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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Ahmed Halfaoui, écrivain journaliste, 17 avril 2021

Lorsqu'il a été décidé de privatiser le parc immobilier destiné au logement, personne ne pouvait imaginer que, plus d'une vingtaine d'années plus tard, l'Etat serait confronté à des émeutes à chaque distribution de logements. La stratégie libérale, présentée à l'époque comme une solution efficace, sous le prétexte qui se voulait sans appel de désengager les pouvoirs publics d'une gestion d'ordre privé, n'en finira pas d'avoir des répercussions à l'opposé de l'effet recherché. Le logement livré à la spéculation est transformé en source inespérée d'accumulation.

Les premières cessions des biens aux locataires, ont fait nombre d'heureux propriétaires d'un capital défiant les espoirs les plus fous. Certains ont pu acquérir, selon l'évaluation patrimoniale qui avait été conçue sur la base de l'ancienneté de la construction, des résidences ou des locaux commerciaux dont la valeur marchande, immédiatement réalisable, en faisait des multimillionnaires, voire des milliardaires, sans feu ni lieu.

Ce fut la première étape. La seconde, que nous vivons, se caractérise toujours par un grand écart entre les prix de vente et les prix pratiqués sur le marché. Le ton étant donné, beaucoup sautent sur l'aubaine. Obtenir un logement cédé par l'Etat ou ses démembrements équivaut à s'assurer une marge financière des plus confortables, qui peut faire d'un simple salarié, un millionnaire en dinars, au moins un rentier si au lieu de le revendre, il le met en location. Et le cycle continue à l'infini.

En regard des enjeux, à chaque programme " destiné à résorber le déficit en logements ", des nuées de prétendants se présentent. Parmi eux, il n'y a pas que ceux qui sont dans le besoin. Et pour cause, quelles que soient les garanties données en matière de transparence, les listes des bénéficiaires sont contestées. Aux frustrés légitimes éliminés pour être " moins nécessiteux " que d'autres, mais nécessiteux quand même, s'ajoutent les prédateurs aux dossiers non moins convaincants. En face, la crédibilité très entamée de l'administration. La réponse : la violence émeutière où il est difficile de distinguer les uns et les autres. Conséquence : une impasse illustrée par un paradoxe. Distribuer des logements équivaut à remettre en cause la paix sociale.

Pourtant, autour de ce phénomène, le plus grand nombre qui n'a pas les ressources suffisantes pour l'acquisition en propre d'un toit, a recours à la location…auprès le plus souvent de ceux qui ont su jouer des coudes dans la mêlée. A tous égards, la société n'a pas fonctionné selon les promesses des partisans de la libéralisation. N'est-il pas temps alors, de revenir à une politique pratiquée y compris dans les bastions du capitalisme ? Celle des habitations à loyer modéré (HLM). Le premier résultat sera l'élimination des spéculateurs, au grand profit des millions de ménages qui ne cherchent qu'un lieu de vie et non l'affaire rêvée. Ce qui est certain est que la tension retombera de plusieurs crans. Chiche ! Une opération pilote, accompagnée d'une information claire sur la problématique, ne coûte que de l'avoir tentée.

A moins que la volonté de promouvoir à tout prix le tout-privé, soit aveuglante au point d'entretenir une situation explosive.

Source : Facebook

 

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