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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le rôle exorbitant des services de sécurité (de l’Armée en Algérie),  dans le fonctionnement et la conduite césariste de l’Etat est une réalité incontestable sur la longue durée. Devenu, depuis une vingtaine d’années, l’enjeu central des luttes pour son contrôle entre les principaux clans, ce rôle est de plus en plus évidemment une malformation nuisible de l’Etat algérien. Le phénomène s’est accéléré pendant les quatre présidences Bouteflika.

ANALOGIES HASARDEUSES

Par Saoudi Abdelaziz, 15 décembre 2012

Le régime présidentiel de type césariste a sans doute fait son temps en Algérie. Après l’épisode pitoyable du Chadlisme, le sursaut désespéré de Mohamed Boudiaf, la morne résignation de Lamine Zeroual, Bouteflika a essayé de renouer avec la conduite épique de Houari Boumediene.

Mais ses velléités héroïques ont buté devant les mécanismes a-constitutionnels stériles imprimés à l’Etat algérien et à la fonction présidentielle, durant les années 80 et 90. A quoi s’ajoutent sans doute les handicaps dus à sa santé.

 Antonio Gramsci distinguait trois types de césarisme : le premier est « progressif » le second est « régressif »  le troisième est « de caractère intermédiaire épisodique ».

La différence fondamentale entre le césarisme présidentiel à la Boumediene et ceux qui ont suivi pourrait être recherchée dans les analyses d’Antonio Gramsci, qui écrit que le premier 

« a repré­senté la phase historique de passage d'un type d'État à un autre type d'État, un passage où les innovations furent si nombreuses et d'une telle importance qu'elles représentent une véritable révolution ». Le césarisme qui suivra étant « limité », « sans passage d'un type d'État à un autre type ».

 Dans sa première phase « progressive, représenté historiquement par Napoléon Bonaparte, « Les forces militaires régulières ou « de ligne» étaient un élément décisif pour l'avènement du césarisme, qui se manifeste par des coups d'État bien précis, par des actions militaires », écrit Gramsci qui notera l’évolution ultérieure :

« le césarisme, plus que militaire, est policier ».

 Depuis la perte à la fin des année 60 du rôle institutionnel dominant de l’armée de ligne, en Algérie, comme on le sait, la désignation du président de la république est la résultante d’une compétition entre les clans et les groupes d’intérêts dominants, dans lesquels les généraux d’une sorte de  Première armée politique jouent leur rôle, pendant que la seconde armée, technique, l’ANP, continue ses missions habituelles de défense nationale.

 En Algérie, les présidents pour être adoubés proposent un programme  susceptible d’être accepté par cette machine à consensus qu’on a baptisé du terme orwellien de Système. Ce qui fait la différence entre les différents postulants inscrits dans le casting présidentiel réside probablement dans le choix des instruments de réalisation de ce programme, dans les moyens d’assurer ce consensus et de l’appliquer : organisation de la sélection des cadres et du personnel dirigeant, contrôle médiatique et social de la population, répression des atteintes au Système, surveillance de l’armée de ligne.

Depuis une trentaine d’années, ce rôle est assigné aux différents Services de sécurité, chargés dans leur ensemble de protéger et d’organiser cet équilibre présidentiel et de l’imposer à la société. Jusqu’à quand ?

 Source : GRAMSCI, Boumediène, Chadli, Zeroual et Bouteflika

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