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Publié par Saoudi Abdelaziz

Des Palestiniens manifestent devant la porte de Damas à Jérusalem, le 25 avril 2021 (AFP)

Des Palestiniens manifestent devant la porte de Damas à Jérusalem, le 25 avril 2021 (AFP)

Par Alaa Tartir, 29 avril 2021

Jérusalem connaît une fois de plus une action collective populaire, une réaction spontanée à l’injustice et l’oppression dans un contexte d’échec des instances dirigeantes locales. Les gens se sont lassés des slogans et programmes creux et ont décidé de prendre les choses en main. Toutefois, ce cycle de manifestations n’est pas viable sans un environnement social favorable qui transcende la géographie et les frontières.

Comme pour les vagues de colère qui ont éclos en octobre 2015 et en juillet 2017, l’action populaire actuelle à Jérusalem représente la résistance politique dans sa forme la plus dynamique. Ces actions collectives constituent un défi pour les autorités et les élites, ainsi que pour leurs allégations de représentativité.

Toutefois, la transformation de cette colère en mouvement social représentatif de l’ensemble du peuple palestinien requiert des efforts reposant sur les réseaux existants. Il faut une consolidation des objectifs collectifs en fonction d’un programme de libération du colonialisme et d’opposition aux autorités et élites oppressives.

Les Hiérosolymitains reconnaissent cette dynamique et ils savent qu’en transformant la vague de colère en mouvement plus général, ils se rapprocheront de l’émancipation et de l’auto-détermination. 

À cette fin, comme l’a fait valoir le politologue Hani al-Masri lors de la vague de manifestations de 2017, il y a quatre critères à respecter : une large adhésion populaire, la continuité, l’objectivité du programme et un leadership. 

Absence de leadership

L’actuelle action collective ne remplit pas l’ensemble de ces critères. La fragmentation géographique restreint la possibilité d’une adhésion populaire ; et si rien ne vient revigorer le mouvement, la volonté et la persévérance du peuple finiront inéluctablement par faiblir. Le programme, ou plan d’action, est toujours en cours d’élaboration et la voie pour transformer ces demandes essentielles et immédiates en demandes à plus long terme est un processus difficile mais nécessaire.

Cependant, l’absence de leadership constitue le plus gros défi. Il est primordial d’y remédier avec un véritable leadership représentatif et légitime qui montre la voie à suivre pour le régime politique après les actuels événements à Jérusalem.

L’action collective peut être brève ou durable, institutionnalisée ou révolutionnaire. Elle se transforme en action discutable lorsque utilisée par des personnes incapables d’accéder aux institutions représentatives pour reprendre en main l’action politique et lorsqu’elles défient les autorités répressives et les dirigeants politiques traditionnels – ainsi que leurs intérêts et vision étroite des choses.

Avec pour objectif ultime d’obtenir des droits nationaux, la bataille est longue et il ne faut pas crier victoire trop tôt. La véritable victoire nécessite de garantir des acquis et de poursuivre l’action populaire.

L’actuel réveil à Jérusalem est une nouvelle chance de se libérer du cycle répressif qui fait planer son ombre sur la vie des Palestiniens, pour porter la situation dans les rues, les allées et les lieux représentatifs de l’action politique.

Stratégie fédératrice

La résistance contre le colonisateur et les outils de la colonisation est nécessaire à l’émancipation. Il est possible d’oublier les gens quand ils sont dans un cycle répressif, mais pas lorsqu’ils sont engagés activement dans une action collective fédératrice et populaire. Cela ne s’applique pas uniquement au contexte palestinien mais à tous les projets de libération à travers le monde.

Pour développer une stratégie fédératrice, il faut un environnement propice – et il est impossible d’y parvenir avec le leadership politique qui prévaut. Ce qui ne fait que rendre cela plus urgent et pressant.

L’adhésion populaire à l’action concertée de masse vise à redéfinir le projet, le discours et les objectifs nationaux – sans compter qu’il faut recréer le régime politique, ses outils et ses institutions représentatives – qui sont des mesures correctives n’ayant que trop tardé. Si la portée et l’ampleur des diverses vagues de manifestations ont pu différer, la nouvelle génération de Palestiniens a montré à maintes reprises qu’elle était prête à s’engager dans cette direction.

Cependant, le facteur décisif sera au final l’adhésion des acteurs politiques à la résistance quotidienne des Palestiniens.

Ce n’est qu’alors que le fossé entre le peuple et ses dirigeants commencera à se combler, permettant aux Palestiniens de commencer à construire leur propre source de pouvoir après des années de défaites. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils seront véritablement prêts à affronter le projet colonial sioniste et les autres projets régionaux encourageant une résolution injuste.

L’équation n’est pas linéaire, et le jeu politique n’est pas simple. Nous ne sommes pas près de construire la base fédératrice désirée. Nous devons encore développer des visions, des programmes et des arguments afin de matérialiser les politiques et les mesures concrètes. C’est ce qui se passe, bien qu’on en soit encore aux premiers balbutiements. C’est la voie de l’espoir alors que la souffrance s’accroît.

* Alaa Tartir est directeur de programmes à Al-Shabaka: The Palestinian Policy Network, chercheur postdoctoral au Centre pour la politique de sécurité de Genève (GCSP), Suisse, et chercheur invité au Centre sur les conflits, le développement et la consolidation de la paix (CCDP) de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève.

Source : Middle East Eye

 

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