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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le diagnostic du professeur Farid Chaoui

«Entouré de technocrates brillants décidés à construire une économie moderne et indépendante, Boumediene ne s’intéresse que peu à la chose politique et fait du parti unique un simple épouvantail chargé de délivrer à la population les messages élaborés dans les officines discrètes de la police politique. C’est vrai que ce patriote incontestable est d’abord un soldat !

Un de ses proches raconte une anecdote qui en dit long sur sa vision politique : lors de sa visite en Chine, il eut un long entretien avec le président Mao et, au sortir de ce tête-à-tête, le président chinois félicite son invité pour sa politique audacieuse de développement mais lui dit, en se sachant écouté par toute la délégation : “Pour parvenir à réaliser vos immenses projets, M. le président, il vous faut un grand parti politique.” Boumediene a-t-il saisi à sa juste valeur le propos du “Grand Timonier”, qui attirait son attention sur le ventre mou de son programme, à savoir l’absence d’un encadrement politique puissant et enraciné dans la population ? 

Toujours est-il qu’en bon soldat, il préféra faire confiance à l’armée, abandonnant le FLN à ses luttes internes pour le pouvoir et stérilisant le champ politique. Cette option pèse et pèsera lourd dans l’avenir politique du pays, puisque en 2021 nous en sommes encore au même point, incapables de sortir du marasme économique et social parce que le pays reste verrouillé sur le plan politique. Mais il faut reconnaître aussi que la marche forcée vers le développement, menée pendant les années 1970 et 1980, n’a pas produit que des effets pervers. 

L’investissement massif dans la politique d’éducation-formation et dans celle de la “révolution industrielle” qui a ouvert au plein emploi a permis à l’ascenseur social de fonctionner de belle manière, accélérant l’urbanisation et la formation d’une classe moyenne urbaine qui a tant manqué dans l’histoire contemporaine du pays. Mais, contrairement à la Tunisie, cette classe moyenne est restée marginalisée par le pouvoir politique qui n’a pas estimé nécessaire de l’associer à la gestion de la société, ni politiquement ni dans les affaires.

Le pouvoir, se prévalant de la légitimité historique, a décidé de s’affranchir de toute ouverture politique vers la société, l’estimant superflue au regard de la mission messianique qu’il s’est auto-attribuée : exercer sa tutelle politique sur une société jugée impubère et qu’il va gérer comme un bon père de famille gère ses enfants mineurs, en distribuant la rente et en réprimant toute contestation de son pouvoir absolu !

Ainsi, s’est construite une paix relative malgré des turbulences régulières révélatrices d’une colère sourde qui grogne dans la société à chaque fois que l’autoritarisme du pouvoir dépasse une certaine limite et, surtout, lorsqu’un sentiment d’injustice est ressenti vis-à-vis du mode de redistribution de la rente pétrolière. 

Ce n’est pas par hasard si la grave crise au sein du pouvoir, suivie par la jacquerie d’Octobre 1988, s’est produite au moment où le prix du pétrole est au plus bas. 
Et c’est à cette occasion que l’on a clairement constaté que les élites de la classe moyenne étaient dramatiquement absentes sur le terrain et qu’il a fallu la triste révélation des actes de torture pour qu’avocats et médecins se mobilisent pour dénoncer la grave dérive autoritaire du pouvoir.

Le seul mouvement qui réussit à s’organiser pour capter la colère des jeunes fut celui de l’islamisme radical qui se servira de cet événement pour occuper le terrain politique. Mais on n’arrête pas la roue de l’Histoire : ce sont aujourd’hui les enfants de cette classe moyenne urbaine en formation dans les années 1970 et 1980 qui sont dans le Hirak à revendiquer plus de droits et de justice. 

Malgré les vicissitudes de la vie politique, le passage par une guerre civile qui a ravagé le pays et fait fuir de très nombreuses compétences puis l’instauration pendant vingt ans d’un pouvoir moyenâgeux, cette classe moyenne est en train de gagner en nombre et en conscience politique.  

Les durs événements vécus depuis les années 1990 ont constitué un vrai cours accéléré d’éducation politique pour la population, mais ont parfois aussi retardé la conscientisation de cette classe moyenne qui aurait dû accoucher de ses représentants politiques et syndicaux bien plus tôt pour aller à la conquête du pouvoir. La voie est désormais bien tracée mais le chemin est encore long et incertain.

Certes, le Hirak est un formidable accélérateur de l’Histoire, porteur de rêves et d’espoir, c’est en son sein que vont émerger les leaders de demain, ceux qui ont aujourd’hui 30-35 ans, qui donneront à ce mouvement les instruments politiques qui lui manquent pour réaliser le compromis politique historique que la Nation attend de nous tous.

Extrait de la contribution LE COMBAT INACHEVÉ DES PEUPLES DU MAGHREB. Source : Liberté-Algérie

 

Armée, Bouteflika, islamisme, France : les réponses de Tebboune

Par la rédaction de TSA-Algérie, 2 Juin 2021

Le président Abdelmadjid Tebboune a accordé une longue interview au magazine français Le Point dans laquelle il a abordé plusieurs questions liées au rôle de l’armée, à l’islamisme politique, aux relations avec la France, le règne du président déchu Abdelaziz Bouteflika.

 

 

« On ressemblait de plus en plus à une république bananière »

Tebboune a indiqué qu’à son arrivée au pouvoir après les élections présidentielles de décembre 2019, l’Algérie était « au bord du gouffre. »

«  Heureusement qu’il y a eu le sursaut populaire, le Hirak authentique et béni du 22 février 2019, qui a permis de stopper la déliquescence de l’État en annulant le cinquième mandat, qui aurait permis à la « issaba » [le « gang », conglomérat d’oligarques et de hauts responsables, NDLR], ce petit groupuscule qui a phagocyté le pouvoir et même les prérogatives de l’ex-président en agissant en son nom, de gérer le pays. »

Revenant sur son éphémère passage à la tête du gouvernement à l’été 2017, il a dit qu’il était « déjà convaincu que l’Algérie allait droit dans le mur, que si la déliquescence des institutions se poursuivait, elle allait aussi impacter l’État-nation même, pas uniquement le pouvoir. »

« On ressemblait de plus en plus à une république bananière, où tout se décidait dans une villa sur les hauteurs d’Alger [à Ben Aknoun, lieu de rencontre des oligarques et de leurs relais du pouvoir, NDLR] », a-t-il dit.

Rôle de l’armée

Le président Tebboune a expliqué que pendant son hospitalisation en Allemagne après avoir été infecté par le covid, il a constaté, « avec fierté, toute la fidélité de l’armée, avec à sa tête le chef d’état-major Saïd Chanegriha. Nous nous appelions tous les matins. »

Critique à l’égard des partis politiques, M. Tebboune affirme qu’il compte beaucoup sur deux piliers : « La jeunesse et le peuple ».

« Une multitude de nos partis ne sont pas représentatifs d’un courant d’idées, mais sont construits autour d’une personne qui s’éternise à leur tête, sans aucune volonté d’ouverture ou de réforme », a résumé Tebboune.

« Tous les partis réunis ne totalisent pas 800 000 militants, alors que nous sommes près de 45 millions d’Algériens ! Plus tard, peut-être, lorsque les institutions auront repris leur place et leurs fonctions, libérées du diktat de l’argent sale, on pensera à créer un parti présidentiel. Mais pas pour le moment », a-t-il dit.

Sur les législatives, il affirme : « Ce que j’observe à travers tout le pays ne dit pas que les Algériens, dans leur majorité, sont opposés aux élections ». Il affirme que l’opposition qui rejette les élections est « une minorité qui se présente comme une majorité grâce à une médiatisation à outrance, notamment outre-mer. »

« Certains ambassadeurs, malheureusement, ne voient que cette minorité et ne vivent qu’avec elle, et ignorent la majorité des Algériens, induisant en erreur les pays auxquels ils appartiennent… », critique-t-il, sans citer de noms.

L’islamisme radical « n’existera plus jamais » en Algérie

Pour lui, « il y a un engouement pour ces législatives, notamment chez les jeunes, alors que tout récemment, ils ne s’inscrivaient même pas sur les listes électorales. Il n’y a pas d’autre issue. Et tous ceux qui veulent entraîner le pays vers l’aventure sont en train de perdre leur temps. »

Enchaînant, et en réponse à une question sur le risque de voir le futur Parlement dominé par les islamistes, le président Tebboune ne semble pas du tout inquiet de cette éventualité. Pour lui, l’islamisme radical « n’existera plus jamais » en Algérie.

« Quelle est la définition de l’islamisme ? L’islamisme en tant qu’idéologie, celle qui a tenté de s’imposer au début des années 1990 dans notre pays, n’existera plus jamais en Algérie. Maintenant, l’islam politique a-t-il bloqué le développement de pays comme la Turquie, la Tunisie, l’Égypte ? Non. Cet islam politique-là ne me gêne pas, parce qu’il n’est pas au-dessus des lois de la République, qui s’appliqueront à la lettre », a soutenu Tebboune.

Sur l’armée, le président Tebboune, explique que son poids est une « réalité positive. » « Si nous n’avions pas une armée aussi moderne et aussi professionnelle, la situation en Algérie serait pire qu’en Libye ou en Syrie. » « L’armée ne fait plus de politique », assure le chef de l’Etat.

Tebboune indique que si l’armée « avait voulu prendre le pouvoir, elle l’aurait fait. C’était une demande populaire, le peuple l’appelait à faire cesser la comédie du cinquième mandat et la déliquescence de l’État. L’armée n’a pas pris le pouvoir et ne le prendra pas, parce qu’elle est légaliste. »

« Les Algériens attendent une reconnaissance totale de tous les crimes coloniaux »

Sur l’impact des poursuites judiciaires contre les oligarques sur les milieux d’affaires en Algérie, M. Tebboune est intransigeant : « Nous avons déjà fait plus que le nécessaire pour les rassurer. Nous avons réuni, à deux reprises, les patrons algériens ; nous avons pris des mesures dans les lois de finances. S’ils ont des choses à se reprocher, je n’y suis pour rien. La justice a pris tout son temps pour juger ceux qui ont indûment touché à l’argent public, on n’accuse personne à la légère. » 

Le président Tebboune a été interrogé aussi sur les relations entre l’Algérie et la France et le dossier de la mémoire. « Les Algériens attendent une reconnaissance totale de tous les crimes (…) Car pourquoi tient-on à la reconnaissance de ce qu’ont subi les Arméniens, les juifs, et ignore-t-on ce qui s’est passé en Algérie ? »

Tebboune explique que l’Algérie veut une « mémoire apaisée, reconnue. » « Cela dit, ce n’est pas la France de Voltaire, la France des Lumières que l’on juge. C’est la France coloniale. Nous n’oublierons d’ailleurs jamais que de nombreux Français ont rejoint le combat des Algériens, et aujourd’hui nous nous inclinons devant leur mémoire ».

Tebboune a balayé de la main toute demande d’indemnisation sur la période coloniale. « Nous respectons tellement nos morts que la compensation financière serait un rabaissement. Nous ne sommes pas un peuple mendiant, nous sommes un peuple fier et nous vénérons nos martyrs. »

Sur le rapport de Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie, Tebboune a dit qu’il est destiné au président français Emmanuel Macron « mais qui ne nous est pas adressé. »

Sur les relations algéro-marocaines, le président de la République a remarqué que le « Maroc a toujours été l’agresseur. » « Nous n’agresserons jamais notre voisin. Nous riposterons si nous sommes attaqués. Mais je doute que le Maroc s’y essaie, les rapports de force étant ce qu’ils sont. » Il a écarté l’ouverture des frontières avec « un vis-à-vis qui vous agresse quotidiennement », et écarté de nouveau toute normalisation avec Israël tant qu’il n’aura pas d’Etat palestinien.

Source : TSA-Algérie

 

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