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Publié par Saoudi Abdelaziz

2 mars 2021, Mediapart

Photo DR

L’économiste, ancien président de l’Association marocaine de défense des droits humains, militant de Transparency Maroc, a été filmé, à son insu, dans son intimité, des scènes divulguées dans son entourage et celui de sa compagne. Il dénonce des pratiques généralisées de chantage et d’humiliation pour réduire au silence les opposants. Membre du conseil d’administration de l’ONG Transparency Maroc, dédiée à la lutte contre la corruption, Fouad Abdelmoumni, 62 ans, est un économiste du développement reconnu au-delà des frontières du royaume chérifien pour son expertise dans le domaine du microcrédit. Il est aussi une figure de la défense des droits humains. Ce qui, dans le Maroc d’aujourd’hui, est risqué. Emprisonné sous Hassan II, à l’âge de 19 ans puis à 25 ans, il reste depuis lors sous étroit contrôle policier. 

Fouad Abdelmoumni assure être la cible, depuis plus d’un an, de l’une des plus terribles méthodes répressives : la divulgation de scènes intimes, en compagnie de sa partenaire, pour exercer un chantage, humilier, salir, compromettre.

En février 2020, peu avant son mariage, ses beaux-parents et plusieurs de ses proches ont reçu sept vidéos enregistrées à son insu dans sa résidence secondaire : des scènes filmées lors de relations sexuelles avec sa partenaire. Au Maroc, les relations sexuelles hors mariage sont interdites. 

Par Rachida El Azzouzi et Rosa Moussaoui (L’Humanité)

Vous avez confié à plusieurs médias internationaux avoir été filmé à votre insu dans votre intimité chez vous, lors de relations sexuelles avec votre partenaire. Pouvez-vous nous raconter ce qu’il vous est arrivé ?

Fouad Abdelmoumni : Le 13 février 2020, plusieurs personnes m’ont prévenu qu’elles avaient reçu sur leur messagerie WhatsApp des vidéos de moi et ma partenaire filmées à notre insu dans notre intimité. J’ai pu le constater à mon tour en les recevant. 

Ces séquences ont été prises par des caméras miniatures dissimulées dans des appareils de climatisation, dans deux pièces : le salon et la chambre. Des appareils extrêmement sophistiqués car la prise de son est très bonne, alors que les caméras étaient cachées dans des appareils qui vibrent, font du bruit. 

Vous accusez des « groupes mafieux liés à l’État marocain » décidés à vous faire taire. C’est une accusation lourde… 

Ces vidéos avaient déjà été annoncées, avant leur diffusion, par un site de diffamation, ChoufTV, réputé très proche des services de renseignement, qui avait menacé de me « casser », de divulguer mon intimité si je ne me tenais pas à carreau. Il est évident qu’un appareil au cœur de l’État marocain use et abuse des capacités et moyens de l’État pour terroriser les gens. 

N’importe qui ne peut pas entrer chez moi et en sortir, y installer des engins aussi sophistiqués dans divers endroits de la maison, puis ensuite revenir pour retirer ces appareils, en synchronisation avec un site connu pour me diffamer et me menacer à chaque fois que je prends position, en particulier sur les questions des libertés et de la répression au Maroc. 

Pour quelles raisons seriez-vous pris pour cible ? 

Cela m’arrive après des mois de harcèlement, de menaces, de vexations, y compris sur le plan fiscal, d’appels téléphoniques malveillants de la part de personnes se réclamant des services de police, à moi-même et à des proches. En octobre 2019, j’ai su par le Citizen Lab de l’université de Toronto [spécialisé dans le domaine de la cybersécurité – ndlr] que mon téléphone avait été hacké par le logiciel espion Pegasus de l’entreprise israélienne NSO, comme 1 400 autres activistes et journalistes dans le monde. 

Au Maroc, avec sept autres personnes concernées, nous avions alors signé un courrier et un communiqué adressés à l’administration marocaine pour dénoncer cet état de fait. Et cela avait contribué à aggraver la diffamation et les menaces. Le plus inquiétant pour moi : j’ai la conviction aujourd’hui que des appareils de l’État marocain s’attaquent aux élites marocaines. Soit pour les intégrer par la corruption et la rente, soit pour les terroriser par les attaques ou la menace d’attaques. 

Mais pourquoi vous ? 

Je tiens un discours de vérité. Même les gens qui partagent mon point de vue se taisent, car le pays est tenu par la terreur. Les gens sont terrorisés de dire ce qu’ils pensent et croient car le prix à payer peut-être très fort. 

Je ne suis pas la première cible de comportements orduriers, de type mafieux, en conjonction avec les appareils policiers et judiciaires. Aujourd’hui, les tenants réels du pouvoir au Maroc, n’ayant pas de réponse à apporter à la montée des frustrations et des revendications sociales, font payer très cher toute contestation. 

Un certain nombre de militants sont en prison. Les activistes du « Hirak » du Rif ont été condamnés, pour certains, à vingt ans de prison. Plusieurs journalistes aussi sont derrière les barreaux, accusés de violences sexuelles, viols, trafics d’êtres humains, etc. C’est le cas de Taoufik Bouachrine, Omar Radi, Soulaimane Raissouni et bien d’autres. La liste reste ouverte.

Je suis un ancien président de la plus grande association marocaine, l’Association marocaine de défense des droits humains (AMDH), je demeure actif en son sein, je suis l’ancien secrétaire général de Transparency Maroc, qui combat la corruption, membre du conseil pour la région MENA de l’ONG Human Rights Watch, je suis reconnu dans le monde de l’économie du développement pour ce qui est de l’inclusion financière. 

Je me suis exposé publiquement, je ne peux pas être accusé de vouloir ériger un État théocratique ou une dictature du prolétariat. Mes positions dérangent lorsque je dénonce la prédation, les liens incestueux entre le pouvoir et l’argent. 

Pourquoi ces attaques surviennent-elles aujourd’hui ? 

Au Maroc, l’autoritarisme et la prédation sont à bout de souffle. L’État se montre incapable d’apporter des réponses satisfaisantes pour la stabilisation de la société. Nous vivons une descente aux enfers en matière d’inclusion économique, d’emploi, de création de richesses. Toutes les perspectives ne promettent que détériorations. 

Dans ce contexte, la montée des frustrations, la liberté de parole prise par une population de plus en plus éduquée, tous ces facteurs mettent l’État marocain au pied du mur : il ne peut plus faire face aux révoltes, aux critiques. Il est incapable d’apporter des propositions solides, convaincantes pour satisfaire les demandes de la société marocaine. 

À la fin de l’année 2019, nous avions organisé un groupe de travail contre l’absolutisme et la corruption. Cette initiative a dérangé. Le Makhzen [l’appareil monarchique – ndlr] redoute plus que tous les rapprochements. Dans ce groupe, des militants de la gauche radicale côtoyaient des islamistes. De quoi susciter l’inquiétude en haut lieu, où l’on a décidé de frapper un grand coup. C’est à partir de ce moment-là, aussi, que l’historien Maati Monjib a commencé à être sérieusement inquiété.

Vous utilisez des mots extrêmement durs. Vous parlez de « viol », d’« assassinat moral », d’une stratégie qui vise à jeter l’opprobre sur les opposants. Une telle stratégie relèverait-elle de l’État en tant que tel ou de certains de ses secteurs ? 

Cette stratégie a plusieurs étages. Le premier, c’est celui d’un discours formel, juridique, pour prétendre que le droit est respecté. Mais il est tellement mal respecté que, pour moi, nous vivons dans un État de non-droit où l’État peut mater toute forme de contestation.

Il suffit d’éplucher les dossiers des récents procès, d’observer les attaques dirigées contre les voix critiques du régime, avec la mobilisation de sites spécialisés dans la diffamation, bénéficiant d’appuis publics, autorisés à divulguer des informations confidentielles, qui trahissent l’usage de moyens de l’État. 

Voyez ce qui est arrivé à l’avocat Mohamed Ziane, qui fut ancien ministre des droits de l’homme [en novembre 2020, le site ChoufTV a diffusé des images filmées par une caméra dissimulée dans une chambre d’hôtel de cet avocat en présence d’une femme – ndlr].

Infiltrer les téléphones de dizaines d’activistes avec le coûteux logiciel espion Pegasus n’est qu’une partie de l’iceberg. Des détachements de police entiers sont affectés à la surveillance, jour et nuit, de jeunes militants. L’État, ou au moins une partie du pouvoir, veut nous signifier que nous vivons sous le régime d’une dictature primaire et non plus dans un État qui prétend tendre vers la démocratie.

Vous parlez de « dictature ». Qu’est-ce qui vous permet de définir ainsi la nature du régime marocain ? 

La dictature pour moi, c’est le fait que la décision de l’État relève d’un centre de pouvoir qui ne rend de comptes à personne. C’est bien dans cette situation que nous sommes. Les tenants du pouvoir réel et les exécutants de leurs basses œuvres bénéficient d’une impunité totale. Nous ne sommes pas dans la situation des dictatures comme celles qui semaient la terreur en Amérique latine dans les années 1970, ni dans l’Égypte du maréchal al-Sissi, mais nous sommes bien dans un État où le diktat royal s’impose. 

Dans son dernier rapport annuel, l’ONG Human Rights Watch dénonce l’intensification au Maroc de la répression contre celles et ceux qui émettent « des opinions critiques à l’égard de la monarchie » et le non-respect des droits et des libertés fondamentales. Les autorités marocaines rejettent catégoriquement ces accusations, invoquant des « mensonges ». Elles insistent sur le « respect des procédures judiciaires » et « l’indépendance de la justice » du royaume…

Après la chute du mur de Berlin, l’État marocain avait été acculé à lâcher du lest. Les démocraties occidentales n’avaient plus besoin de se salir les mains avec des dictateurs sanguinaires. Après 1989, nous avons connu des avancées notables en matière de libéralisation. Mais celle-ci ne s’est pas accompagnée d’une quelconque démocratisation. 

Nous avons conquis quelques libertés, dépassé certaines formes archaïques de censure mais le pouvoir n’a jamais su se distribuer, reconnaître de vrais contre-pouvoirs, permettre une séparation des pouvoirs, une reddition des comptes et la fin de l’impunité. Le pouvoir est resté lié aux très grandes fortunes, celles du roi et de ceux qui l’entourent. 

L’État marocain peut toujours prétendre qu’il fait des efforts dans la bonne direction et qu’il est l’un des moins mauvais de sa classe dans la région. Mais vous avez l’intégralité des organisations mondiales et de la société civile marocaine qui disent que c’est un mensonge. 

Cette stratégie que vous décrivez de viol de l’intimité n’est pas nouvelle. Elle a d’abord été utilisée contre des militants islamistes. Quels sont les effets de ces procédés sur une société où tout ce qui a trait à la sexualité, à l’intimité relève du tabou ?

Le sentiment de viol serait manifeste même pour quelqu’un qui vivrait dans une société où la sexualité est pleinement assumée. Ici, vous êtes dans une société très puritaine, qui pénalise les relations sexuelles hors mariage, l’homosexualité. Je n’étais pas seul, j’étais avec ma compagne, et pour la femme, les conséquences pour la réputation et l’opprobre social sont incommensurablement plus graves que pour un homme. 

Quelles ont été les conséquences pour votre compagne ? 

Pour l’instant, disons qu’elle a été relativement épargnée. Un seul membre de sa famille a été destinataire de ces vidéos. La menace, c’était que cela puisse aller crescendo. Jusqu’ici, nous gardons, elle et moi, cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Aujourd’hui, nous sommes installés, en famille, mariés. Tout cela est extrêmement difficile à vivre mais tout comme moi elle est convaincue de la nécessité de briser le silence. Nous préférons le suicide à l’assassinat. 

Comment avez-vous vécu cette période de chantage, cette intrusion dans votre intimité ? 

La principale incidence, c’est que je me suis obligé, dès le moment où nous avons reçu ces vidéos, à me retirer du débat public. Et je m’en suis retiré parce que la menace était claire : « Si tu persévères à nous enquiquiner, nous allons passer à la vitesse supérieure. » Je n’ai donc plus pris de positions, jusqu’au moment où c’est devenu impossible. 

La situation qui m’a fait exploser a été la relance de nouvelles poursuites contre mon ami Maati Monjib. J’ai dénoncé ces poursuites avilissantes. C’est à ce moment-là que je me suis dit, en concertation avec ma partenaire, que nous ne pouvions plus nous taire et que j’allais mettre la chose sur la place publique. Advienne que pourra.

Qu’est-ce qui est différent de l’ère Hassan II ?

Avant, on utilisait contre nous l’enlèvement, la torture, les très longues années de prison. J’ai connu la répression à l’âge de 15 ans lorsque mon père a été enlevé et qu’il a passé une année et demie de disparition forcée et de procès. Puis à l’âge de 19 ans, j’ai été moi-même incarcéré avec d’autres étudiants. Nous avons disparu six mois, avant l’incarcération, deux ans et demi, dans diverses prisons. Trois ans plus tard, j’ai de nouveau disparu pour deux ans. 

Ces années de disparition, pour distribution de tracts, ne sont plus possibles aujourd’hui. Tout comme ces attaques contre des tribus entières, tels les événements armés de mars 1973, où des clans familiaux entiers ont disparu. Ce qui n’a pas changé, c’est que nous sommes toujours dans la pratique du non-droit, avec un traitement répressif sans rapport avec la gravité des faits incriminés.

Pendant les années 1970, Hassan II était conscient de régner sur le fil du rasoir, avec des gens prêts à le liquider physiquement pour substituer une République à sa monarchie. Aucune force politique organisée au Maroc aujourd’hui n’appelle à la violence pour renverser la monarchie. Malgré cela, l’État n’est pas dans une logique de respect de la loi et des libertés. 

Nous avons beaucoup régressé. Jusqu’en 2001, tout le monde croyait aux promesses de démocratisation. Depuis, on s’enfonce dans un régime liberticide.

L’historien Maati Monjib, aujourd’hui emprisonné, nous expliquait que les accusations autrefois portées contre les opposants, comme celle d’« atteinte à la sûreté de l'État », leur donnaient après tout du prestige. Celles lancées aujourd’hui sont infamantes, propres à causer une mort sociale : ils sont désignés comme des violeurs, des voleurs. Est-ce pire ? 

C’est certainement pire. De manière très nette, on a vu s’effacer de la scène publique un nombre important de personnalités. Au départ, des islamistes. Aujourd’hui, tout le monde est une cible potentielle. Nous n’avons pas suffisamment dénoncé ces pratiques, nous n’avons pas exigé assez fort qu’elles cessent, lorsqu’elles visaient des adversaires. Les droits humains, les libertés doivent être garantis pour tous et toutes, à commencer par celles et ceux avec lesquels nous avons des divergences. 

Ces pratiques doivent s’arrêter. C’est vital. Nos élites doivent retrouver un minimum de confiance pour s’engager dans le combat d’idées. Sinon, le Maroc sera condamné à l’implosion. 

La répression s’abat aussi sur des ressortissants établis à l’étranger, comme en témoigne la situation du youtubeur américano-marocain Chafik Omerani, arrêté et jeté en prison. Quant aux Pays-Bas, ils considèrent désormais le Maroc comme un pays « non sûr pour les activistes rifains ». Est-ce un fait nouveau ? 

Les activistes à l’étranger ne sont pas épargnés par les menaces. L’essentiel du militantisme aujourd’hui au Maroc passe par Internet, et sur Internet il n’y a plus de frontières ; les gens qui sont à l’étranger ont une liberté de ton, une capacité de mobilisation bien supérieure à ceux qui craignent légitimement pour eux ou pour leurs proches au Maroc. 

Il y a quelques semaines, un communiqué commun de la DGSN (sécurité nationale), de la DGST (sécurité du territoire) et de la DGED (renseignement extérieur) était publié pour annoncer le dépôt de plaintes contre les personnes portant atteinte aux institutions marocaines depuis l’étranger. 

L’objectif de terroriser est clair. Il s’agit de dire aux Marocains de l’étranger : « Si vous allez trop loin, sachez que vous ne pourrez plus rentrer au Maroc. » On impose aux gens le choix entre l’exil éternel, la prison au Maroc ou le silence. 

Après, est-ce que ça va passer ? Il se trouve que, par exemple pour Chafik Omerani, l’administration américaine s’est immédiatement engagée. De hauts cadres de l’ambassade des États-Unis à Casablanca sont allés, dès le premier jour de son incarcération, lui rendre visite, en assurant suivre cette affaire de très près. 

Sur la scène internationale, et singulièrement en France, un lourd silence entoure pourtant les atteintes aux libertés et aux droits humains, dès lors qu’elles se produisent au Maroc… Comment l’expliquez-vous ?

En 1989, à La Baule, François Mitterrand s’était adressé aux dictateurs africains en les sommant d’emprunter la voie de la libéralisation. Hassan II avait quand même une perspective stratégique : il avait alors lâché du lest, en abandonnant les pratiques médiévales de torture systématique, de disparitions forcées. C’est à compter de là que nous avons vu libérer les centaines de disparus sahraouis, les bagnards de Tazmamart issus des rangs de la gauche. 

Cette France a hélas sombré. Il nous reste la France qui a piteusement renoncé, en 2015, à poursuivre les dignitaires marocains sur le sol français. Alors que la loi et les conventions liant la France au Maroc le permettaient auparavant. Ce texte a vu le jour après la plainte déposée en 2014 contre le patron de la police marocaine, Abdellatif Hammouchi.

Une magistrate lui avait alors adressé une convocation à Paris, au lieu où il séjournait, à l’ambassade du Maroc, pour être auditionné. Il a refusé de se plier à cette injonction, il a quitté le territoire et le Maroc, à ce moment-là, a décidé de suspendre la coopération judiciaire avec la France. Des actions inamicales ont suivi : boycott économique et culturel, gel de la coopération sécuritaire, chantage à l’émigration « clandestine ».

L’État français s’est aplati très rapidement, dans le contexte des attentats à Paris. La France a complètement renoncé à poser, dans ses relations avec le Maroc, la question du respect des droits humains. C’est certainement, aujourd’hui, une relation de dépendance à des intérêts d’État, voire à des chantages. Ce n’est plus que la France de la Mamounia, des copains et des coquins. 

Vous évoquez des pratiques de chantage. Les procédés d’intrusion dans la vie privée, utilisés contre des opposants, ont-ils pu être mobilisés pour prendre pour cibles des diplomates étrangers ?

Je ne peux absolument pas l’exclure. Mais quand vous permettez à un appareil d’agir en hors-la-loi, il fait feu de tout bois. Il n’y a donc aucune raison de croire que ce que je subis en tant que citoyen marocain ne peut pas s’appliquer à quelqu’un d’autre. 

Beaucoup de personnes attachées à des intérêts étrangers au Maroc sont parties du jour au lendemain. J’ai en tête l’exemple d’un ressortissant étranger, dont je ne peux citer ni le nom ni l’organisation car il a choisi la confidentialité, qui s’est trouvé contraint de quitter le Maroc en catastrophe, après la divulgation de photos de lui en compagnie de son partenaire.

Pourquoi ne portez-vous pas plainte ? 

Pas dans les circonstances présentes. D’innombrables plaintes ont été déposées dans des contextes analogues. Aucune n’a donné de résultats. Lorsque nous avions été avisés de l’espionnage de nos appareils électroniques par le logiciel Pegasus, nous avions saisi l’autorité en charge de la protection des données personnelles. 

Le président de cette autorité nous avait répondu, oralement, qu’il n’était pas habilité à intervenir dans ce genre d’affaires. Nous lui avions demandé une réponse formelle, pour éventuellement nous adresser à d’autres organes. Jamais il ne nous a répondu par écrit. 

Nos plaintes restent invariablement lettre morte. Je considère que nous sommes dans la situation des années de plomb. J’ai vécu ce cauchemar : lorsqu’on nous a proposé un deal consistant à accepter des indemnités à condition de ne pas dénoncer les bourreaux et d’abandonner nos droits à demander à la justice la réouverture du dossier, j’ai refusé d’aller dans cette direction. Mais je ne suis jamais allé devant la justice marocaine demander des comptes sur des comportements dont cette institution est complice.

Source : Mediapart

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