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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Deux versions s’opposent donc sur ce bombardement du 3 janvier, et la formation d’une commission d’enquête parlementaire, qui aurait accès aux documents militaires relatifs à ce raid, serait la bienvenue. A condition que Macron accepte, pour une fois, de voir des élus fourrer leur nez dans son domaine réservé..."

La dangereuse pratique de « l’antiterrorisme aérien »

Par  Claude Angeli. Le Canard Enchaîné, 7 avril 2021

La récente visite au Mali de Florence Parly, le 1er avril, devait, à en croire le cabinet de la ministre des Armées, démontrer « l’implication grandissante des Européens pour la stabilité du Sahel et leur détermination à poursuivre le combat au Mali face aux divers groupes terroristes ». Les conseillers de Parly se moquent du monde car, avant de « poursuivre le combat », encore faudrait-il que ces braves Européens l’aient vraiment commencé, alors qu’ils n’en sont qu’à leur premiers coups de feu.

La toujours maigrelette force « Takuba », censée accueillir 1 500 militaires venus du Vieux Continent, comme l’avait trop vite décidé Macron voilà deux ans, n’a réuni à ce jour que 300 Tchèques, Estoniens et Suédois, que rejoindront bientôt, paraît-il, 200 Italiens.

Mais, si le séjour de Florence Parly au Mali n’a pas fait un triomphe, c’est pour une tout autre raison. Deux jours avant son arrivée à Bamako, un rapport d’enquête de la Minusma (Mission des Nations unies pour la stabilité du Mali) venait d’être rendu public, accusant deux Mirage français d’avoir bombardé un mariage, le 3 janvier, non loin d’un village malien et provoqué la mort de 19 civils, parmi lesquels trois hommes armés. « Cette affaire nous est jetée à la figure depuis plus de deux mois, se lamente un diplomate, et ce rapport nous fait très, très mal. »

A plusieurs reprises, Florence Parly et François Lecointre, le chef d’état-major des armées, ont affirmé que ce raid, visant à « éliminer des terroristes », avait été décidé après les précautions requises et n’avait en rien causé la mort de villageois. Mais ces démentis n’ont pas convaincu ceux qui, au Mali et dans les autres Etats du Sahel, contestent toute présence de soldats français, qu’ils accusent soit de protéger des dirigeants corrompus, soit de se révéler incapables d’éliminer le danger terroriste.

Deux versions s’opposent donc sur ce bombardement du 3 janvier, et la formation d’une commission d’enquête parlementaire, qui aurait accès aux documents militaires relatifs à ce raid, serait la bienvenue. A condition que Macron accepte, pour une fois, de voir des élus fourrer leur nez dans son domaine réservé...

Echecs des chevaliers du ciel

« Il était logique, affirme un diplomate à la retraite, que l’état-major ait choisi de pratiquer la chasse aux terroristes depuis le ciel, mais la méthode n’est pas sans risques. » En résumé, la pratique de cet « antiterrorisme aérien », avec bombes et missiles guidés par laser, permet, selon les militaires, d’éviter nombre d’affrontements au sol, d’épargner la vie de soldats français et d’éliminer parfois quelques chefs djihadistes. Mais ces nombreux raids n’ont jamais réussi, depuis plusieurs années, à « éliminer toute menace terroriste » ni empêché les dirigeants du Mali et du Burkina Faso de négocier avec des chefs djihadistes, sous le prétexte d’« une nécessaire réconciliation nationale ».

Enfin, comme on l’a vu, cette pratique autorise tous les soupçons, quelles que soient les précautions prises avant chaque raid de Mirage ou de drones tueurs.

Source : Le Canard Enchaîné

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