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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le défunt fut pendant de nombreuses années le secrétaire général de l'union locale UGTA de Rouiba. Vaste zone industrielle, devenue un puissant bastion ouvrier aux portes d'Alger. A la veille des émeutes d'octobre 1988, c'étaient des milliers de travailleurs bien organisés qui s'apprêtaient à "monter sur la capitale". Le 5 octobre, ils ont été pris de vitesse. Les "services" de protection du système ont réussi à changer les acteurs principaux du soulèvement prévisible. 

 

Mokdad Messaoudi tire sa révérence : Le Mouvement syndical perd un de ses leaders

Par Ramdane Koubabi , 3 avril 2021

Cela fait quelques jours que nous l’avions eu au téléphone. Malgré l’effet de la maladie qui l’avait cloué au lit, Mokdad Messaoudi était impatient de reprendre le chemin de la lutte.

Photo DR

Le défunt s’est dit «ulcéré par les déclarations des ministres du Travail quant à la nécessité de porter l’âge de départ à la retraite à 65 ans». Tribun hors pair, Mokdad était le leader incontesté du Mouvement ouvrier dans les zones industrielles de Rouiba et Réghaïa. La nouvelle de sa mort, intervenue mercredi dernier, est tombée tel un couperet sur les 80 000 travailleurs de ces deux zones, qui ont de tout temps dénoncé les politiques antisociales des gouvernements successifs et des oligarques de l’ancien régime. Très touchés, ses camarades parlent «d’une grande perte pour l’Algérie».

«Mokdad est une valeur sûre du mouvement syndical. Malgré les errements de la direction de l’UGTA, il a toujours défendu les droits des travailleurs. Après l’avènement du hirak, il a dénoncé énergiquement la dérive de Sidi Saïd et son soutien au régime de Bouteflika. Il fut l’un des initiateurs du mouvement de réappropriation de la centrale syndicale en vue de sa restitution à la base. C’était son dernier combat, mais il a été isolé par les responsables de l’UGTA car ils savaient qu’il représentait un danger», dira Nordine Bouderba, syndicaliste et expert en questions sociales.

Toujours à l’écoute de la base, Mokdad Messaoudi fut à l’origine de toutes les protestations organisées à Alger et Rouiba contre la politique de privatisations des entreprises publiques et l’annulation de la retraite anticipée. Durant l’ère de Bouteflika, il était l’ennemi juré de Sidi Saïd et l’oligarchie. Avec son franc-parler et son humour, il a une manière bien à lui d’haranguer les foules.

Un infatigable battant

En mars 2015, il a fait sortir plus de 5000 employés de la SNVI dans la rue pour exiger la récupération d’un vaste terrain qui était exploité illégalement par Tahkout Mahieddine. D’aucuns savent que quand cette importante zone industrielle tousse, le pouvoir éternue. «On ne doit pas oublier aussi que la loi sur la retraite allait être abrogée en 2009 avant que cela ne soit reportée grâce à la mobilisation des travailleurs de Rouiba», se rappelle encore M. Bouderba, soulignant que le taux «de syndicalisation» dans les entreprises privées y est le plus élevé à l’échelle nationale et tout cela grâce au courage et à l’engagement de «l’homme au béret noir».

Hamoud Ibaouni, ancien syndicaliste et ami du défunt, rend «hommage à un syndicaliste aux convictions inébranlables». «Mokdad avait été élu à la tête de la section syndicale de la SNVI alors qu’il n’avait que 19 ans. Depuis, il n’a jamais cessé de se battre contre les inégalités salariales, la baisse du pouvoir d’achat et du SNMG, le maintien de l’IRG, l’annulation de la retraite anticipée, etc», a-t-il témoigné. Le défunt était connu aussi pour sa modestie et son intégrité.

Mohamed Benmouloud, ancien syndicaliste à la SNVI et un de ses camarades de lutte, parle d’un «homme d’une honnêteté inégalée». «Mokdad a consacré toute sa vie pour le syndicat. Ce n’est pas un affairiste comme il y en a tellement de nos jours», a-t-il certifié, ajoutant que la meilleure façon de lui rendre hommage est de continuer son combat.

Source : El Watan

 

EVOCATION. Mokdad Messaoudi défenseur résolu du pouvoir d’achat des salariés

“Les résultats de la tripartite sont un leurre”

 5 octobre 2011. Liberté

Plus de 500 syndicalistes de la zone industrielle de Rouiba se sont rassemblés hier devant le siège de l’union locale UGTA pour dénoncer les résultats de la « Tripartite ».

“Contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, les décisions de la tripartite n’ont rien apporté aux travailleurs mais elles ont plutôt servi le patronat”, a d’emblée lancé M. Messaoudi secrétaire général de l’union locale de Rouiba avant de mettre à nu l’augmentation de 3 000 DA du SNMG. “Cette augmentation tant galvaudée et qui ne concerne qu’une piètre catégorie de bas salaires induira de facto une hausse de l’IRG et une diminution des allocations familiales qui passeront de 600 da à 300 da”, a-t-il expliqué avant de s’interroger sur l’autosatisfaction exagérée, affichée par certains responsables syndicaux devant les médias et cela avant et après la tripartite alors que tout le monde sait que cette tripartite a beaucoup servi le patronat, précisera-t-il.

 L’orateur s’est étonné sur les atermoiements incessants pour la révision du 87 bis. “Pourquoi un groupe de travail alors que l’article 87 bis nécessite une simple décision pour sa suppression”, et d’ajouter : “Sans la suppression de cette disposition aucune revalorisation des salaires n’est possible.”

 Sur l’IRG, les syndicalistes de Rouiba ont dénoncé le fait que seuls les salariés continuent à s’acquitter de cet impôt mais pas les grands commerçants et les barons de l’importation, affirment-ils.

 Sur le déficit supposé de la caisse de sécurité sociale, M. Messaoudi a invité le ministre du Travail à “chercher l’argent auprès des entreprises privées qui ne déclarent pas leurs travailleurs à la sécurité sociale”. Les protestataires se sont également interrogés sur “la situation des retraités qui se sont acquittés de l’IRG pendant 40 ans et qui continent à le faire maintenant avant de fustiger certains responsables du SGP accusés d’enrôler des retraités pour diriger les entreprises”.

“Ils nomment des retraités incompétents à la tête des entreprises pour faire ensuite la chasse aux jeunes et mener les unités de production à la ruine”, dira-t-il en citant l’exemple des travailleurs licenciés de l’Aurassi et ceux de l’ERC de Rouiba présents à ce rassemblement.

 

L’orateur a saisi cette occasion pour répondre à ceux qui accusent les syndicalistes de Rouiba de faire de l’agitation. “Nous sommes des patriotes et nous aimons notre pays c’es pourquoi que notre conscience et notre devoir ne nous permettent pas de rester les bras croisés devant de telles situations d’injustice, et chacun sa conscience”, dira-t-il.

 Par ailleurs et dans une déclaration rendue publique hier, les syndicalistes de Rouiba affirment que “les résultats de la tripartite auront été une grande désillusion et une déconvenue pour les travailleurs actifs et les retraités”.

Le document précise que “les améliorations salariales suggérées en grande pompe ne sont en fait qu’un leurre dès lors que ce sont les cadres dirigeants des entreprises dont les salaires sont indexés sur le SNMG qui tirent le grand bénéficie”.

 Le document ajoute : “Mais cette tripartite aura été incontestablement prolifique et féconde aux patrons des sociétés privées, grands importateurs de produits de consommation et grands absents des industries créatives qui auront vu leur cupidité largement récompensée.” Les syndicalistes ont pris la décision d’organiser incessamment un sit-in devant le siège de l’UGTA à Alger et menacent de durcir leurs actions si leurs doléances ne sont pas prises en considération.

 À noter que les travailleurs licenciés de l’unité de récupération de Rouiba ont menacé hier de s’immoler devant le tribunal avant d’être empêchés par les cadres syndicaux de Rouiba.

 Liberté, 5 octobre 2011. 

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