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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Farid Ghili, historien, 12 janvier 2021

Après tout ce qui se dit ou s’écrit à propos de Chechonq 1er (1), surtout après l’inauguration d’une statue à son effigie à Tizi Ouzou, à l’occasion de Yennayer, qui est rappelons-le, une cérémonie agraire immémoriale, et qui depuis les années 80, a été identifiée à un calendrier dit berbère(2), qui prend naissance l’année d’accession au trône d’Egypte de Chechonq 1er, il nous semble utile de remettre le curseur dans la bonne direction.

Chéchonq Ier, chef libyen de la tribu des Mâchaouach, est le fondateur de la XXIIe dynastie dite libyenne ou bubastide. La tribu des Mâchaouach était connue des Égyptiens depuis fort longtemps : son nom figure sur la liste des peuples envahisseurs (les Peuples de la Mer) vaincus par Merenptah (vers 1213-1202 avant J.-C.).

Ce que nous savons des origines de Chéchonq 1er et de sa dynastie partiellement connues, nous le devons essentiellement à une stèle (voir photo) qu’un certain Pasenhor, prêtre de Ptah à Memphis et lointain descendant de sa lignée, laissa au Sérapéum de Saqqarah (nécropole consacrée au dieu Apis) sous le règne de Chéchonq IV (ou V, les spécialistes sont partagés).

Nous découvrons ainsi que les ancêtres du fondateur de la dynastie, occupaient déjà des postes à responsabilité dès la fin de la précédente dynastie. Ils cumulaient des charges religieuses et militaires, héritant de père en fils de titres prestigieux à la cour royale tels que Père divin ou spécifiques à leur ethnie comme celui de Grand chef des Mâ (diminutif de Mâchaouach qui peut être associé à Mas, c'est à dire Chef en berbère).

Cette information est importante, car elle permet de tordre le cou aux ineptes, qui voudraient à tout prix, lui accorder une origine algérienne, et partant de là (et d'Algérie), rapporter comment il a conquis l’Egypte en écrasant le Pharaon.

Or la vérité est toute autre.

A la fin du règne de son prédécesseur, Psousennès Ier, dont il n’est autre que le général en chef (3) de toutes les armées et le conseiller, il épouse sa fille Maâtkarê ; De fait, s'appuyant sur des tribus auxiliaires d'origines libyenne, il gouvernait déjà, une partie de Delta depuis la ville de Bubastis. En effet, la lignée Mâchaouach , installée à Boubastis, dans la région frontière où était établi le gros des colonies libyennes, après avoir obtenu le commandement suprême de ces milices, avec le titre de " mas des Mâchaouach ", avait réussi à étendre son influence dans toute la vallée.

Cependant on ignore avec précision dans quelles conditions Chéchonq1er (945/924), fondateur de la XXIIe dynastie ( 945/715) accéda au trône.

Ce qui est certain c’est que son fils Osorkon 1er (945/924) qui lui succéda, le 1er d’une lignée qui vit notamment, 5 autres Chechonq et 3 autres Osorkon régner sur le trône d’Egypte pendant 2 dynasties (XXIIeme et XXIIIeme) soit de 945 à 713 av JC, étaient désormais des égyptiens, avec de moins en moins de sang et de gènes berbères.

Il aussi utile de savoir que le couronnement d'un Pharaon d'origine berbère, ne fut pas ressenti par les égyptiens comme l'avènement d'une domination étrangère, d’autant plus que déjà unis par des mariages avec les anciennes familles dirigeantes, ces berbères avaient depuis longtemps adopté les mœurs, les usages funéraires et les dieux de l'Egypte.

 

Notes

(1)Plusieurs orthographes pour désigner le même personnage, nous avons retenu arbitrairement celle là.

(2)Il convient de contextualiser la période de résilience et reconstruction identitaires berbères, , pour comprendre les raisons de la création de ce calendrier, qui aurait pu avoir comme référence un autre personnage ou événement historique marquant de l’histoire des berbères.

(3)Ceci n’est pas sans rappeler que d’autres berbères ont accédé à la fonction régalienne suprême dans l’empire romain, à l’instar du célèbre Septime Sevère ou encore du méconnu Macrin, originaire pourtant de Caesarea (Cherchell)

Source : Facebook

À la porte de Bubastis du temple de Karnak, le mur méridional extérieur rapportant la campagne militaire de Chéchonq 1er au Levant. Photo DR

À la porte de Bubastis du temple de Karnak, le mur méridional extérieur rapportant la campagne militaire de Chéchonq 1er au Levant. Photo DR

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