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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Le site The Conversation publie le 29 novembre 2020 un intéressant article de Gilles Lambert, professeur en Sciences de Gestion à l’ Université de Strasbourg. Intitulé « En Algérie, le management des entreprises contribue à la montée en puissance de la démocratie », le texte est nourri notamment de son observation de l’ENIEM, l’entreprise publique algérienne fabriquant de l’électroménager primé pour sa qualité, mais actuellement financièrement asphyxiée par une tutelle incohérente. Situation révélant selon lui le "contraste fort entre la capacité d’adaptation" de cette entreprises et "l’immobilisme institutionnel entretenu par les instances politiques".

 EXTRAIT

Le rôle clé des certifications

Attribuées par des organismes indépendants, ces certifications sont aujourd’hui très recherchées. Elles constituent une clé d’entrée pour accéder au marché européen, si proche et pourtant si difficile à pénétrer sans ce précieux sésame. Obtenir ces certifications ne va pas de soi : elles impliquent en réalité de profonds changements dans la culture de l’organisation et dans les mentalités.

Ainsi, l’attachement aux traditions est forcément mis à mal (comme l’oralité forte dans le Maghreb) lorsque, pour être certifié ISO, il faut accepter une remise en question permanente des processus existants.

En outre, le fait de confier la responsabilité des audits à des salariés sans distinction de grade diminue forcément la distance entre les niveaux hiérarchiques. La mise par écrit dans les manuels de toutes les règles et procédures empêche également l’arbitraire. Le paternalisme en prend aussi un coup lorsque les responsabilités de chacun doivent être clarifiées et formalisées sur un mode impersonnel.

La recherche monographique que nous avons menée sur l’évolution des esprits pendant vingt ans dans une entreprise algérienne pionnière (ENIEM) de ces certifications qualité montre l’importance des transformations à l’œuvre.

La façon de travailler est devenue peu à peu, dans cette société, un sujet de réflexion collectif. L’orientation des normes ISO 9000 vers un idéal de qualité totale (Total Quality Management) a impacté dans l’entreprise étudiée le leadership devenu plus démocratique et moins autocratique. Les pratiques de travail dans un objectif d’amélioration continue ont stimulé la participation au changement, et les éléments de la structure organisationnelle désormais vue comme un ensemble de processus à optimiser éclairent mieux la responsabilité de chacun, managers et employés.

Dynamiques fragiles

Les compétences des salariés ayant dû suivre des plans de formation s’en sont trouvées améliorées. Globalement, la certification du mode de fonctionnement des entreprises algériennes selon les standards internationaux devrait à terme aboutir à l’intégration complète du management de la qualité (norme ISO 9001), de l’environnement (norme ISO 14001), de la santé et la sécurité́ du milieu de travail (référentiel OHSAS 18001).

Mais notre étude montre aussi que cette dynamique d’amélioration continue est fragile car elle pourrait facilement être piégée par un environnement économique algérien encore fermé (poids faible des fournisseurs) et par des forces de rappel culturelles ramenant à l’informel et l’autocratie.

La parole a été donnée à des personnes qui n’y accédaient pas et qui ont appris progressivement à la fois le sens critique et le sens des responsabilités. La culture du compromis, lentement, s’est imposée. Les opérateurs ont acquis par ailleurs plus de marge d’autonomie et les initiatives ont été davantage distribuées. Les changements se sont faits sur le long terme, mais sans retour en arrière possible, car la certification n’est jamais acquise. Elle doit être confirmée tous les quatre ans, à la suite d’un nouvel audit des procédures.

La pression institutionnelle reste forte mais certaines entreprises se distinguent par une dynamique interne appuyée. D’autres entreprises ont suivi l’exemple de la pionnière en matière de norme ISO, l’entreprise nationale ENIEM (électroménager). C’est le cas de EMBAG dans l’emballage, SCAEK dans les matériaux de constructions ou SETS société d’ingénierie.

Ces cas sont révélateurs du contraste fort entre la capacité d’adaptation de ces entreprises et l’immobilisme institutionnel entretenu par les instances politiques. Par rapport aux récits d’État soigneusement distillés depuis des décennies, un autre récit s’écrit dans ces entreprises qui devraient rassurer les Algériens sur leur capacité à se tourner enfin vers un avenir à la hauteur de leur potentiel et exprimer toute la créativité de ce peuple. Avec plus de 50 % de la population qui a moins de 30 ans, ce pays pourrait enfin avoir confiance en lui-même.

Source : The Conversation

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