Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Cette chronique a été écrite et lue sur Radio Corona à l’occasion des 100 ans de Me Ali Yahia Abdennour, qui vient de nous quitter. 

Un centenaire cela se fête. Le centenaire d’un homme qui a consacré l’essentiel de sa vie à la lutte pour la liberté et la dignité encore plus. Je rends grâce du fait que Ali Yahia Abdennour est toujours vivant pour entendre les hommages unanimes qui lui sont rendus.

J’imagine qu’il doit en sourire, lui qui a essuyé toutes vilenies possibles pour son engagement  Cet homme a défendu tout le monde, gauchistes, communistes, berbéristes, islamistes, syndicalistes, arabisants, francisants.. et il l’a fait avec une forte et égale conviction. Et ne s’agit pas simplement d’une attitude d’avocats qui défend une clientèle diversifiée. Pour Me Ali Yahia, c’est autant un sacerdoce qu’un engagement politique. 

Un défenseur radical des droits de l’homme

Contrairement à ce que peuvent suggérer les hommages actuels – et ils sont les bienvenus tous, certains peuvent être pris comme une contrition, une demande de pardon   – Ali Yahia Abdenour, n’a pas été “consensuel” car il a été défenseur radical des droits de l’homme. Et il en a reçu des insultes pour son refus de saucissonner les droits de l’homme, chose courante en Algérie où l’adversaire politique est catalogué comme ennemi, voire dépouillé de son humanité. Ali Yahia Abdennour a subi toutes les accusations possibles car il considère qu’un militant des droits de l’homme ne doit pas choisir entre les victimes de la violence et de la répression mais qu’il doit les défendre toutes. Ali Yahia est un progressiste mais il n’a jamais accepté l’idée qu’il fallait défendre les siens et abandonner les autres. Dieu sait que cela n’est guère évident, cette capacité de dépasser ses propres parti pris.

Au coeur des années terribles 

 La pire période pour l’Algérie et pour maître Ali Yahia a été les années 90. Il était contre l’arrêt du processus électoral qu’il considérait comme un coup d’Etat, il s’est battu comme un diable contre les cours spéciales, il a été signataire du contrat de Rome. On avait eu au lendemain des évènements d’octobre 1988, la mise en place d’un comité national contre la torture, dirigé par ce qu’on appelle des progressistes. Ils ont fait du bon boulot. Mais en 1992, ils ont choisi de se saborder pour ne pas avoir à s’occuper des choses malsaines qui arrivaient et dont seront victimes leurs adversaires. 

Un humain est un humain

Rien de tel chez Ali Yahia, un humain est un humain et il se défend contre l’arbitraire et peu importe ses convictions ou ses idées. Je le cite: “J’ai défendu les prisonniers de toutes les couleurs politiques de l’arc-en-ciel. Quand les droits de l’homme sont bafoués, je ne cherche pas à savoir si la victime est démocrate ou islamique pour lui porter aide et assistance. Il n’y a pas de différences entre toutes les victimes de la répression, affectées du même coefficient d’humanité, car les droits de l’homme sont au-dessus de tous les clivages politiques ou idéologiques.” 

Tout Ali Yahia est dans cet impératif catégorique. Et pour cette raison, les pires insultes sont venues de ceux qui étaient en théorie étaient dans son camp naturel, les progressistes ou démocrates, durant les années 90. Certains, oublieux qu’il les avait défendus, le traitaient d’avocat des “intégristes”, d’autres n’ont pas hésité à lui faire un procès en trahison, ainsi qu’à Ait Ahmed et Mehri, après la signature du contrat de Rome.

C’est durant cette période que l’expression censée être méprisante de « droit de lhommiste » a été lancée. Nous avons été heureux d’avoir un Ali Yahia, droit de l’hommiste impénitent dans la vie de ce pays, son parcours est une leçon. Joyeux anniversaire maître. 

Source : 24H-dz

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article