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Publié par Saoudi Abdelaziz

En 2012. Photo DR

En 2012. Photo DR

21 mars 2021
Par  Alger republicain

Elle s’est éteinte hier à l’âge de 95 ans.

Elle s’était battue depuis l’indépendance pour que la qualité de chahid et martyr de la guerre de libération nationale soit reconnue à son frère Henri, tombé le 5 juin 1956, les armes à la main face aux soldats du colonialisme. A ce jour aucune rue, aucun édifice public, ni aucune école, pas même celle de son quartier, ne portent son nom. Un chahid voué à l’oubli organisé. Des éléments imprégnés d’une conception obscurantiste fossilisée vont même jusqu’à justifier leur refus de lui reconnaître la qualité de chahid en avançant l’argument qu’il n’était pas de confession musulmane !

Si elle quitte ce monde sans que les autorités aient manifesté le moindre signe officiel de reconnaissance du martyre de son frère, Yvette aura connu le bonheur de constater que son sacrifice n’aura pas été vain. Chaque année en juin, une foule de plus en plus nombreuse et de plus en plus jeune tient à raviver autour de sa tombe le souvenir de la glorieuse action du militant.

Yvette Maillot sera inhumée aujourd’hui à 13 heures au cimetière chrétien de Diar Es Saada près de la tombe de son frère.

Officier de réserve rappelé par l’armée française pour participer à la répression de l’insurrection de son peuple contre l’oppression coloniale, Henri, membre du Parti communiste algérien, n’aura de cesse de chercher le moyen de participer les armes à la main au combat pour la libération nationale. Il s’était emparé en avril 1956 d’un camion chargé d’armes. Son contenu fut remis à l’ALN à la suite des Accords PCA-FLN de juillet 1956.

L’opération avait été organisée et coordonnée par Bachir Hadj Ali, membre de la direction du Parti communiste algérien dans le cadre des actions armées des Combattants de la Libération. Cette organisation armée avait été mise sur pieds en application des décisions du comité central du PCA de juin 1955 et dans l’attente d’une rencontre de concertation avec les dirigeants du FLN.

Ce n’est qu’après cette action que ceux-ci se décidèrent à répondre à leur demande de les rencontrer. Les dirigeants du PCA, Bachir Hadj Ali et Sadeq Hadjerès exposèrent à Abane Ramdane et Ben Youcef BenKhadda leur conception du Front uni et les raisons de leur détermination à maintenir l’indépendance politique, idéologique et organique de leur parti. Un accord est conclu en juillet. Abane Radante avait même décidé que l’aspirant Maillot soit élevé au grade de lieutenant de l’ALN à titre posthume. Mais les représentants du FLN avaient tenu à ce qu’aucun communiqué ne soit rendu public sur la rencontre et ses décisions.

La décision des représentants du FLN de garder le silence sur cette rencontre est en partie à l’origine des campagnes de déformation et de calomnies permanentes contre les positions et les activités du PCA durant la guerre de libération. Les principes hégémoniques gravés par le Congrès de la Soummam porteront en germe l’autoritarisme antipopulaire qui se développera après l’indépendance et gangrènera à grande échelle la société à la faveur du tournant réactionnaire de 1981, sous Cahdli.

Le sectarisme dicté par des positions anticommunistes reflétant des intérêts de classe sordide est la source du complot du silence entretenu à dessein depuis des décennies. Néanmoins des patriotes de différentes obédiences, marqués par les souvenirs indélébiles de la lutte commune contre le colonialisme, des sacrifices, des souffrances et des solidarités qui s’étaient tissés dans la douleur, ont ouvert des brèches ces 20 dernières années dans le mur du silence.

Il n’est pas inutile de rappeler que la première manifestation organisée autour de la tombe du martyr en juin 1992 fit suite à un appel publié dans Alger républicain. Les restes d’Henri avaient été identifiés quelque mois après l’indépendance par Henri Alleg grâce à ses cheveux roux. Sur l’initiative de ce dernier et de ses compagnons, Henri Maillot fut réinhumé au cimetière de Diar Es Saada.

Seule la dépouille de Maillot avait pu être reconnue dans la fosse commune où les soldats français enterrèrent aussi Maurice Laban et leurs autres compagnons de confession musulmane. A l’indépendance, aucun d’entre eux n’eut droit à reposer au carré des Martyrs. Les autorités arguèrent que vu l’impossibilité de distinguer la dépouille de Laban de celles de ses compagnons et vu qu’un « non-musulman » ne peut être inhumé au carré des chouhadas, aucun corps ne pourra être inhumé dans ce carré ! Cette casuistique navrante a été racontée par feu le beau-frère de Ben M’hidi lors d’une cérémonie de recueillement en hommage à Fernand Iveton, guillotiné en février 1957.

Alger républicain adresse à la famille et aux amis de la défunte ses condoléances les plus attristées.

Source : Alger-Républicain

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