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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Cette contestation est positive dans la mesure où la revendication est le langage social d’une société vivante, qui veut un nouveau consensus entre l’Etat et le peuple, entre le national et le local ».

C'était il y a cinq ans les propos de Abdelkader Khelifa, anthopologue de l'université de Ouargla interviewé dans El Watan par Houria Alioua, sur la recrudescence du mouvement social dans le sud. 

L’universitaire ajoutait : « En fait que demandent ces citoyens en colère ? Tout simplement une gestion à la hauteur de la position stratégique de leur région. Cette revendication est clairement exprimée par les jeunes notamment. Ce qui leur manque, c’est un encadrement, une élite capable d’orienter leurs aspirations afin de capitaliser ces années de lutte et concrétiser leurs objectifs ».

Pensez-vous que ces mouvements sociaux ont de l’avenir ? 

«Partout dans le monde, les mouvements sociaux ont toujours eu de l’avenir. Ils matérialisent le dialogue entre la société et l’Etat, même quand ils prennent les tournures les plus violentes. A chaque société ses méthodes et ses consensus. Les revendications du Sud sont de vrais messages à l’Etat central pour revoir ses politiques de développement et de gouvernance locale car les vrais enjeux, c’est le pouvoir local, l’accès au développement, le foncier, l’emploi, la position sociale individuelle et celle des groupes sociaux ».

Les anciens ksour sahariens et les petites villes historiques locales sont maintenant des métropoles à perspectives mondiales, l’image de l’homme du Sud devant sa kheima préparant du thé tellement consacrée par nos médias n’est plus d’actualité, c’est pour que cette image change que les jeunes revendiquent leur droit à la citoyenneté ». Texte intégral

 

Cinq ans plus tard, le mouvement social reprend de plus belle dans le Sud, le gouvernement fait le gros dos.

Le sociologue chercheur, Nacer Djabi, analyse ce mouvement aujourd'hui dans El Watan.

« Ces manifestations du Sud, qui reviennent régulièrement depuis quelques années, constituent un message complexe que les autorités publiques et les responsables des centres de décision n’arrivent pas à décortiquer, en dépit de son importance.

Elles expriment une problématique plus profonde que le chômage des jeunes, présentée comme étant la principale raison à l’origine des marches et de ces actes de violence symbolique, et non instrumentale, car son objectif est d’amplifier la protestation et non pas de faire du mal.

C’est un phénomène complexe à travers lequel les jeunes de cette région expriment le sentiment de la marginalisation qui pèse sur eux en tant qu’habitants d’un vaste espace géographique riche en ressources naturelles, principalement le pétrole et le gaz.

Ils axent leurs revendications essentiellement sur ce qu’ils jugent plus légitime, à savoir un poste d’emploi, dans une région qui accueille des citoyens de différentes wilayas du pays qui s’y installent pour le travail. Ils voient ainsi d’un mauvais œil le fait qu’eux, en tant qu’enfants de cette région, n’ont pas accès à cet emploi.

C’est ainsi qu’est né ce sentiment profond d’humiliation, de marginalisation et même d’injustice chez les habitants de cette région, et qui est exprimé par ces jeunes qui manifestent.

Mais il est nécessaire de faire le lien entre la problématique du chômage dans la région et l’apparition de l’université qui a produit des élites de plus en plus nombreuses, ainsi que le niveau de qualification dont disposent les gens du Sud, qu’on croyait moins qualifiés.

Je pense que ces protestations renseignent sur la prise de conscience de cette élite locale qui veut s’affirmer et non pas seulement réclamer des emplois. Cette élite du Sud veut aussi changer l’image de la région auprès des gens du Nord et les responsables des centres de décision, qui gardent toujours à l’esprit certains stéréotypes produits par l’anthropologie coloniale. Texte intégral

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