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Publié par Saoudi Abdelaziz

« On se demande s’il y a des instructions non officielles pour maintenir cet état d’esprit et ce statu quo ».

Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique : «Le ministère doit intervenir pour lever les entraves à la liberté syndicale»

Entretien réalisé par Sihem Bounabi, Reporters-dz
25 mars 2021

La protestation gagne du terrain dans les rangs des praticiens de la santé publique. Dans cet entretien, le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) aborde les raisons de cette grogne. Il appelle à l’intervention de la tutelle pour la prise en considération des doléances des protestataires et à mettre fin à des pratiques d’intimidation. Il revient également sur les lourdeurs administratives pour la reconnaissance officielle et formelle de la Confédération des syndicats algériens…

Reporters : Il y a de plus en plus de sit-in de protestation organisés dans plusieurs wilayas par les délégués du SNPSP, dont le plus récent est celui qui s’est déroulé dans la wilaya d’Aïn Defla, quelles en sont les raisons ?

Lyes Merabet : Il s’agit avant tout de dénoncer les situations d’entrave à l’activité et la liberté syndicales dans plusieurs wilayas, telles que Relizane, Touggourt, Blida et celles de l’Est. Toutes ces situations sont posées depuis des mois au niveau du ministère de la Santé, il y a même des procès-verbaux de réunion qui sont consignés et des engagements pour intervenir et lever ces obstacles et mettre un terme à ces situations. Malheureusement, pour certaines situations rien n’a été fait. Pour d’autres, il y a des démarches qui ont été faites, mais cela traîne et on ne comprend pas pourquoi tout ce retard dans la mise en place du respect de la réglementation.

Le droit syndical est un droit protégé par les lois de la République algérienne et inscrit dans la Constitution. C’est un acquis pour les travailleurs algériens. Nous demandons à ce que l’administration soit à égale distance avec les syndicats. Le rôle de l’administration n’est pas de faire de la propagande pour certains syndicats et entraver le fonctionnement pour d’autres surtout les syndicats autonomes. Mais dans la tête de beaucoup de responsables, il n’y a pas de changement, bien que l’on parle d’une nouvelle Algérie. Bien au contraire, on est toujours dans les mêmes réflexes.

Justement, comment expliquez-vous ce comportement de l’administration des structures de santé ?

Sincèrement, il est difficile d’avoir une réponse logique. On se demande s’il y a des instructions non officielles pour maintenir cet état d’esprit et ce statu quo. Ou bien est-ce un excès de zèle de la part de certains responsables ? On est un peu perdus dans notre analyse, c’est ce qui pousse nos collègues dans les différentes wilayas à se déplacer et d’être solidaires dès qu’il y a un sit-in.

On a un syndicat qui existe et qui a un «agrément», et plus précisément depuis 1990. On a pratiquement 31 ans d’existence, malheureusement, dans l’approche de certaines administrations, un syndicat autonome n’est pas le bienvenu et elles mettent des entraves au niveau des adhérents. C’est-à-dire que ceux qui adhèrent à un syndicat autonome sont traités de manière différente par rapport aux adhérents d’autres syndicats.

Quelles sont les entraves que subissent les délégués du SNPSP ?

Ce que subissent les délégués syndicaux est très grave. Ils subissent carrément d’énormes pressions au nom de l’administration. C’est un harcèlement administratif, en l’occurrence, des sanctions de toutes parts. On les empêche d’exercer et de fonctionner d’abord, en tant que professionnels de la santé et, ensuite, en tant que syndicalistes. C’est une manière de faire peur à tout le monde. Lorsque le délégué, qui est le représentant du syndicat autonome, subit ce genre de situation, que dire de ce que subissent les adhérents et les adhérentes.

Je tiens à préciser que je parle des adhérentes, car il faut savoir que la majorité des praticiens sont des femmes. Le corps de la Santé est féminisé à près de 90 %. Si je prends le cas de Aïn Defla, on est dans une wilaya de l’intérieur où les traditions sociales pèsent énormément pour pouvoir trouver des femmes qui ont le courage d’accepter de s’engager en tant que déléguées syndicales. Il faut savoir aussi que même lorsqu’elles adhèrent simplement à un syndicat autonome, beaucoup de nos adhérentes connaissent des problèmes et des soucis jusqu’à les pousser au chantage : «Vous démissionnez, sinon vous allez continuer à subir des pressions de l’administration».

C’est pour cela que le slogan des sit-in organisés a été «halte à la hogra», «oui aux libertés syndicales» et «non à l’ingérence de l’administration». Nous demandons la levée de toutes les entraves et blocages de la part de la tutelle. Le ministère de la Santé doit agir rapidement, parce que c’est un dossier qui traîne à leur niveau depuis des mois.

Source : Reporters-dz

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