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Publié par Saoudi Abdelaziz

La réforme de l’assurance-chômage, suspendue pour cause de pandémie, devrait finalement entrer en application le 1er juillet prochain. Un projet politique anti-social au possible. On en parle avec Pierre-Édouard Magnan, président du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP).

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc, 23 avril 2021. Regards.fr

Regards. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la réforme de l’assurance-chômage ? Qu’est-ce que ça va changer concrètement ?

Pierre-Édouard Magnan. Il y a deux grands axes. Le premier, c’est qu’on va modifier la durée pendant laquelle il aura fallu travailler pour avoir droit au chômage. Avant, il fallait avoir travaillé 4 mois dans les 28 derniers mois pour avoir droit à 4 mois de chômage. Avec la réforme, il faudra avoir travaillé 6 mois dans les 24 derniers mois pour avoir droit à 6 mois de chômage. Pour simplifier : avant, il fallait avoir travaillé 1 jour sur 7, demain il faudra travaillé 1 jour sur 4. Cette première partie a d’ailleurs déjà été appliquée avant d’être suspendue. Le deuxième axe de la réforme, lui, est beaucoup plus dégueulasse. Il devait se mettre en place au 1er novembre 2020 mais a été reporté, pour l’instant, au 1er juillet 2021.

Aujourd’hui, quand vous avez cotisé, pour calculer vos allocations, on vous calcule un salaire journalier de référence : grosso modo, vous avez travaillé 10, 15 ou 30 jours, on prend votre salaire et on le divise par 10, 15 ou 30. Avec la réforme, si sur un mois vous n’avez travaillé que 15 jours, on les divisera par 30. On passe d’un salaire journalier à un salaire mensuel. Du coup, de manière mécanique, on va diminuer les allocations chômage. Même l’Unedic annonce que ça va impacter négativement plus d’un 1,1 million de chômeurs.

Le changement de mode de calcul va concerner les gens qui alternent chômage et emploi dans un même mois. Pour les gens ayant travaillé à temps-plein, ça ne changera rien. Le « diviser pour régner » de cette réforme est assez redoutable. Il y a un troisième point aussi : le retour de la dégressivité des allocations pour les plus hauts revenus – ce qui n’a aucun impact positif sur le retour à l’emploi. Certes, on ne va pas organiser de manifestation pour eux, mais une fois que la dégressivité est entrée par la fenêtre… On craint qu’elle se réinsinue partout.

Est-ce qu’on entre dans une ère post-indemnisation chômage ? Quel est l’objectif politique ?

On est assez convaincu que l’assurance-chômage est en train d’être tuée. Il n’y a plus de cotisations chômage sur les feuilles de paie. Du coup, c’est l’État, via la CSG, qui abonde les caisses de l’Unedic. La seule chose qui reste d’assuranciel, c’est le calcul de l’assurance-chômage qui est toujours fait en fonction de ce que vous gagniez avant. J’ai une petite idée d’où ils veulent aller avec tout ça…

Une de mes grandes craintes, c’est qu’on finisse par couvrir le chômage avec une part minimum obligatoire qui, peu ou prou, s’apparenterait au RSA. En parallèle, on mettrait en place un système complémentaire privé (totalement privé, l’Unedic, c’est déjà du privé !). Le chômage, contrairement à ce qu’on pense, est un risque très bien assurable, il s’évalue bien, il s’anticipe bien – je parle de manière statistique. On va créer des inégalités entre ceux qui ont les moyens de s’assurer et ceux qui choisiront de mettre leur argent dans les courses… Voilà l’idée qu’ils ont derrière la tête, à mon avis. Ils ne sont pas les premiers, mais ils ont mis le pied sur l’accélérateur.

« Si on veut changer profondément l’assurance-chômage, il faut une réforme de la protection sociale assise sur une réforme de la fiscalité, tout en remettant sur la table la question de la réduction du temps de travail. »

Y a-t-il le moindre aspect positif, la moindre mesure de progrès social, dans cette réforme ? Qui en profite ?

Non. Avec cette réforme, l’État va diminuer ses dépenses de 3 milliards. C’est le seul objectif. Ce qui est sûr, c’est que les chômeurs ne sont pas à la fête depuis 20, 30 ans. C’est une longue histoire de recul de droits. Les chômeurs, on peut leur taper dessus autant qu’on veut, tout le monde s’en fout. Et les politiques s’en donnent à cœur joie !

Le 28 février dernier, Élisabeth Borne, ministre du Travail, déclarait : « Je suis une femme de gauche. La justice sociale et l’égalité des chances sont les combats de ma vie. Et c’est en Emmanuel Macron que j’ai trouvé leur meilleur défenseur. » Ça vous fait quoi d’entendre ça ?

Je me demande si le Covid ne perturbe pas l’esprit. Si elle était une femme de gauche, elle ne parlerait pas d’égalité des chances, mais d’égalité des droits.

Selon vous, en quoi consisterait une véritable réforme de l’assurance-chômage de gauche ?

Il faut repenser la protection sociale. Il faut un système financé sur la valeur créée par l’ensemble de l’activité économique – et non pas seulement les salaires. Il faut imaginer un certain nombre de critères de versement qui intègrent l’ensemble du monde du travail d’aujourd’hui.

Il faut qu’on sorte de la vision qui considérerait que le monde du travail idéal est celui du salariat. Il faut tenir compte de la myriade de situations comme celle des auto-entrepreneurs par exemple. Mais si on veut changer profondément l’assurance-chômage, il faut une réforme de la protection sociale assise sur une réforme de la fiscalité, tout en remettant sur la table la question de la réduction du temps de travail.

 Source : Regards-fr

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