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Publié par Saoudi Abdelaziz

 4 décembre 2020

ENIEM, ancien fleuron réputé des industries de l'électroménager, est coincée, encore une énième fois, dans un cercle vicieux de déficits structurels et de besoin de restructuration financière.

 

Des restructurations récurrentes réalisées à l'aide des subventions des pouvoirs publics, mais qui ont malheureusement conduit à une situation, pour le moins que l'on puisse dire, d'aléa moral.

Depuis, d'ailleurs, pratiquement plus de deux décennies qu'elle s'est efforcée à retrouver un équilibre à court et moyen termes de son bilan, mais sans y arriver en affichant souvent des résultats précaires. Et cela, malgré son potentiel, ses actifs et son capital expérience dans la filière.

Certes, l'entreprise n'a pas bénéficié d'une aide financière directe de d'État depuis 2009. Mais faut-il rappeler que l'effacement de sa dette a coûté au Trésor public environ 1300 milliards de centimes, en plus d'un plan d'investissement évalué également en plusieurs milliards de dinars.

ENIEM est, à l'instar de la majorité des EPE, doublement victime d'un modèle du secteur public marchand de l'Etat faiblement efficient et d'une gouvernance archaïque et centralisée.

Elle est également frappée de plein fouet par une concurrence déloyale des entreprises privées d'importation et d'assemblage des CKD/SKD, qui ont bénéficié des largesses fiscales et douanières incommensurables depuis le début des années 2000 et ils ont coûté une sortie de devises de plusieurs dizaines milliards de dollars.

ENIEM qui intégrait mieux ses produits jusqu'à 80% pour certains et qui était intransigeante sur le plan qualité et sécurité s'est retrouvée bizarrement face à une concurrence déloyale d'un grand marché bazar de l'électroménager, inondé par des entreprises/importatrices qui sont bénéficiées aussi d'un dinar surévalué, des stimulus fiscaux et douaniers voire une prise en charge d'une partie de la main-d'œuvre par l'ANEM. Sans citer les subventions indirectes de l'énergie et l'absence des contraintes pour les inciter à fabriquer des produits de qualité, sécurisés et moins énergivores.

Une mauvaise monnaie qui chasse la bonne comme disait Grisham.

Toutefois, cela ne pourrait pas totalement dédouaner le management de l'ENIEM et sa faible compétitivité et efficacité dans la maîtrise des coûts et charges. Son ratio de charges salariales rapportées au chiffre d'affaires a atteint les 30%. Alors que la performance est entre 5 %et 9% dans les entreprises de la même activité.

Il faudrait aussi souligner le plan d'investissement de 2009 qui est un échec total selon ses dirigeants. Mauvais choix dans les technologies et de partenariats avec les étrangers. C'est un coût d'investissement important mais non rentabilisé.

ENIEM détient aujourd'hui un carnet de commandes de plus de 200 milliards de centimes y compris pour des clients sûrs comme la Sonatrach et MDN. Mais la BEA, après avoir débloqué 110 milliards de centimes en février dernier, ne veut plus semblerait-il donner plus de crédits d'exploitation et l’ouverture des lettres de crédits à l'importation des matières CKD/SKD.

Pourquoi ?

Voilà un vrai problème. Sachant que la situation sanitaire de la Covid-19 a poussé les banques les plus rigoureuses dans le respect de l'orthodoxie bancaire à accorder des facilités dans l'octroi des crédits d'exploitation et différer le remboursement des échéances de court terme.

En tout cas, l'ENEM doit réaliser une Joint-Venture avec un partenaire privé solide ou ouvrir son capital pour pouvoir réaliser son plan de restructuration et d'investissement qui nécessite environ 1000 milliards de centimes. Une option susceptible de l'affranchir de ses goulots d'étranglement financier et managérial.

C'est aussi dans ce cadre qu'elle pourra reconvertir et former ses 180 agents de sécurité afin de les redéployer dans la chaîne de production.

Source : Facebook

*Mohamed Achir, docteur en économie, enseignant à l'université Mouloud Mammeri (Tizi-Ouzou)
 

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