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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Daniel Mermet, 29 décembre 2020

Genoux à terre et poings levés contre le racisme et les crimes policiers. Des foules se lèvent partout dans le monde, souvent des jeunes venus des quartiers populaires. En France, la main sur le cœur, le pouvoir s’agite nerveusement pour récupérer cette colère et se poser en rempart contre le mal. Le racisme est un virus, une malformation morale qu’il s’agit de redresser tous ensemble, Macron, Castaner et SOS Racisme.

Le nom de Martin Luther King, ce saint homme non-violent, est évoqué partout, il est devenu une marque aseptisée, édulcorée, dépolitisée. Et surtout une figure amputée de la conviction qui a fait sa vie, avant tout la lutte contre les inégalités sociales. Le racisme n’est pas une affaire de morale, c’est une affaire politique qui plonge ses racines dans la ségrégation sociale.

« Ce n’était pas des émeutes de race, mais de classe » : Martin Luther King parle ainsi des émeutes de Watts de l’été 1965 [1]. 34 morts, plus de mille blessés, des centaines de bâtiments détruits.

Alors qu’au terme d’une longue lutte, les Afro-Américains venaient d’obtenir les mêmes droits que tous les citoyens des États-Unis, par le Voting Rights Act, une semaine plus tard, des émeutes explosent dans le pauvre quartier noir de Los Angeles.

Martin Luther King n’est pas seulement celui qui a fait le rêve de la fraternité entre les enfants du bon Dieu américain. Toute une partie de son combat social et radical a été passé sous silence. Une sorte de révisionnisme intellectuel et politique en somme.

La lutte de Martin Luther King pour l’émancipation ne s’est pas limitée à la ségrégation raciale, il voulait l’égalité sociale et la redistribution des richesses. À Miami, quelques semaines avant sa mort, en guerre contre les inégalités sociales, il disait : « nous avons un système socialiste pour les riches et le capitalisme sauvage pour les pauvres ! [2] »

Il fut assassiné alors qu’il soutenait une grève des éboueurs. De Reagan à Obama, les idéologues qui l’ont élevé au rang de divinité civique bienveillante l’ont privé de son pouvoir de subversion, celui-là même dont les générations nouvelles pourraient faire usage. Le 50e anniversaire de son assassinat était l’occasion pour Sylvie Laurent d’évoquer « ce militant avant-gardiste et radical à la postérité édulcorée. »

À l’occasion du cinquantième anniversaire de son assassinat, le 4 avril 1968, par un partisan de la ségrégation raciale, nous recevions Sylvie Laurent, historienne, autrice du livre Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique (Seuil, 2015). Ce que vous avez peut-être raté cette année : en mai dernier, George Floyd, un Américain noir de 46 ans, était tué par des policiers lors de son interpellation à Minneapolis. Suite aux nombreuses manifestations que sa mort a provoquées, nous vous proposions de revoir cet entretien de 2018 avec l’historienne Sylvie Laurent, autrice d’une biographie de Martin Luther King. Si vous êtes passés à côté, profitez des fêtes pour une séance de rattrapage.

A écouter sur Là-bas si j’y suis

Notes

[1] Guy Debord, « Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande », Internationale situationniste,‎ mars 1966.

[2] Martin Luther King, « To minister to the valley », discours prononcé à Miami le 23 février 1968.

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