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Publié par Saoudi Abdelaziz

L'Emir fut enfermé durant quatre mois dans une cellule du Fort Lamalgue à Toulon. Photo DR

L'Emir fut enfermé durant quatre mois dans une cellule du Fort Lamalgue à Toulon. Photo DR

Par Foudil Ourabah, 29 juin 2021

Prisonnier des Français depuis le 23 décembre 1847, Abdelkader a été enfermé jusqu'au mois d'avril 1848 dans une cellule du Fort Lamalgue à Toulon, avant d'être transféré à la prison de Pau, puis par la suite au Château d'Amboise en Touraine.

Dans le cachot sombre et glacial où il fut mis à l'isolement, défait et brisé par les épreuves, rongé par l'inquiétude sur le sort de sa famille et de ses proches dont il était sans nouvelles, il sublima son désespoir dans un élan mystique et il chercha le réconfort dans une sorte d'acceptation résignée de ce qu'il considérait être une Volonté immanente.

C'est dans ces conditions particulières qu'il écrivit un texte aux belles envolées littéraires dans lequel on retrouve l'influence d'Ibn Arabi, mais aussi, par une curieuse coïncidence, les accents romantiques de Goethe et Chateaubriand, ses presque contemporains. (Une copie de la traduction de ce texte se trouve aux archives municipales de Cannes.)

"Quelle perplexité est la mienne ! Que faire ? Je suis à bout de forces. Inutile ! A quoi bon poursuivre ? Vois ! Mon être tout entier est près de se diviser et de se disperser.

Tantôt je fonds comme la neige dans l’eau : elle fait retour à son élément originel et s’y dissout. A chaque fois que j’ai dit : « Voici l’issue ! » on la referme devant moi : je ne puis surmonter l’obstacle... J’implore un Protecteur et n’obtiens nul secours ; personne pour me donner asile ou pour me repousser ! Y a-t-il un remède à ce mal incurable ? Absurdité ! Folie ! Il n’y a plus d’espoir. […]

Si tous les trésors du monde étaient déposés à mes pieds, si tous les trésors de la terre pouvaient tenir réunis dans les pans de mon burnous et s’il m’était donné de choisir entre eux et ma liberté, je choisirais ma liberté. [...] A chaque fois que j’imagine à tort quelque répit je me vois plus accablé encore. Mes entrailles sont des feux de désir, des brasiers. Dût l’ensemble des mers se déverser sur eux redoublant leur ardeur. La brise légère du Nedj en se mouvant les embrase ; des vents de toutes sortes les attisant tour à tour. Même si je buvais toute l’eau de la terre je ne pourrais étancher ma soif. Chaque fois que j’ai dit : « Nos demeures à présent sont proches » - Je n’ai pu me consoler d’eux : la proximité gonfle ma peine. Elle ne m’apporte aucune guérison pas plus que l’éloignement n’est profit.

La proximité ? C’est l’amour qui me ravage et me laisse éperdu. L’éloignement ? C’est un désir ardent qui me scinde et me déchire l’âme.

O mon cœur blessé – qu’ils soient proches ou lointains – Le remède est inaccessible et je demeure en ma folie ! O cœur de mon âme, tu fonds sous la brûlure et le chagrin ! O mon regard, tu ne cesses d’être noyé de larmes ! J’interpelle et questionne au sujet de cette âme, et c’est moi en vérité qui l’égare ; - la folie, on le dit, est de diverses sortes ! – Eperdu, je vais en tous sens ; j’interroge qui je rencontre ; je n’évite ni marcheurs ni cavaliers.

Je leur dis : « Celui qui me réunira à moi-même, où donc est-il : que je sois à lui pour toujours ? » J’interroge encore sur la haute terre où est l’emplacement de ma tente - Je recherche avidement (...) la fraîcheur des deux oasis, Demeures où sont mes campements de printemps et d’été - Depuis que je naquis jusqu’au temps où je devins semblable à la saison d’hiver (...)"

Source : Facebook

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