impressionné au-delà de mes attentes par la réaction à la fois exaltante et réfléchie de ce grand rassemblement aux allocutions prononcées dans les trois langues par les représentants des partis et associations, en arabe par Mehri, en kabyle par moi et en français par Youcef Briki et d’autres pour les syndicats et d’autres associations.

De l’assemblée tenue dans le pays profond montagnard, loin des centres citadins, il se dégageait comme une respiration profonde et solidaire empreinte de maturité, de ferme résolution et de conscience politique. Cette atmosphère me rappelait celle des graves lendemains du 8 mai 1945, non pas l’abattement individuel face à une répression barbare, mais un farouche attachement collectif aux espoirs de libération.

Les fusillades anti-algériennes du 14 juillet 1953 ressortissent organiquement des mêmes mécanismes et du même phénomène global qui ont rendu les décideurs et exécutants du fait accompli colonial, sourds et aveugles aux avertissements adressés aux politiques par un général Duval, bourreau français du 8 mai 1945 et néanmoins réaliste face aux vérités de terrain. Tout comme s’explique la logique infernale qui a conduit les décideurs français à exécuter ou entériner le premier acte mondial de piraterie aérienne d’octobre 1956, tuant dans l’œuf une première tentative d’interrompre la spirale de la guerre d’Algérie avant qu’elle ne prenne une ampleur innommable et désastreuse pour les deux peuples.

Au terme de cette évocation d’un moment particulièrement douloureux de l’histoire algéro-française, une question se pose : nos peuples (ainsi que ceux du monde) sont-ils voués sans fin à la répétition et à la genèse de la violence armée, au mépris des voies politiques et pacifiques de résolution de leurs problèmes et contradictions ?

Pour l’Etat de droit et un nouvel ordre international

Je ne peux dans le cadre de cette évocation ponctuelle, m’étendre sur cette interrogation capitale, sauf à souligner que si les solutions pacifiques et démocratiques sont les plus souhaitables, le vrai problème reste comment en créer les conditions et les imposer face aux tentations et mécanismes d’arbitraire et de violence armée.

Ces tentations et mécanismes contre-productifs et désastreux, l’Algérie, la France et le monde entier en ont vécu la dure réalité pendant les dernières décennies. J’ose néanmoins avancer que de nombreux faits ont prouvé que cette réalité n’est pas une fatalité inaccessible aux efforts des collectivités humaines et étatiques.

Dans le monde d’aujourd’hui miné par des risques planétaires communs, un atout important pour les forces de progrès et de paix en Algérie et en France, réside dans l’attachement aux valeurs stratégique et universalistes portées par le rassemblement pacifique et indépendantiste du Hirak : l’exercice des Droits de l’Homme dans toutes leurs expressions, de l’Etat de droit appuyé sur la souveraineté populaire et enfin d’un système de relations internationales fondées non sur des critères identitaires, purement idéologiques mais sur un nouvel ordre international régi par la prise en compte des intérêts communs concrets des couches populaires et des Etats sur les deux rives de la Méditerranée.

Source : Histoire coloniale

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