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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Claude Angeli, 17 février 2021. Le Canard enchaîné

Photo DR

Florence Parly et son équipe de conseillers ont piqué une sainte colère à la lecture du « Canard », la semaine dernière. Motif : un article « corrigeait » les comptes d’apothicaire de la ministre des Armées, qui venait de célébrer avec enthousiasme l’aide prétendument apportée par les Européens au contingent français engagé au Sahel.

Le 1er février, sur la base d’Orléans-Bricy, Florence Parly s’était lancée dans un hommage injustifié à ses partenaires du Vieux Continent. Exemples : « Nos alliés européens sont à nos côtés au sein de la force Barkhane » (!). Et ils sont « près de 2 500 » sur place. « Nous ne sommes pas seuls », répète à l’envi Florence Parly et, une fois encore, le 20 janvier, devant la commission sénatoriale de la Défense. Une façon maladroite de masquer l’échec politique que représente, après huit ans de guerre, la solitude des militaires français.

Depuis son entrée à l’Elysée, Macron ne cesse pourtant d’inciter ses amis européens à les rejoindre sur le front... Florence Parly a voulu réagir. Son porte-parole a été chargé d’adresser un communiqué à plusieurs médias. Il l’a fait en additionnant, comme sa ministre – ce qui n’a pas de sens –, les instructeurs européens auprès des armées locales, ceux de la Mission européenne de formation au Mali, les Casques bleus européens de la Mission des Nations unies et quelques dizaines de commandos des forces spéciales européennes. Au total, selon lui : 2 845 Européens actifs au Sahel (soit 345 de plus que sa ministre, bravo !).

Sauf qu’il s’est bien gardé, évidemment, de préciser le tout petit nombre de ceux qui sont prêts à affronter les terroristes aux côtés des Français.

Peu de volontaires au feu

Selon le porte-parole de la ministre : 1) « 320 Européens de diverses nationalités sont en missions bilatérales au Sahel (formation d’un bataillon nigérien, par exemple). » Remarque du « Canard » : aucun d’entre eux ne participe aux opérations contre les groupes djihadistes. 2) « 1 500 Casques bleus européens sont présents dans la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). » Mais comme le souligne un expert militaire, ces soldats sont cantonnés au Mali et à Bamako, et « pas en mission de guerre ». Quant aux policiers, magistrats et administrateurs civils de cette Minusma, ils œuvrent auprès des autorités locales pour tenter de restaurer un Etat au Mali. 3) « 600 Européens sont présents dans la Mission de formation au Mali (EUTM). » Remarque encore : ils participent à l’instruction et à l’encadrement des militaires maliens mais ne les accompagnent pas au combat. 4) Dernier chiffre monté en épingle par le porte-parole de Parly : « 425 Européens sont présents au sein de Barkhane. » Faux : on ne compte actuellement que 30 Estoniens et 30 Tchèques au sein de Takuba, la force créée par Macron. Une formation de 150 Suédois est en cours d’installation au Mali, et, à l’avenir, elle ne pourra participer aux opérations anti-terroristes qu’après consultation – au cas par cas – du gouvernement de Stockholm. Même procédure obligatoire pour les Estoniens et les Tchèques. Enfin, la venue d’une poignée d’officiers belges, néerlandais et italiens est annoncée. Ces derniers auront pour mission de préparer une éventuelle installation d’un contingent envoyé par Rome.

Le 9 février, durant le débat sur le Sahel organisé au Sénat, qui a duré presque quatre heures, Florence Parly n’a pas évoqué cette « fameuse » aide européenne. Elle a eu raison. Il arrive parfois que des sénateurs vérifient les chiffres fournis par les ministères.

Claude Angeli

 

Des chefs d’Etats bien tranquilles

Malgré tous les coups de clairon victorieux après l’élimination d’un bon millier de djihadistes, en 2020, la situation au Sahel ne s’est pas améliorée. Et les dirigeants de ces différents pays sous protection française ne s’en considèrent pas forcément responsables. La corruption règne toujours autour d’eux, y compris au sein de leurs armées, et il n’est pas certain que Macron le leur ait reproché publiquement lorsqu’il est intervenu par visioconférence durant le sommet franco-sahélien au Tchad (15/2).

De même pour les exactions commises contre les populations civiles par ces mêmes armées, ce qu’un rapport de l’ONU a fait à sa place, heureusement. Autre regret des diplomates et des militaires français : les chefs d’Etats du Sahel n’ont pas été mis en demeure de rétablir un tant soit peu l’Etat de droit dans leurs pays.

Ceux du Mali et du Burkina Faso caressent sans doute d’autres projets. Ils en ont discuté en tête à tête la semaine dernière. Tous deux envisagent de mener des négociations avec des djihadistes, sur le thème d’une « réconciliation nationale » souhaitée par une partie de leurs populations, auprès desquelles la cote de popularité de la France et de ses soldats est en forte baisse.

Source : Le Canard Enchaîné

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